‹ Le Socialisme Et Le Principe De PopulationChapitre 20 sur 61 · Cager. Voyage en Îcarie, 5° édition · texte numérisé non relu

Cager. Voyage en Îcarie, 5° édition

Ar d'avancement grand, et la campagne ressemble à un vaste jardin. D’autant plus qu’il n’est pas perdu un pouce de terrain : pasun arbre ou une haïeinutiles : pas de murs de clôture en maçonnerie, de grilles ou de palissades ; les chemins, les sentiers, les fossés eux-mêmes sont en ligne droite ; les champs sont autant que possible des carrés longs : ce qui, à la fois, facilite la culture et économise la terre.

La production est ainsi la plus grande possible, et, si Pon songe aux mesures de prévoyance qui sontprises, il semble que le danger d’uneinsuffisance de moyens de subsistance soit chimérique. La République, en effet, demande à chaque commune la production qui convient le mieux à la nature de son terrain et à sa situation, et c’est elle qui emporte de chaque commune son superflu pour le distribuer à d’autres, et qui lui apporte ce qui lui manque, enle prenant à toutes celles qui le produisent.

Pourtant Cabet n’est pas sans prévoir la possibilité d’un excès de population. « Pendant longtemps, ditil, nous n’avions aucun besoin de colonies. Mais, prévoyant que nous pourrions un jour avoir une population excessive, nous avons préparé de loin un établissement colonial sur un terrain fertile et presque désert, habité par de petites peuplades encore sauvages parmi lesquelles nous voulions commencer un vaste plan de colonisation. »

I] semble donc que Cabet ne se soit pas rendu

Ut,

compte del’importance du problème de la population. Sans doute, il prévoit bien un excès de population, et à cet excès il offre un débouché que déjà Morus, et bienavant lui, dans l’ancienne Grèce, Platon, avaient indiqué : la fondation de colonies. Mais ce débouché est-il suffisant pour faire écarter à tout jamais la crainte d’un excès de population ? L'hypothèse qu'à un moment donné, dans un avenir encore lointain certes, et qu'aucune imagination ne peut prévoir avec certitude, la terre sera entièrement peuplée, n’est pas envisagée. Pourtant, il paraît bien certain que ces colonies icariennes, à leur tour, comme la mère patrie, auront besoin de territoires inhabités pour déverser l'excédent de leur population. Cette hypothèse a-t-elle semblé inadmissible à Cabet ? Ne serait-ce pas plutôt que son échéance lui a paru si

lointaine qu’il ne vaille pas de s’y arrêter ?

Pierre Leroux (1).

Parmi toutes les théories sur la population une des plus curieuses, la plus originale à coup sûr, est celle de Pierre Leroux.

Selon Pierre Leroux, la multiplication de l’espèce

humaine sur la terre est le signe de sa prospérité,

1. P. Leroux, De la recherche des biens matériels, publié dans la Revue Sociale. Boussac, 1847.

sa diminution le signe de son adversité. La population d’un pays, en d’autres termes, est la mesure de sa richesse. Si cependant l’on objecte que certains peuples augmentent très rapidement en nombre, alors que tous les genres de misères les accablent à la fois, Pierre Leroux répond que l’anomalie n’est qu’apparente et facile à expliquer. « Familiarisés avec toutes les souffrances et avec toutes les privations, et rendus pour ainsi dire invulnérables à force de dégradation, les hommes ressemblent alors, sous certains rapports, à ces espèces animales et végétales auxquelles les économistes prétendent comparer humanité quant à sa loi de multiplication. Comme le chène, la mort a beau les frapper dans leurs rejetons, leur vitalité qui n’est plus celle de l’homme mais celle de la brute résiste à des chagrins qui ne sauraient les atteindre puisque l’extrème misère détruit en eux ce quiestle propre de l’homme, la sensibilité, unie à la connaissance pour ne laisser que la sensation... Et alors, ils pullulent, au sein même de la souffrance et de la mort (1). »

Pourtant, suivant les économistes, il y a toujours excès de population. L'intérêt des hommes est que la population reste stationnaire ou diminue. Car cette population est toujours proportionnée aux moyens de

subsistance et il est non seulement absurde, mais

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