ROUGES ET JAUNES
« Nous ne sommes pas arrivés d'un seul bond, d'une seule étape, au terrain philosophique et social, si j'ose ainsi dire, sur lequel nous nous plaçons. Le mouvement jaune (et parmi nous plusieurs en ont gardé le souvenir) fut d'abord un simple geste de protestation spontanée. Les « Jaunes » furent d'abord des négateurs, et en cela leurs actes étaient à courte portée.
Ils furent, au début, les négateurs de la grève, les négateurs de la révolution, et rien que cela. Aussi, secoués par les furieuses attaques de la démagogie qu'exaspérait cette résistance imprévue, les « Jaunes»,
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pendant plusieurs années, ont été considérés comme des traîtres^ comme des « renégats » ou des vendus.
Les soldats de cette armée nouvelle manquaient d'assurance. Inquiets du présent sans aucune vision d'avenir, ils dissimulaient leur titre de « Jaunes ». Les « chefs » eux-mêmes, par le vague de leurs formules et l'incohérente fébrilité de leur tactique, faisaient le jeu de l'adversaire. Le cri de ralliement était tout entier dans une formule sentimentale véridique, mais qui consiste seulement en une constatation mélancolique :
« Le capital travail et le capital argent sont indis- « pensables l'un à l'autre. »
Cette affirmation, comme programme, était insuffisante. »