I.A NATIONAI.ISATION 1)1 SOL
Selon la socoiulo, tliie à M. do Lavoloyc, la comiimiu' aulonome cslla forme naliircllcdc la société, cl hi coinnuuu' n'osl aiiloiioiiio (luc si ollo est proluiélairo do son lorriloiro. 11 laul donc préserver du niorcellemenl les biens communaux là où ils suhsislonl ot Iravaillor à les restaurer là où ils ont disjiaru.
La troisième est celle de Spencer ; elle repose sur ridée de justice. Les hommes ont un droit égal à l'usage des milieux physiques parmi lesquels il faut compter la terre. IMais les individus ne peuvent entretenir leur vie sans extraire du sol une subsistance proportionnelle à la capacité de chacun. Un compromis doit donc s'établir entre le droit de tous à faire usage de la terre et le droit de chacun à faire usage librement de ses facultés pour conquérir sa subsistance. Au stade supérieur de la civilisation, la terre est sans doute appropriée, mais, comme en Angleterre, l'Etat a le domaine éminent, les particuliers n'ont que le domaine utile, c'est-à-dire une tenure perpétuelle.
De ces trois théories, la dernière est la seule conséquente ; or elle se distingue nettement du socialisme.
Rien de plus vague que la théorie des sources de la rente foncière. Chaque économiste a la sienne. Toutefois, l'observation guide ici notre choix. L'homme, comme l'animal, doit vivre d'abord des produits spontanés du sol. Parmi ceux-ci, il faut mettre de côté les animaux, que l'homme ne peut capturer sans un travail. La production végétale spontanée, voilà donc le bien commun à tous. ÎNIais les phénomènes naturels se produisent sans aucun souci du bien-être et de la
subsistance de riiomme. Que vaut la végétation spontanée? A peu près rien. On peut même dire que c'est une quantité négative. Il faut la supprimer pour produire. Celui qui délriche une terre en est à bon droit le propriétaire, car il ne prend rien à personne. Désormais, plus la fécondité naturelle du sol sera grande, plus le travail du cultivateur sera pénible. L'agriculture n'est guère qu'une lutte contre cette fécondité parasite et qu'un art de la détourner sur des productions utilisables. Le droit de la communauté à la rente ainsi entendue, à la productivité gratuite de la terre, ne pourrait être exercé logiquement que sur des ronces et des orties, sur les maquis de la Corse et les palmiers nains de l'Algérie. L'expropriation de la prétendue rente du sol consiste donc au fond à confisquer au profit de la communauté les fruits de ce travail de défrichement que l'agriculteur doit plus ou moins répéter annuellement. Le système de Georges, issu deProudhon, est bien etïectivemont socialiste.
L'œuvre de ^L de Lavelcye sur la Propriété et ses Formes primitives (i) jouit encore d'une grande réputation, elle nous paraît toutefois loin de répondre aux véritables exigences de la méthode comparative. Ainsi l'auteur qui distingue minutieusement lallmend suisse de l'allmcnd wurtembergeois étudie dans le même chapitre la propriété en Angleterre et en Chine (2).
Depuis celte publication, de consciencieux et lumineux travaux faits sur des communes auto-
(1) Paris. Félix Alcan, éditeur. 1 vol. in-8°.
(2) Ch. XXVII.