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sent sur rien. Peut-être ne faut-il pas souscrire entièrement à ce jugement. Il est bien vrai que d’immenses étendues de terres sont encore incultes, et que la production des régions en exploitation peut être considérablement augmentée. Dans quelle mesure? Il est impossible de le déterminer. Mais Bebel fait trop bon marché de la loi du rendement décroissant en agriculture. Cette loi est aussi réelle de nos jours qu'au moment où Malthus publia son Æssai.
Quant à la faculté d’accroissement de l’espèce humaine, il faut convenir avec Bebel que cette faculté est plus développée là où la population est la plus pauvre. C'était déjà ce qu’enseignait Malthus. Mais il est permis d’espérer avec le chef de la Social-démocratie allemande que le genre d'alimentation, la situation nouvelle qui semble devoir être faite à la femme, et surtout l’augmentation du bien-être, peuvent avoir et ont une influence considérable sur la solution du problème de l'équilibre de la population. Toute la question est de savoir si ce résultat ne saurait être
dû qu’à l’avènement de la société collectiviste.
Henry George (1).
En 1879 parut un ouvrage intitulé Progress and Poverty, dans lequel l’auteur se proposait de recher-
1. H. GrorGs. Progrès et pauvreté. Trad.Le Monnier.Paris, 1887,
cher « la loi qui associe la pauvreté au progrès, qui fait augmenter la misère avec la richesse » (1). À proprement parler Henry George, ne saurait être rangé parmi les socialistes. À l'encontre de ceux-ci, en effet, il reconnaît que les produits du travail humain peuvent être appropriés sans injustice par les producteurs ; il tient pour légitimes la propriété du capital et le revenu sans travail qui en résulte. Mais en même temps, il voit dans la propriété et la rente foncières les causes de tout le malaise économique ; il proclame pour chaque homme un droit inné à ja jouissance de la terre et il affirme le droit de l’État de s’approprier la rente foncière sans dédommagement aucun pour les propriétaires.
Quoi qu’il en soit, en poursuivant le but qu’il s’était tracé dans son ouvrage, Henry George devait être amené à examiner la théorie de Malthus, cette loi, qui, dit-il dans la préface de son livre, « a exercé une grande influence dans toutes les directions, qui ne peut actuellement s’appuyer ni sur les faits, ni sur l’analyse, et qui, lorsque l'on veut la mettre à l’épreuve, se ruine d’elle-même,de fond en comble (2).»
Tout d’abord, Henry George étudie les causes du succès de la doctrine de Malthus. Ces causes se ramè-
nent à des chefs différents. La première, c’est que