‹ Le Socialisme Et Le Principe De PopulationChapitre 46 sur 61 · Voy. plus haut, p · texte numérisé non relu

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et si on lui accorde toute l'importance qu’elle a (1). À la vérité, il ne conteste pas que le jeu de cette loi ne doive être facilité et élargi par les progrès de la technique agricole avec lesquels il faut toujours compter et aussi avec l’abolition de la propriété privée du sol et la culture de celui-ci par des travailleurs libres et convenablement organisés. Mais il s’en faut que le danger d’un excès de population soit par là définitivement écarté. Ce danger est reculé à une époque plus ou moins lointaine, mais il subsiste toujours.

Puisque la population a tendance à s’accroître plus rapidement que les moyens de subsistance, il semblait donc que Kautsky dût aussi admettre les conclusions de Malthus. Le seul remède à cette disproportion entre la faculté d’accroissement de l’espèce humaine et la possibilité d'augmenter les moyens de subsistance réside dans la contrainte morale. Mais telle n’est pas, selon Kautsky, la voie dans laquelle il faille s'engager. Pour lui, en effet, comme pour Marx, ce qui caractérise le mode de production actuel, c’est la division des hommes en deux classes : d’un côté les possédants, de l’autre les prolétaires ; d’une part ceux qui détiennent les moyens de production, de l’autre ceux qui les mettent en œuvre par leur force

travail. Et cette force travail, comme toutes les autres

1. V. Marrecco, Economia politica antimalthusiana. Venise, 1894, p. 196.

marchandises, est soumise à la loi de l'offre et de la demande. La demande hausse-t-elle sur le marché du travail, son prix augmente; l'offre au contraire, afflue-t-elle, son prix diminue. Si donc les travailleurs, devenaient plus prévoyants, de telle sorte que leur nombre s’accrût moins vite, le salaire, qui est la mesure de la valeur de cette force travail, deviendrait plus élevé et par là aussi leur condition deviendrait meilleure. Ainsi devrait-il en être, semble-t-il, et Malthus aurait alors raison de conseiller la prévoyance. Mais sile salaire augmente dans une telle proportion, l'entrepreneur, n'ayant en vue que son intérêt personnel, sera poussé à remplacer les travailleurs par des machines plus économiques, puisque ce sera pour lui le moyèn de gagner plus. De telle sorte que la proposition de Malthus manque son but. « Malthus, dit Kautsky, voulait par sa proposition améliorer la condition des travailleurs, mais à quoi bon toutes les améliorations si l’ennemi augmente ses moyens de lutie dans une proportion équivalente ? (1) >» Dans la société collectiviste seule, l'introduction des machines ne rendrait aucun travailleur superflu, car l’économie de travail qu’elle entraînerait serait partagée entre tous de la manière

la plus équitable.

1. Kaursky. Der Einfluss der Volksvermehrung auf den Fortschrill der Gesellschaft, 1880. Op. cit., p. 53.

Il faut bien convenir que des faits nombreux el significatifs viennent illustrer la thèse de Kautsky. Mais il faut se garder d’exagérer. Il n’est pas vrai que l'entrepreneur puisse toujours et à chaque instant du processus de la production, remplacer des travailleurs par des machines. La technique moderne n’a pas encore atteint un assez haut degré de perfection pour permettre ce résultat. Et, en admettant même que cette transformation fût possible, elle nécessiterait une mise de côté immédiate d’un capital parfois considérable que l’entrepreneur n’a pas toujours à sa disposition. Enfin la direction de ces machines ne saurait être confiée à des ouvriers qui n'auraient pas reçu une éducation spéciale, et cette éducation ne pourrait s’acquérir instantanément.

D'ailleurs Kautsky, outre qu’il trouve inutile le système de limitation volontaire par la contrainte morale proposé par Malithus, lui adresse un autre reproche. Il affirme que cette contrainte morale et la

conclusion de mariage tardifs qui en est la conséquence, sont une cause de malheur. Et il en donne trois raisons, d'ordre essentiellement différent, mais cependant également impressionnantes.

Tout d'abord, Kautsky signale le danger que présentent les mariages tardifs. Les enfants sont exposés à perdre leur parents avant d’être arrivés à un âge suffisamment avancé pour pouvoir s’entretenir et se subvenir à eux-mèmes, Deviennent-ils orphelins de

trop bonne heure, il ne sont pas capables de discerner le bien et le mal. Leur éducation en souffre et aussi leur existence future. Abandonnés à eux-mêmes avant d’avoir atteint l’âge d'homme, ils courent le danger, par suite des mauvaises fréquentations, de tomber dans le vagabondage et de constituer la source où s’alimente la classe des misérables et des criminels précoces. Kautsky, à ce sujet, observe que chaque mariage devrait en moyenne durer trente ans, et prenant pour base les calculs de Caspers, il prétend que l’âge matrimonial ne devrait pas dépasser 30 ans pour les riches et les gens aisés, et 20 ans pour les pauvres.

En second lieu, Kautsky affirme que le chiffre des naissances illégitimes s’accroît en raison inverse avec la diminution du nombre des mariages ou le retard apporté dans leur célébration. Et ce résultat est au moins aussi déplorable que celui signalé précédemment, outre qu’il en est une des principales causes. Car, ou bien les enfants illégitimes restent à la charge de la mère qui, dans presque tous les cas, se suffit difficilement à elle-mème, et constituent ainsi pour elle une charge trop lourde. Ou bien, ces enfants, abandonnés par leur mère qui ne peut les nourrir, sont recueillis par l'assistance publique et privés des joies réconfortantes de la famille.

Enfin Kautsky insiste sur l'influence pernicieuse qu'a le célibat sur le développement physique, in-

= PTE tellectuel et moral de l’homme. La physiologie, dit-il, reconnaît absolument que l’abstinence de tout eommerce sexuel est nuisible aux hommes parfaitement formés. Si on lui objecte les inconvénients sociaux qu'entraine avec lui le mariage, il se demande s'ils sont aussi grands que les inconvénients physiologiques qui sont la suite du célibat. Et à cette question. « La faim est-elle plus forte que l’amour ? » il déclare qu’on ne peut donner une réponse absolue pas plus en vertu de l’économie politique qu’en vertu de la physiologie. La statistique seule permet de décider à ce sujet. Mais il ne s’y arrète pas; il se borne à rappeler quels sont les inconvénients du célibat et il conclut hardiment : « Grands sont les inconvénients de la vie matrimoniale en comparaison avec le célibat, mais plus grands encore sont ses avantages (1). »

Que l’on se souvienne maintenant que la population a tendance à s’accroître au delà des moyens de subsistance, on arrive alors à ce résultat : ou bien la population suit cette tendance et il en résulte le malheur ou la misère ; ou bien l’homme réagit contre cette tendance, il ne conclut que des mariages tardifs ou il reste célibataire, et alors le malheur est encore plus grand. Il semble ainsi qu’il n’y ait pas d'espérance à avoir et que la perspective soit sans

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