‹ Le socialisme et les jaunesChapitre 10 sur 143 · VAILLANT · texte numérisé non relu

VAILLANT

C'est un vieillard déjà blanc, de taille moyenne, vêtu Bl correctement, comme un professeur cossu. Il porte desBi lunettes sur un nez émerillonné, sur un nez d'ivrogne, l|

1. Nom donné à Blanqui par Gustave Geffroy dans un beau] livre portant ce titre.

et c'est une injustice de la nature. Qui sait? C'estpeutêtre pour cela que Vaillant est un révolté, car il est sobre, buveur d'eau ; quoique très riche, il. vit personnellement comme un ascète.

Disciple de Blanqui, assoupli cependant à la phraséologie marxiste afin de continuer à jouer un rôle dans le socialisme en France, Vaillant est le type de l'intransigeant et tout à la fois du parlementaire.

Il ne manque pas une séance de la Chambre, monte fréquemment à la tribune, oîi, grâce à la monotonie de son langage qui fait rapidement le vide dans la salle des séances, il se livre à des hardiesses de langage que ses collègues lisent le lendemain, non sans ahurissement, dans le Journal officiel.

Le rêve du vieux député révolutionnaire était de se

re un fils intellectuel. En effet, son fils, le fils de sa

di\ ne paraît avoir aucun goût pour la politique

ialiste : c'est douloureux pour un doctrinaire.

Vaillant couva donc littéralement l'élection et l'édu-

1 cation politique de J.-L. Breton, l'actuel député du

I Cher, mais celui-ci vola bientôt de ses propres ailes;

! comme Zévaès vis-à-vis de Guesde, il fut un ingrat et

abandonna le roc où l'avait conduit son maître, pour

les moelleux fauteuils de Millerand embourgeoisé.

Le P. 0. S. R. est un autre groupement, presque une autre école, dont le genre de vie et d'action ressemble sensiblement au P. S. R., mais qui se développa sous l'impulsion d'une autre personnalité, laquelle rêva longtemps d'être le Grand-Maître du socialisme en France. C'est indiquer par là même qu'il y

eut dans toutes les chapelles socialistes françaises — et entre elles — des compétitions de personnes, ardentes, qui ne sont pas encore apaisées.

Le P. O. S. R. fut fondé par AUemane, ouvrier typographe, qui prit une part active à la Commune et fut déporté en Nouvelle-Calédonie. Ouvrier d'intelligence bornée, mais têtue, Allemane réussit à grouper autour de son programme, qu'il nomma lui-même «communiste», un certain nombre de militants. Ses théories ne furent jamais bien nettes : tantôt nous le voyons se rallier aux conquêtes électorales et politiques, tantôt il semble vouloir organiser un parti ouvrier autonome ; d'autres fois il préconise la conquête des communes. C'est vague, indécis et cependant vivant par la force d'une propagande persévérante.

Moins heureux que Vaillant, il ne semble pas (\\i' Allemane ait suscité autour de lui des fidélités ou du dévouement. Peu dédaigneux des biens de ce monde, Allemane, en même temps qu'il faisait les affaires de son propre parti, n'oubliait pas les siennes propres. A la tête d'une imprimerie, rue Saint-Sauveur, il baptisa son entreprise « Imprimerie ouvrière », selon les traditions des socialistes qui donnent les mots à leurs troupes et gardent la chose pour eux-mêmes.

Ceux qui l'approchent l'accusent d'être le seul patron et le seul bénéficiaire de ladite Imprimerie ouvrière et d'y traiterson personnel comme un vulgaire bourgeois.

En province, notamment dans la Côte-d'Or, dans le Doubs, les AUemanistes firent pendant quelque temps bonne figure, ainsi que dans certains départements du Midi et de l'Ouest. A Paris, ils eurent plusieurs e'ius, et ce fut le commencement de la dislocation du parti

allemaniste. Parmi ces députés, citons Victor Renoux — aujourd'hui décédé, — Bejeante^ Groussier^ Chauvière, etc., etc. Il est bon de remarquer que tous ces élus étaient ou sont des ouvriers. Or les statuts du P. 0. S. R. obligent les militants pourvus de mandats électifs rétribués à laisser à la caisse du groupe central la moitié des appointements afférents à la fonction élective. En échange, le groupe prend à sa charge les frais d'élection de ses candidats. Afin de mieux les tenir, Allemane avait imaginé de faire signer leur démission, en blanc, à chacun de ses militants élus, pour le cas où ils ne se conformeraient pas à la discipline du parti.

Un beau jour, Groussier, Bejeante, Chauvière, etc., qui ont les dents longues, songèrent que c'était un bien gros crève-cœur, pour des gens accoutumés à socialiser le bien d'autrui, que de laisser chaque jour à leur groupement la moitié des 25 francs du salaire journalier de député, et ils cessèrent de payer les cotisations. Allemane réunit ses fidèles et, séance tenante, envoya au président de la Chambre la démission de ses hommes qui monopolisaient ainsi outrageusement à leur seul profit tous les gains.

Les réfractaires furent réélus cependant et restèrent joyeusement des dissidents, trop heureux, après être arrivés sur les épaules de leurs camarades, de jouir égoïstement à la bourgeoise d'une situation privilégiée.

L'ouvrier charron Victor Renoux, qui était resté fidèle à ses engagements, fut battu par le corps électoral. Groussier échoua dans la même législature.

Pendant l'affaire Dreyfus, Allemane se lança, avec ses troupes, à corps perdu au secours du capitaine juif. 11 recueillit momentanément le fruit de cette campagne

inattendue par un siège de député au XP arrondissement.

Battu aux élections suivantes, Allemane paraît, depuis, occupé à ramasser les débris de son organisation. A part quelques comparses, J.-B. Lavaud, et quelques autres besogneux, le P. O. S. R. vit les travailleurs s'éloigner peu à peu. Il ne lui reste qu'un élu au conseil municipal de Paris, un Juif nommé Fribourg, dont la venue parmi les ouvriers socialistes ne fut pas sans intriguer les esprits clairvoyants du parti.

Allev^'ane et ses partisans sont révolutionnaires et, depuis quelques années, partisans de la grève générale. Unifiés comme les blanquistes, leur tactique est maintenant subordonnée à celle du parti entier. A côté des Guesde, des Vaillant, des Jaurès, la figure d' Allemane, que cessent d'éclairer les circonstances favorables, s'estompe de plus en plus et finit par disparaître.

ALLEMANE

Brun, maigre, paraît une soixantaine d'années, affecte des allures « populo ». Le ton est dur; les yeux arrogants. Sa longue moustache tombe comme celle des anciens Gaulois.

Allemane affecte de l'érudition ; il n'en a point. Très ombrageux, jaloux des autres chefs de groupes, ambitieux, il passe sa vie à se brouiller avec ses adeptes.

ilieu de cet homme ne restera, pas même ceci.

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