L. BLanc. Op. cit., p
conise, comme Malthus pour la société présente, met ainsi son espoir dans une sorte de contrainte
morale, dans une plus grande prévoyance dans les relations entre les sexes.
Faut-il partager l’optimisme de Louis Blanc, et convenir avec lui qu’une fois le travail organisé, la possibilité d’un excès de population sera à jamais écartée ? On peut répondre que telle sera peut-être la conséquence si,le travail organisé (en admettant toutefois que les parents ne soient pas déchargés du soin d'élever et d'entretenir leurs enfants), il en résulte un accroissement de la richesse générale, une augmentation du bien-être de chacun. Mais le système d'organisation du travail aura-t-il cet effet ? Onne peut l'affirmer apriori. Les conséquences fächeuses de la concurrence disparaîtront, soit ! Mais quel sera le mobile qui excitera chacun à produire vite et bien ? On ne saurait répondre que ce sera toujours l'intérêt personnel, d'autant plus que, dans l'esprit de Louis Blanc, la répartition doive se faire suivant les besoins. L’intérèt collectif, alors, le sentiment de la solidarité ? C’est là un mobile bien faible et de nature à entraîner bien des mécomptes si
l’on songe que l’on raisonne avec des hommes.
Proudhon (1).
Proudhon consacre un chapitre entier de son célèbre ouvrage : Système des contradictions économiques ou Philosophie dela misère, à l’étude de la population.
« Le phénomène le plus étonnant de la civilisation, le mieux attesté par l’expérience, dit-il, c’est la misère (2).» Comment donc l’exprimer ? Quelle est la formule de la misère ? Malthus, après une vaste enquête à laquelle il s’est livré, a posé ce double principe : la population tend à s’accroître par périodes de vingt-cinq ans, suivant une progression géométrique, 1, 2,4, 8, 16, 32, etc. ; les subsistances ne peuvent s’accroître au mieux, pendant cette même période, qui suivant une progression arithmétique, 1, 2, 3, 4, 5, 6, etc. Ces deux faits étant bien établis, les deux progressions étant intimement liées l’une à l’autre, une conclusion s'impose : en tout pays, une partie de la population doit périr faute de pain. La misère est donc chose fatale ; « vouloir s'en préserver, c’est vouloir que la loi des logarithmes change à notre convenance et que l’arithmétique cesse d'être une
1. Prounnon. Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère, 4° édition. Paris, 1872. 2, Proupnon. Op. cit., tome 2, p. 314.
vérité (1). » Car si nous laissons agir la nature, nous tombons dans la misère par la surproduction des enfants ;si au contraire nous lui résistons ou si nous la trompons, nous en arrivons bientôt à prendre en horreur la famille et le travail, et nous nous précipitons dans une série inverse de maux.
Accroissement rapide de la population, accroissement plus lent des moyens de subsistance, c’est là la double formule d’une loi exprimée par l'Économie Politique, et aussi certaine que celles qui président aux mouvements des corps célestes, aussi inflexible qu'une équation algébrique. Dès lors, à quoi bon s'élever contre elle? Pourquoi se plaindre? «La fatalité nous fait vivre, la fatalité nous emporte ; Le plaisir qu’elle nous donne, elle se le fait payer ; qu’avonsnous à crier et à gémir (2) ? »
Pourtant faut-il accepter sans récriminer cette logique impitoyable? L’homme seul, entre les animaux, aurait été créé travailleur : la Providence lui aurait commandé de posséder la terre, de s’organiser par famille; le bonheur aurait été placé pour lui dans l’exercice de cette double fonction du travail et de l’amour. Et quandserait venue l’heure de réaliser ses promesses, la Providence aurait menti. « Pour goû-
ter le bonheur, l'humanité comme Saturne, devrait