‹ Le Socialisme Et Le Principe De PopulationChapitre 42 sur 61 · Marx, op. cit., p · texte numérisé non relu

Marx, op. cit., p

Dumas

100 ouvriers produisent une valeur journalière de 800 francs. Le profit du capitaliste est ainsi de 300 francs. Supposons qu'il soit inventé une machine qui, servie par 50 ouvriers seulement, donne un produit égal à celui des 100 ouvriers employés primitivement. Le prix d'achat de cette machine et son entretien pendant une année sont de 60.000 francs, soit 200 francs par jour, en admettant que l’année compte 300 jours de travail. Si le capitaliste acquiert la nouvelle machine et emploie dorénavant 50 ouvriers avec un salaire de 5 francs, ses déboursés ne sont plus de 500 francs comme précédemment, mais de 450 francs. Le profit qu'il réalise ainsi n’est plus de 300 francs, mais de 350 francs.

Que vont devenir les 50 ouvriers qui ont été rendus superflus par l'introduction de cette nouvelle machine ? Est-ce que, dans un sentiment de pitié pour ces travailleurs qui seront ainsi obligés de chercher ailleurs de l'occupation, le capitaliste se refusera à cesser de les employer ? Il s’en gardera bien, et, d’ailleurs, le voudrait-il qu’il ne le pourrait. Car cette machine, ses concurrents vont se la procurer. Puis, pour attirer à eux une clientèle plus nombreuse, ils vont offrir leur production journalière à un prix inférieur à 800 francs, à 780 francs par exemple, se contentant d’un profit quotidien de 330 francs, supérieur encore de 30 francs, à leur profit primitif. Et ils pour-

suivront sans cesse dans cette voie, de telle sorte

que celui qui reste attaché à l’ancienne méthode de production, obligé de se contenter d’un profit de plus en plus petit, ne tarde pas à faire faillite; il est écrasé par la concurrence. L

Mais le machinisme produit un autre effet, aussi désasireux que le premier. La machine a pour effet direct de simplifier le travail, de le décomposer en un certain nombre de mouvements simples. S'il n’est plus besoin d’un long apprentissage pour entreprendre une tâche, il est de moins en moins nécessaire d’être doué d’une grande vigueur physique. Le travail, par suite de l'introduction de la machine, se réduit de plus en plus à un travail de direction et de surveillance, nécessitant bien plutôt un effort d’intelligence qu’une grande force musculaire. Dès lors il devient aisé aux femmes et aux enfants de trouver de l’occupation. Et, comme le salaire des femmes et des enfants est considérablement plus faible que celui des hommes, ceux-là sont préférés à ceux-ci. Grâce à la machine, le travail des femmes et des enfants a été encouragé d’une manière fâcheuse.

Enfin le machinisme a une autre conséquence indirecte. Les travailleurs qui ont été ainsi rendus disponibles, qui ont été expulsés par les machines des différentes branches de la production, exercent une pression sur le marché du travail. Les prolétaires qui sont restés occupés sont obligés de consentir des

conditions plus lourdes. Leur salaire qui ne saurait

tomber au-dessous du coût de production reste le même, Mais la durée du travail est augmentée, ce n’est plus dix heures, par exemple, mais douze heures de travail qu'ils devront fournir désormais. Et ainsi l'augmentation de la durée de la journée de travail, qui, assurément, ne saurait être poussée audelà de certaines limites produit ce résultat de rendre inutile l'occupation de travailleurs plus nombreux.

Pour plus de simplicité, nous avons supposé jusqu'ici que, depuis l'introduction des machines, la production ne s’était en aucune façon accrue. Il nous faut maintenant envisager les faits dans toute leur complexité. Nous avons montré que le capitaliste, grâce à l’emploi des machines, pouvait, tout en réalisant un profit plus considérable qu'auparavant, offrir ses produits sur le marché à un moindre prix. Ces produits seront ainsi plus demandés. Dès lors, le capitaliste, séduit par l’appât d'un gain de plus en plus grand,jsera poussé à augmenter encore le chiffre de ses affaires : il emploiera des moyens de producetion plus nombreux, il occupera un nombre plus considérable d'ouvriers. Et ainsi il sera fait appel, sinon à tous les travailleurs expulsés par les machines, du moins à une partie d’entre eux.

Tel paraît bien être le cas, mais ce n’est là qu’une vie superficielle des choses. Les capitalistes, en effet, seuls détenteurs des moyens de production, ne la

dirigent qu'en vue de la conservation et de l’accroissement de leurs capitaux. Ils s'efforcent sans cesse d'étendre leur marché, de se créer de nouvesux débouchés, de produire plus, en un mot, puisque leur profit est en raison directe du chiffre de leur production. Nous avons montré comment par là ils étaient obligés de multiplier leurs moyens de production, de faire appel à de nouveaux ouvrier. Mais tous les capitalistes étant ainsi engagés dans cette voie de production à outrance, sans d’autre souci que leur intérêt personnel, il ne tarde pas à se produire des engorgements. Les nouveaux débouchés sont à leur tour saturés ou enlevés par la concurrence. Les conditions du marché ne sont plus favorables à l’augmentation du capital et à la production d’une plus-value, les capitalistes suspendent l’utilisation de leurs capitaux et licencient leurs ouvriers. Dès lors la crise éclate. Les travailleurs qui ne reçoivent plus de salaires ne peuvent plus acquérir les objets de consommation formant stock, d’où misère pour eux et leur famille, en même temps que dépréciation des capitaux entre les mains des capitalistes. « La présence de l’armée de réserve industrielle, sa rentrée tantôt partielle, tantôt générale dans le service actif, puis sa reconstitution sur un cadre plus vaste, tout cela se retrouve au fond de la vie accidentée que traverse l’industrie moderne, avec son

cycle décennal à peu près régulier — à part des

autres secousses irrégulières — de périodes d'activité ordinaire, de production à haute pression, de crise et de stagnation (1).»

Et ces crises, toujours inévitables, deviennent de plus en plus étendues et inévitables à mesure que le capitalisme s’identifie en lui-même. Car, d’une part, le nombre des représentants de la production individuelle diminue sans cesse ; par suite de l’impossibilité où ils se trouvent de soutenir la concurrence, les petits producteurs, écrasés par ceux qui disposent de capitaux plus considérables, tombent dans le prolétariat. Et d’autre part, la conquête des débouchés échappe de plus en plus aux capitalistes. A tel point que peu à peu, aux crises périodiques se substituera une crise permanente.

Ainsi l’accumulation des capitaux entre les mains d’un nombre de plus en plus restreint d'individus, telle est la caractéristique du mode de production capitaliste. Toutes les méthodes qu'il emploie pour rendre le travail plus productif sont autant de méthodes pour augmenter la plus-value, pour produire le capital au moyen du capital. A mesure que l’industrie et le capital se développent, se produisent dans la composition technique de celui-ci des changements qui amoindrissent progressivement la partie variable par

rapport à la partie constante. Ainsi les prolétairestra-

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