LE SOCIALISME CONTEMPORAIN
Si l’on voulait faire une étude approfondie du mouvement socialiste tel qu'il s’est manifesté dans ces trente dernières années, il conviendrait de faire une importante distinction. Parmi les socialistes, en effet, il en est, comme Kautsky et Bebel, qui continuent la vraie tradition marxiste. D’autres, au contraire, impressionnés par la considération que les faits ne s’accordent pas toujours avec la théorie de Marx, ont ab andonné plus ou moins sa conception. De là, toutes les formes’ de socialisme qui sont apparues dans le dernier quart du xix° siècle : socialisme réformiste, sociétarisme, solidarisme, collectivisme agraire, etc...
Une telle distinction sort du cadre restreint de cette étude. Nous ne saurions étudier les représentants de toutes ces écoles. La plupart, d’ailleurs, ne
se préoccupent nullement du problème de l'équili-
bre de la population, ou lui apportent des solutions que nous avons déjà rencontrées. Nous nous attacherons seulement à Kautsky, à Bebel, et à Henry
George.
Kautsky (1)
Kautsky consacre à l'examen de la question de la population une grande partie de son ouvrage paru tout récemment : Der Einfluss der Volksvermehrung auf den Fortschritt der Gesellschaft, 1880.
Tout d’abord, Kautsky, comme la plupart des socialistes, se refuse à reconnaître à Malthus d’avoir poursuivi un but scientifique en publiant son Æssai. D'après lui, Malthus, en établissant son Principe de population n’avait absolument en vue qu’un but politique : donner un nouvel appui au parti conservateur. Nous ne reviendrons pas sur ce reproche dont nous avons déjà fait justice (2).
Quoiqu'il en soit, Kautsky attache à la question de la population une très grande importance et reconnaît la vérité du principe fo-mulé par Malthus sans plus de réserves que celui-ci. Les maux dont souffre l'humanité, dit-il, peuvent seulement se guérir si on
reconnait la vérité de la loi de population de Malthus
1. Kaursxv. Der Eïinfluss der Volksvermekrung auf den Fortschritt der Gesellschaft, 1880.