‹ Le socialisme et la science socialeChapitre 13 sur 51 · I.KS YAIMAIIONS DU SOCIALISME · texte numérisé non relu

I.KS YAIMAIIONS DU SOCIALISME

li/x't'ldirrs, \ iiliiaircnicnl ii(imni(''s anairhisfos. On les vitil avec siii'prisc roprciulrc incscuic loulos li's llu'scs (lo rrconomie poliliqnc oilhodoxc, célc- Uvcv rinilialivo jn-ivrc, la i)ro(luction libre, dénoncer rincapacilr indnslrielle de l'Etat. Nulle part le socialisme doctrinaire n'a de censeurs plus âpres, plus prompts î\ mettre en relief les vices de ses méthodes, la puérilité de ses proi^rammes, son temj)érament despotique. Nulle part ses échecs ne jiaraissent accueillis avec autant de joie.

De Marx aux communistes libertaires, nous avons vu le socialisme dénoncer les accaparements du capital et l'accroissement de sa part dans la répartition des richesses. Le cycle du socialisme n'aurait pas été fermé si un de ses partisans n'avait pas cherché à rendre compte du démenti flagrant que les faits opposent à ces allégations, nous voulons parler de l'abaissement du taux de lintérét. Telle a été l'œuvre de M. Achille Loria, le représentant le plus ingénieux, mais aussi le plus paradoxal, du socialisme en Italie.

Le système de M. Loria peut être défini d'un mot : à rencontre d'un lieu commun classique, il s'attache à opposer la propriété à la liberté et à voir dans la première la source de l'oppression de la seconde. Mais il se garde de conclure au collectivisme. La société normale est selon lui une association mixte où le prolétaire apporte son travail, le capitaliste sa terre ou son instrument de travail mais où le capital ne joue qu'un rôle subordonné (i).

(i) Acliille Loria, Analisi délia proprieta capilalisîa. Turin, 1889. — Les Bases éconornupies de la conslitidion sociale, trad. française. Paris, F. Alcan.

M. Loria conserve plusieurs des idées essentielles du marxisme ; la société tout entière n'est que l'organisation économique ; l'histoire n'est que le déroulcmont des phases de la production. Marx avait émis l'idée qu'une classe capitaliste ne saurait apparaître là où n'existe pas la pleine propriété foncière, parce que la condition de son existence, un prolétariat sans feu ni lieu à exploiter, lui fait défaut (i). M. Loria prend cette idée comme fil conducteur. La suppression de la terre libre, voilà le point de départ du capitalisme. Là est l'origine des distinctions de classes. Il y a plus: là est l'origine de la religion, du droit et du pouvoir politique.

Jusqu'ici M. Loria n'est encore qu'un disciple de Marx. Dans quelques lignes singvdières sur la marchandise considérée comme fétiche, celui-ci avait tenté de montrer que la religion n'est que la conséquence d'une organisation économique imparfaite (2). On sait aussi que, selon lui, le droit et le pouvoir politique résultent de la distinction des classes, conséquence de la division du travail. Mais voici le point où M. Loria s'éloigne de Marx: c'est que toutes les transformations économiques, passées et futures, résultent, non pas de la concentration des moyens de production dans un petit nombre do mains, mais de l'abaissement du revenu.

Pour arracher au travail un revenu supérieur, les classes dominantes ont créé la morale, c'est-àdire substitué aux sanctions naturelles del'égoïsme

fi) Marx, Capital, 8« section, ch. xxvi, xxvji. (2j Idem, ibid., cli. i"', section 1, p. 3i.

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los sanctions arlificiolles de l"oj)inion. Pour maintenir ce revenu, elles ont créé les règles du droil civil et pénal. Elles ont enfin créé et développé le pouvoir poliliipie. De même «[ue (( tout le code [)énal est en laveur du liclie contre le pauvre », ([ue « le droil est un monopole de la richesse et (pie dans le lempledc Thémisil n'y a pas de place pour le travaill(>ur (1) », de même « le pouvoir nest que l'émanation du revenu, et les actes du j)ouvoir doivent tendre uni(juement à faciliter le développement du revenu, à assurer sa persistance et son accroissement progressif à favoriser de toute manière ses possesseurs, à satisfaire leurs désirs et leurs moindres velléités (2) ».

Mais « l'appropriation capitaliste du pouvoir est sans aucun doute la méthode la plus coûteuse parmi celles qui visent à contenir dans l'obéissance les classes déshéritées; elle exige en efîet un ensemble compliqué de moyens et une armée de travailleurs improductifs bien plus considérable que celle qui est imposée par les méthodes de coaction moi*ale et juridique (3). »

Par là même se dissout la société capitaliste : avec la baisse du revenu, les travailleurs improductifs séparent leur cause de celle de la propriété. On marche ainsi vers une société-limite, une association mixte de travailleurs et de capitalistes où reparaîtront les avantages de la terre libre, point de départ de l'humanité.

L'intrépidité de M. Achille Loria dans le para-

(1) Loria, les Bases économiques de la conslihilion sociale, pp. 120, 122.

(2) Ibid., p. 224.

(3) Ibid., p. 128.

D» IIISTOaiOLE ET ANALYSE DU SOCIALISME

doxe est sans exemple : riiisloire entre ses mains devient méconnaissable. C'est ainsi qu'à ses yeux les prêtres catholiques sont les auteurs de la révolution de 1789 (1) et que le nihilisme est un mouvement capitaliste! Néanmoins il y a intérêt à lire les œuvres de M. Loria après celles de Marx et de Engels. Elles en sont à la fois la caricature et la satire, M. Loria est d'ailleurs un matérialiste conséquent : il n'attend rien de la révolution, rien môme de la conquête du pouvoir dont l'existence est le signe de la puissance économiciue du capital. La puissance politiijue de ce dernier diminuera avec sa puissance économi{[ue, c'est-à-dire avec rabaissement du revenu. La science, selon lui, no peut autoriser des espérances de rénovation totale et prochaine. Elles sont en complète contradiction avec son esprit (2).

Le mutuellisme, le socialisme d'Etat, le collectivisme matérialiste de Mai'X, le collectivisme altruiste de Blanqui et de Malon, le commimisme libertaire des anarchistes, enfin la théorie de l'association mixte de ^L Loria, telles sont les principales formes du socialisme scientifique, c'est-àdire appuyé en apparence sur l'étude historique des faits économi([ues, tel est jusciu'ici le résumé de ses variations.

(1) Loria, les Bases éconoinh/ues de la conslilulion sociale, \). 3.',").

(y.; Idem, ihifl., p. 3.")5.

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