‹ Le socialisme et la science socialeChapitre 31 sur 51 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Le lecteur a déjà lire la conclusion de ce qui précède. Le socialisme présente aux esprits deux idées dilîérentes savamment confondues : l'atténuation de la concurrence et la négation de la propriété capitaliste. La science sociale doit s'attacher à dissiper cette grossière et dangereuse équivoque. La<lestruction, soit violente, soit graduelle, de l'entreprise et de la propriété capitalistes, en condamnant la société à la consommation immédiate serait laiguillon le plus aigu de la concurrence vitale. On ne peut atténuer celle-ci qu'en respectant les lois naturelles du développement social, lois (pii ont lait de l'entreprise capitaliste l'instrument le plus puissant de l'action humaine sur les choses. Si nous voulons atténuer la concurrence, fermons nos oreilles aux conseils du socialisme.

Le socialisme est donc une de ces illusions collectives passionnées dont l'histoire nous montre tant d'exemples. Ces illusions ne fondent rien. Tout au plus les révolutions qu'elles causent consomment-elles la destruction de ce qui était caduc et tomberait sans elles. Ce sont des ouragans qui ne brisent que des branches mortes.

Jadis ces illusions collectives revêtaient la forme

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rt'litiitMisc : le socialisme au contraire a pris la lonne scienlili(|ut' la plus sèehe, la plus rébarljalive el a ohltMui. ainsi liavesli, un succès refusé loniiienips à rékxiuent'c el aux etlïisions sentimenlales. Il y a là un signe des temps. Rions de ceux qui nous prédisent la banqueroute de la science. Le socialisme scientifique prouverait à lui seul que riiomme moderne na contianceijuen elle, llsut'fit à la chimère d'en prendre le masque pour être docilement obéie.

[.introduction des méthodes scientifiques dans les éludes sociales est d'hier. Nous n'en percevons encore que les inconvénients. Les socialistes raisonnent comme si les faits sociaux obéissaient à un déterminisme naturel supérieur à la volonté humaine, et toutefois ils veulent agir comme si la volonté avait sur ces faits un pouvoir illimité. Ils se croient atïranchis des conceptions qui nous montraient les sociétés fabriquées par des chefs d'État ou d'Église, et ils partagent encore au plus haut degré la grande superstition politique dénoncée par Spencer : le pouvoir que leurs ancêtres supposaient appartenir aux souverains, ils l'attribuent à une assemblée populaire. Leur matérialisme économique a cette complaisance. Or cette contradiction ne peut durer. La sociologie appliquée aura des ambitions plus modestes. Parendo vinces, ce mot deviendra sa devise comme celle des autres sciences. On mettra fin à l'antithèse caduque de la nature et de la société ; on ne verra dans la seconde qu'un moment plus complexe de la première. Sans renoncer à l'idée que les faits sociaux sont modifiables et perfectibles, on s'habituera à concevoir un rapport entre l'importance

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des Irauslormalions et loin* lenteur. La noUon de l'adaplalion progressive chassera celle de la révolution et la rendra ridicule.

Cette phrase mémorable de Marx : « Lors même (pi'une société est arrivée à découvrir la piste de la loi naturelle qui préside à son mouvement, elle ne peut ni dépasser d'un saut ni abolir par décret les phases de son dévelojipcment naturel, mais elle peut abréger la période <le la gestation et adoucir les maux de leur enraidemenl (1 ),» celle phrase résume rattilmledu socialismeen face de la science sociale.

Elle prouve ([ue ses adln'renls, s'ils ont appris quelque chose de la sociologie, ont trop retenu de leur éducation révolutionnaire. Entre ces deux directions ils devront choisir. Trop absurde est la médecine qui prétend diminuer les Koulï'ranccs de renfantemenl en abrégeant la période de la gestation. Celte chirurgie prétentieuse cpii veut, faire naître renfanl avant lern)c nous convie moins à une opération césarienne qu'à une manfcuvre aborlive; elle tuerait à la fois l'enfant et la mèi'c. La sociologie renvoie à lécole ces praticiens insuffisamment formés, mais elle ne désespère pas de complélci- leui" éducation ; elle peut trouver des collaborateurs jus(pie dans l'école socialiste. l('moin rtruvre magistrale de (iuillaume de (Ireefoii les erreurs de ses coreligionnaires sur le progrès sont si vigoureusemeni mises en lumière. !Ve confondons pas la lutte contre l'idée socialiste avec la lutte contre la démagogie. La démagogie est tour à tour indivitlualiste ou communiste, patriote ou intiM'nationale, bigote ou athée, selon

(i) Le Capilnl, Irnd. fr., p n.

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