LES VARIATIONS DU SOCIALISMK
tlii parti colli'clivisle l'n France, mais, tandis (jue l>lan((ui asjjirail à une révolution violente et à une ilietature ilu prolétariat parisien, Malon croyait à la nécessité de transitions et de transactions entre la société actuelle et la société collectiviste.
En Autriche, Schœl'fle, ancien ministre de lempereur François .Joseph, auteur d'un ouvrage classii[ue sur la Structure et la vie du Corps Social, a considéré le collectivisme comme une hypothèse nécessaire pour rendre compte du caractère organique de la Société ; mais il déclare le collectivisme sans avenir dans lEurope actuelle (i). Il sen est servi plutôt comme d'une méthode pour opposer à l'économie politique la sociologie telle qu'il la conçoit. Mais en Italie les idées de Marx ont trouvé un défenseur ardent chez le célèbre criminaliste Enrico Ferri, professeur à l'Université de Rome.
Convaincu par des études minutieuses et variées que la criminalité est le résultat de trois causes : lune physiologique, la race et le tempérament individuel ; l'autre physique, le climat ; l'autre sociale, la misère. M. Ferri avait conclu que la peine à elle seule est inefficace, et il avait préconisé ce qu'il a heureusement nommé les substituts de la peine [Sostituttivi penali). Au premier rang de ceux-ci il place Famélioration de la condition matérielle du prolétaire.
Il semble que ce disciple de Darwin ait été conduit par là au socialisme. Il justifie sa conclusion
,1; Schoeffle, L'eber die Aussichlslossitjlieit der Social demokratie.
[•2) E. Ferri, Socialismo e scienzia positiva. Darwin, Spencer, Marx.
en s'appuyant sur une loi de l'évolution humaine, ratténuation de la concurrence. La concurrence économique doit, à son avis, disparaître comme a disparu le cannibalisme. Dans la société future, les hommes lutteront encore pour les dignités et les honneurs, mais il ne lutteront plus pour le pain et les instruments de travail dès lors assurés à tous.
Le marxisme devait non seulement subir des retouches, mais encore voir ses conclusions pratiques rejetées de ceux-là mêmes qui admettent sa conception du rôle du capital.
Marx estime que le droit et l'organisation politique ne sont que des reflets de l'organisation économique. Il prévoit que les capitaux continueront à s'accumuler dans un petit nombre de mains. Ceci posé, il conclut qu'un moyen purement politique, la constitution d'un parti ouvrier qui se rendra maître des pouvoirs publics, suffira à transformer l'ordre économitpie et à mettre fin à la production capitaliste. Cette contradiction devait frapper des esprits conséquents.
On a donc vu apparaître une secte de communistes qui répudient les moyens légaux, condamnent le suffrage universel et veulent attaquer directement l'organisation capitaliste. Les uns préconisent seulement l'emploi de grèves générales, afin que l'ouvrier retienne pour lui la plusvalue du capital (i) ; les autres vont jusqu'à recommander le vol (2). Ce sont les communistes
(1) Tcherkesoff, Pages d'histoire socialiste dans les Temps nouveaux. 1896.
(2) Saurin. l'Ordre par l'anarchie ; Kropotliinc, la Conquête du pain.