‹ Le socialisme et l'évolution de l'Angleterre contemporaine, 1880-1911Chapitre 9 sur 43 · XVI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XVI AVANT-PROPOS

L'harmonie économique, chère à l'école libérale, n'avait donc pas plutôt été conçue et exprimée qu'elle était démentie par les faits ; et, de pins en plus, à la perception d'un monde où les individus concourent par l'action de leur seule volonté au bonheur du pins grand nombre, tend à succéder celle de masses compactes et belliqneuses, qui se jouent des prétendues lois naturelles régissant les salaires et les profits, et dont les chocs répétés ont mis une ombre sur les heures où nous vivons.

Aussi une idée commence-t-elle à se faire jour : celle que les intérêts personnels doivent céder devant les intérêts de la Collectivité, et que l'individualisme intégral ne peut qu'être créateur de désordre et d'anarchie. D'où l'appel de certains esprits effrayés en faveur d'une législation rétrograde, d'où celui des hommes animés d'un esprit progressif en faveur d'une main-mise plus complète et plus éclairée de l'ensemble du corps social sur chacune des parties dont l'action indépendante est productrice de trouble.

C'est sous cette dernière forme que doit s'affirmer le Socialisme : c'est dire qu'il ne saurait se confondre avec un uiouvenicnt de classe et qu'ayant pour mission de mettre la lumière et l'ordre dans les rapports économiques et sociaux, de contenir les uns, de seconder les autres, il ne saurait songer à réaliser ses fins par une méthode révolutionnaire. Le véritable socialiste, qui comprend quel parti l'on peut tirer de la diversité des intérêts en présence, refusera de faire siennes des formules telles que " société bourgeoise " ou " émancipation du prolétariat ", parce qu'elles sont incompatibles avec une action d'ensemble. Avec Bernstein encore, il appellera Kant à son secours contre le cant^ le libre examen des faits et des idées contre l'hypocrisie des mots que l'évolution économique a vidés de leur sens.

Le Socialisme, s'il veut s'opposer au Libéralisme, devra donc être un mouvement collectif et, avant de réagir sur les institutions, il aura à se mettre au courant de toutes les aspirations, de tous les besoins sociaux ; mais l'écho des unes et des autres ne pourra lui parvenir que si un moven d'expression adéquat leur est fourni : c'est dire que ses progrès sont liés à ceux de la démocratie. Il devra veiller à ce que cette dernière ne soit pas un état purement théorique, mais une force agissante, à ce que les organes par lesquels elle se fait connaître aient toute la sensibilité désirable et transmettent, dans son intégralité, l'impulsion primitive. C'est là une des questions les plus graves de l'heure présente et nous pourrons

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