‹ Le socialisme et les jaunesChapitre 9 sur 143 · LB PARTI SOCIALISTE REVOLUTIONNAIRE · texte numérisé non relu

LB PARTI SOCIALISTE REVOLUTIONNAIRE

On ne se représente pas, en général, ce qu'il y a de cliétif dans ces groupements aux titres inquiétants, et qui puisent toute leur force dans Tardeur de militants clairsemés et dans Thabileté des formules démagogiques et des proclamations.

Le C. R. C. se réunit, tous les mercredis soir, à Paris, 118, rue du Temple, dans une salle de café louée annuellement par Vaillant, au premier étage de l'immeuble. On accède à cette chambre garnie sommairement de chaises en paille et de bancs de sapin par un escalier en colimaçon, comme il s'en rencontre fréquemment à Paris dans ce genre d'établissement.

Vers neuf heures du soir, les affiliés commencent à arriver, — un à un, quelquefois deux à deux, jamais en groupe. Aucune camaraderie réelle n'unit ces hommes. Ils ne vibrent en commun que par la colère, pour la haine et les passions révolutionnaires qui les animent. Depuis des années, les figurants sont à peu près toujours les mêmes; les élus^ à part Vaillant et Landrin, n'assistent jamais, ou presque, à ces réunions de Comité. Quand ils y assistent, ils sont constamment sur la sellette, accusés de tiédeur par les uns, de bourgeoisisme par les autres, de réformisme par le troisième. Vaillant, assis dansun coin, laisse les discussions s'animer. On voit les Capjuzan, les Dumas, ou quelques commis d'épicerie — nouvellement initiés — se faire inscrire gravement pour prendre la parole, avec un

souci de la forme, du protocole, que nous ne saurions trop recommander à nos députés.

Si un orateur commet une incorrection.ou abuse de la parole, il y a toujours un « militant » pour demander la parole pour une motion d'ordre. Et cela provoque, pour l'observateur froid, des effets d'un haut comique.

Tous les yeux des assistants brillent d'une sorte de fièvre, à part chez ceux qui discrètement... notent les nouveaux... Les séances ne se lèvent pas avant que tous ceux qui ont quelque chose à dire aient eu le loisir de le dire ; et ceux qui ont la parole s'observent, visent à l'éloquence, martèlent leurs phrases comme s'ils répétaient là, une leçon, pour la prochaine réunion publique.

Les discussions roulent généralement sur la tactique des élus, sur leur contrôle, sur la propagande et sur les moyens de susciter des agitations révolutionnaires favorables au développement des idées socialistes. Quand le débat devient confus. Vaillant, dont la tête blanche paraît taillée dans un marbre, placé, au coin, en témoin, demande la parole ; la forte voix de Dubreuilh s'élève aussitôt pour faire silence; Lepage s'assure que chacun observe vis-à-vis du Vieux l'attitude respectueuse et décente qui s'impose ; et Vaillant parle d'un verbe rapide qui coule en propos nerveux et raisonné, mais sans arrêt : jamais le ton ne s'élève ; il remet les choses au point, concilie, explique ; il est médecin, ingénieur civil, plus versé qu'aucun politicien dans toutes les questions de ce temps. Quand Vaillant a causé, l'affaire est entendue. On fait une collecte qui rapporte invariablement 5 francs et quelques sous, — 5 francs donnés par Vaillant et quelques sous par le

fretin; puis, chacun s'en va de sou côté jusqu'au mercredi suivant.

Nous le répétons, il n'y a pas plus de trente affiliés sérieux dans ce Comité révolutionnaire central, qui joue au parti ; mais on sait y rédiger des manifestes, utiliser les périodes électorales, les grèves. Ce qui prouve que l'action est toute la vie d'un parti, c'est que, tel quel, ce groupe (comme les autres, qui sont à peu de chose près dans les mêmes conditions) est arrivé à donner au pays l'illusion qu'il forme un vaste groupement prolétarien national.

Notons, en passant, que le C. R. C. n'a pas dans son programme la grève générale, et qu'il dédaigne, ou à peu près l'action syndicaliste; quand elle ne lui est pas nécessaire pour préparer des élections ou faire de l'agitation. Jusqu'à Vimité, les blanquistes croyaient à la possibilité d'une révolution par un coup de force (jui leur aurait donné le pouvoir et la possibilité de transformer la société, même par la violence. A l'heure actuelle, leur tactique, comme celle des autres groupements, est subordonnée à celle du Parti socialiste unifia (section française du Parti socialiste international). Ni Blanqui, ni Vaillant et ceux qui se réclament de l'Enfermé ^ n'ont laissé aucun ouvrage indiquant leurs théories et doctrines sous une forme qui puisse les perpétuer.

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