LE MARXISME
« La Révolution de 1848, dit Marx, a sonné le glas de l’ancienne philosophie idéaliste allemande. » La nouvelle philosophie allemande, représentée par Hégel, a détrôné la vieille philosophie métaphysique. Désormais le monde tout entier fut représenté comme un «proces », comme étant dans un changement constant. De ce point de vue, l’histoire humaine n’apparaissait plus comme unesuccession ininterrompue de heurts chaotiques, mais comme le procès de développement de l'humanité, et l’esprit devait s’attacher à suivre la marche de ces phénomènes, en apparence dus au hasard, pour en découvrir la règle directrice.
La réaction devait se produire aussi sur le terrain économique. Au socialisme idéaliste et romantique, procédant de concepts a priori, que nous avons ren-
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contré jusqu'ici, va se substituer une autre forme de socialisme, le socialisme scientifique. « La tâche du socialisme scientifique, dit Engels, n’est plus de construire un système aussi complet que possible, mais de rechercher la marche historique de léconomie d’où naissent nécessairement le prolétariat et la bourgeoisie, et leur antagonisme, et de découvrir, dans les conditions économiques qui en résultent, les moyens de solution du conflit (1). »
Or, parmi les lois qui président à cet antagonisme des deux classes de la société actuelle, il en est une à l’étude de laquelle nous nous sommes attachés et qui se présente tout d’abord: la loi de population. Quelle est donc l’attitude du socialisme scientifique vis-à-vis de cette loi ?
Nous consacrerons quelques développements à Lassalle, à Rodbertus, à Marlo et à Dühring, avant de nous attacher au plus grand représentant du socia-
lisme scientifique, à Karl Marx.
Lassalle (2).
Nous ne retiendrons de Lassalle que sa fameuse
loi d’airain exposée dans sa Lettre ouverte en réponse
1. Excers. Die Entwickelung des Socialismus von der Utopie zür Wissenschaft, 1882. |
2. Lassarre, Discours et Pamphlets. Traduction Dave et Rémy. Paris, 1903,
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au Comité central d'organisation du Congrès général des ouvriers allemands à Leipzig. « La loi d’airain, qui, dans les conditions présentes, sous le régime de l'offre et de la demande de travail, détermine le salaire, est la suivante: le salaire moyen reste toujours réduit à la subsistance nécessaire, indispensable d’après les habitudes d’une nation donnée, pour entretenir l'existence et la reproduire. Tel est le point autour duquel gravite le salaire réel. Il ne peut jamais s'élever beaucoup au-dessus, ni descendre beaucoup plus bas. »
Et Lassalle développe cette loi dans tous ses discours, dans tous ses pamphlets. Le salaire ne peut s'élever d’une façon durable au-dessus de ce qui est indispensable à l’ouvrier pour vivre lui et sa famille. Car une situation meilleure faite au travailleur provoquerait aussitôt un accroissement de la population ouvrière, entraînerait une augmentation de l'offre de bras et le salaire retomberait ainsi à son taux antérieur ou même plus bas. Et, d'autre part, le salaire ne peut pas non plus s’abaisser au-dessous de ce qui est nécessaire à l’entretien de l'existence. Car, en ce cas, l’émigration, le célibat, l’abstention dans la procréation, la misère, en un mot, amèneraient une diminution du nombre des ouvriers. La demande de travail se trouverait restreinte et le salaire remonterait à son niveau antérieur.
Cette loi, dite d’airain, est aujourd’hui abandonnée
par les théoriciens socialistes eux-mêmes. Sa valeur en effet est nulle et sa substance même est confuse. Car si l’on prend sa formule au pied de Ja lettre et si l’on dit que le salaire ne peut jamais s'élever au-dessus de ce qui est matériellement nécessaire à l’ouvrier pour vivre, il apparaît bien évident qu'elle est en contradiction avec les faits. Pourquoi le salaire n'est-il pas le mème dans tous les pays ? Pourquoi varie-t-il avec les saisons, avec les métiers, et aussi avec les travailleurs ? Si, au contraire, on prend la formule dans un sens large, et si l’on dit que le minimum de salaire dont il s’agit varie avec le temps, les milieux, les races, les besoins, cette formule devient trop vaste, ilne peut plus être question de loi d’airain.
D'ailleurs, quelle que soit la valeur de cette loi, Lassalle n’a jamais prétendu la rapprocher du principe énoncé par Malthus. IL s’est borné à faire cette constatation : la hausse des salaires entraîne une augmentation de la population, leur baisse une diminution. De la question de la population en elle-même, de son rapport avec les subsistances, il ne s’en in-
quiète nullement.
Rodbertus (1).
Rodbertus n’a pas longuement fixé son attention
sur la population. Et cependant, on peut dire que le