‹ Le Socialisme Et Le Principe De PopulationChapitre 47 sur 61 · Kaursuy, op. cit., p · texte numérisé non relu

Kaursuy, op. cit., p

issue. Mais Kautsky ne s'arrête pas là. Puisque le célibat et l’accroissement de population sont deux maux aussi grands, il faut que l'homme contracte mariage et qu’il limite le nombre de ses enfants. Et comme obstacle à la fécondité conjugale, Kautsky recommande le « praeventiven geschlechtlichen Verkehr », c’est-à-dire le commerce préventif.

Nous n'insisterons pas sur un point aussi délicat. D'ailleurs Kautsky lui-même est loin de voir en lui un remède universel aux maux qui affligent l’humanité. Il estime que dans l’état social actuel, la limitation de la fécondité conjugale est de nature à venir en aide aux travailleurs. Mais il croit bien plutôt que seule une transformation de la société dans le sens collectiviste soit susceptible de faire disparaître la

misère.

Bebel (1).

Deux des plus grands continuateurs de la tradition marxiste, à coup sûr les deux chefs incontestés de la Social-démocratie allemande, Liebknecht et Bebel, n'ignorent pas la loi de population, encore que Liebknecht en parle sans y attacher une importance considérable. Pour lui, en effet, l'excès de popula-

tion est une idée essentiellement relative. Vouloir :

1. Besxz. La femme dans le passé, le présent et l'avenir. Trad. Ravé. Paris, 1891,

déterminer combien d'habitants un pays peut nourrir, et plus généralement à quel nombre d'hommes la terre peut fournir la subsistance, c’est tenter l’impossible. L'agriculture, comme l’industrie, se perfecfectionne sans cesse et il n’est pas possible d’assigner une limite à la capacité de rendement du sol ou aux progrès de la technique agricole. La question est donc oiseuse, et parler d’un excès de population, : dans nos pays civilisés, c’est se servir d’une expression inexacte pour désigner l’injuste répartition de la richesse.

Bebel étudie de plus près le problème de la population, et il consacre à son examen d’amples développements de son livre : Die Frau und der Sozialismus (1883) (traduit en français sous le titre : La femme dans le passé, le présent et l'avenir (1891).

La peur de la surpopulation, dit Bebel, est déjà vieille, et cette peur s’est toujours manifestée dans les périodes de décadence. Quand Malthus lui-même formula sa loi, les découvertes d’'Hargreave, d’Arkwright, venaient de révolutionner l’industrie anglaise, et particulièrement les industries du lin et du coton. En même temps que ces modifications profondes apportées à la technique de la production enlevaient le pain à des dizaines de milliers d'ouvriers, elles entraînaient une accumulation énorme du capital entre les mains des classes possédantes.

A un pareil moment, ces classes dirigeantes devaient

nécessairement chercher à expliquer à leur manière un phénomène aussi contradictoire. « Le plagiat enfantin, superficiel et hypocritement déclamatoire de Malthus » s’offrit à elles. Elles ne trouvèrent rien de mieux que de rejeter la faute de Ia misère profonde des masses sur l’augmentation beaucoup trop rapide du nombre des travailleurs, et non sur le mode de production capitaliste ou l’accumulation du sol

entre les mains des landlords.

Mais les circonstances qui poussèrent Malthus à édifier sa ioi ne sont pas disparues, bien au contraire, elles se sont aggravées. On les retrouve, non pas seulement en Angleterre, mais dans tous les pays où le système de production capitaliste, en séparant le travailleur des instruments de production, concentre ceux-ci dans les mains des capitalistes et jette chaque jour dans la misère de nouvelles masses de pro-

létaires.

La misère, on peut donc l’affirmer, ne résulte pas de la pénurie des moyens d’existence mais de l’inégalité de leur partage qui fait que ceux-ci regorgent du superflu, alors que ceux-là manquent du nécessaire. D'autre part, la production capitaliste pousse à la procréation des enfants. Elle a besoin de bras, en effet, pour diriger ses machines, faire mouvoir ses outils. Avoir des enfants devient ainsi une sorte de

calcul pour l’ouvrier : leur travail, par sa rémunéra

tion, couvreet au delà les frais minimes que lui cause leur entretien.

C’est pour cacher l’immoralité et le caractère funeste de ce système que les économistes, les idéologues bourgeois,comme les appelle Bebel, ont invoqué l’idée de la surpopulation. « Le capital, accusé reconnu innocent est sauvé,et le travailleur seul est le coupable (1). »

Il est bien vrai, comme le dit Bebel, que la peur de la surpopulation soit déjà vieille. Dès l’antiquité elle s’est manifestée et nous savons que Platon et Aristote étaient d'accord pour enseigner qu'on devait arrêter toute exubérance de la population. Mais il est faux que cette peur de la surpopulation soit toujours apparue dans les périodes de décadence. Peuton sans injustice considérer comme telles les dernières années du xvirr° siècle qui virent les grandes découvertes de la vapeur et des machines à filer et à tisser ? Que ces découvertes et leurs applications aient eu une répercussion fàcheuse sur la classe ouvrière; qu'un grand nombre de travailleurs aient été déplacés par les nouvelles machines, nous ne saurions le nier. Mais il est non moins incontesble que ces inconvénients n'aient été que momentanés

et que cette époque ait été le point de départ du

1. BEBEL. La femme dans le passé, le présent el l'avenir Trad. Ravé, 1891. Op. cil., p. 341.

développement considérable de l’industrie au cours du siècle dernier.

Quoiqu'il en soit, pour Bebel, la misère n’est pas la conséquence d’une pénurie des moyens d'existence ou d’alimentation, mais la suite de l'inégalité du partage de ceux-ci. Et pour bien établiret faire ressortir l'évidence de cette proposition, il envisage le problème sous son double aspect.

Tout d’abord Bebel étudie la loi du rendement décroissant en agriculture. Cette loi d’appauvrissement du sol, dit-il, est une lubie de Malthus. Elle a pu se justifier jusqu’à un certain point à l’époque où écrivait l’auteur de l’Æssai sur le principe de population, lorsque l’agriculture était encore insuffisamment développée, mais elle est aujourd’hui universellement condamnée à la fois par la science et par l’expérience. Et à l’appui de sa thèse il invoque le témoignage d’un homme qui, à vrai dire, ne saurait être considéré comme un économiste, Liebig : « Quand la main-d'œuvre et l’engrais existent en quantité suffisante, le sol est inépuisable et donne d’une façon ininterrompue les plus riches récoltes (1). » Puis les trois quarts du globle terrestre ne sont pas encore en culture, et manquent du nombre d'hommes nécessaire pour les mettre en valeur, mème d’une facon

rudimentaire. En Afrique et en Asie, en Amérique

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