I-.V NATIONAI.ISVTION DTI SOI
nomes roslées 1res jn'iinilivos ont pcM-niis <lc rcVluiro à leur jusio valeur les et)iicliisi()iis de Laveleye, eoiiclusions (railleurs en conliadiclion avei' les fails qu'il cile lui-même.
« La commune autonome, al'firme-1-il, esl la forme naturelle de la société (i). » Il en résulte que le progrès social ayant consisté à agréger des communes autonomes en sociétés plus étendues est contraire à la nature, cette dame complaisante, toujours prête h rendre l'oracle que l'esprit de système lui demande.
« La commune n'est autonome que si elle est propriétaire collective du sol. » Telle est la seconde idée du système. Mais les faits infligent à M. de Laveleye un démenti complet. Nulle part on ne trouve la commune rurale plus autonome que chez les Kabyles de l'Algérie. La taddert du Djurdjura, la laqqiieleth de l'Aurès est, bien plus que la commune de la Suisse, de la Russie ou de Java, autonome, car jusqu'à une date très récente elle était souveraine. C'est chez elle que l'on peut observer les manifestations les plus touchantes de la sociabilité, la anaïa, ou assistance mutuelle, la horma, ou l'idée de la concorde comme source de l'honneur (aV
Or cette commune , non seulement ne se
(i) La Propriété et ses Formes primitives, p. laS.
(2) Formation des cités étiez les populations sédentaires de l'Algérie, par E. Masqueray. Paris, Leroux, 1 vol. in-8°. Saisissons l'occasion de rendre hommage à rcxceplionnelle valeur de cet ouvrage, un de ces livres dont on délaisse la lecture pour celle des produits d'une sociologie d'ignorants et de charlatans, mais dont la connaissance est indispensable à quiconque veut comprendre la genèse des faits sociaux.
reserve point la propriété collective du sol, mais elle impose au particulier lobligalion d'enclore son héritage, anticipant ainsi sur la législation dont Laveleye fait un crime à la Convention (i). Il est vrai qu'elle revendique un droit illimité d'expropriation pour cause d'utilité publique {2). La lecture des Kànoun kabyles recueillis par Hanoteau et Lctourneux, par Masquerey, par M. Sauteyra, réduit à néant le gros volume de Laveleye si l'induction est autre chose qu'un amoncellement confus de faits particuliers.
« La suppression de la propriété collective du sol communal est la cause de l'inégalité parmi les hommes et l'origine du prolétariat, » assertion finale de Laveleye. Mais ici encore l'observation de l'Algérie répond : il y a des colons partiaires, les Khammès, dans les villages kabyles, mais il y en a aussi dans les tribus arabes restées collectivistes.
« Bien que l'étendue du pays occupé par une tribu soit hors de rapport avec le nombre de ses habitants, on rencontre cependant des douar ([ui ne possèdent aucune partie du sol en propre. Les douar désignés sous le nom de /ve/«a (pièce, morceau), ne comptent pas d'une façon fixe dans telle ou telle division de la tribu. Chaque année ils
(1) << Quiconriuelaijoure le long d'un chemin de passage et nenlourc pas son champ d'une haie n'a aucune indemnité à réclamer quand ce champ est envahi par les animaux. » {Kanoiin des Beni-Kani,arl. 46. Masrpieray, p. 3i2.)
i:>.j Si la djcmàa a résolu de faire ouvrir un chemin sur la propriété d'un particulier, ce dernier a droit au remboursement de la valeur des arbres fruitiers, mais ne reçoit pas d'indemnité pour la Icrre. {Kanoun des Çheurfa, art. 4i- Idem. p. 279.)
l.V N VIIONM.ISM 10\ DU SOI, '.'.5
|tassiMit 1111 iiiarclK' avec une l'arUa IVaclion de Iribn), louent sur son lorriloiro la i[uantilr de Irnvs n(''C(*ssaiivs à leur subsistance et se coiisi- (It'itMil, ixiiir ce temps, coniine membres de la Iraclion de ti-ibu avec laciuelle ils ont traité. Ces douar, dont la composition est moins lixc (jue celle des douar de propriétaires, se recrutent dans la classe des fermiers qui, ayant acipiis ([uelque fortune, désirent mener une vie plus indépendante. Ces fermiers mômes se désignent ordinairement sous le nom de Kliammès (de Koms cinquième), parce qu'ils ont droit au cinquième de la récolte, semences prélevées (i).
D'ailleurs, Laveleye lui-même nous fait juge du genre d'égalité que la propriété collective introduit entre les habitants d'une commune suisse.
Bien souvent le communal, iallmend^ n'est pas la propriété collective de l'ensemble des habitants de la commune ; il appartient par droit héréditaire à quelques familles, habitant la localité depuis un temps immémorial et constituant une véritable aristocratie. On pourrait aller jusqu'à dire que l'étude de Vallmend nous éclaire sur la distinction encore bien obscure des praticiens et des plébéiens, des eupatrides et du laos grec. Dans les petits bourgs de l'ancienne Attique et du Latium on se représente aisément des familles ayant la jouissance héréditaire du sol communal et de nouveaux venus réduits comme les Khammès à se faire leurs métayers.
D'un autre côté, là même où Vallmend est la
(i) Général E. Daumas. Mœurs et Couhimes de l'Abjérie, p. 20. Paris, Hachette.
f>6 HISTORIQUE ET ANALYSE DU SOCLVLISME
propriété collective de tous les habitants, c'est au riche, c'est au possesseur de bétail qu'il profite.
« Le principe qui préside ici (dans le canton d'L'ri) au partage des produits des biens communs est celui des temps les plus reculés : à chacun suivant ses besoins ; seulement, comme les besoins varient, non d'après les nécessités des personnes, qui sont à peu près les mêmes, mais d'après celles de chaque propriété particulière, qui dilï'èrent du tout au tout, il en résulte que les riches sont avantagés et les pauvres sacrifiés. En effet, celui qui na pas de bétail ne tire rien de Valpe. Pour celui qui a vimjt ou trente vaches à y envoijer, cest un revenu considérable... Le principe général étant qu'on ne peut envoyer sur le pâturage collectif que le bétail que l'on a entretenu, l'hiver, dans ses élables, il en résulte que celui qui n'a pas de prairie à lui, pour récoltci' du foin, ne peut nourrir du bétail l'hiver, et ainsi au printemps il n'en a point à faire monter sur l'alpe. Pour mettre au moins certaines bornes au privilège des plus riches en troupeaux, on a décidé (jue nul ne pourrait faire monter sur l'alpe plus de trente vaches ou leur équivalent ; mais cela n'a pas suffi, et depuis longtemps, ici comme à Florence, à Athènes et à Rome, les grands et les petits, les gras et les maigres sont aux prises. Le débat a beaucoup de rapport avec celui qui mettait en lutte praticiens et plébéiens au sujet de la jouissance de Vager publicus (i). »
M. de Laveleye peut ensuite énumérer tous les
(i) Laveleye, la Propriété el ses Formes primitives^ pp. i34, i35. Paris, F. Alcan.