LE PARLEMENTARISME
Ce n'est pas tout. Notre constitution est si bien comprise que chaque député ne représente pas le même nombre d'électeurs : le représentant d'une circonscription des Basses-Alpes, par exemple, peut avoir été élu
par2.000 voix, tandis que le député d'un arrondissement du département du Nord l'aura été par 20 ou 22.000 suffrages; et cependant, à la Chambre, chacun d'eux a les mêmes drofts et les mêmes pouvoirs, et il peut se produire ce phénomène curieux que la majorité de la Chambre ne représente pas la majorité des électeurs. .
Voix nombreuses. — C'est exact.
M. Japy. — Il semble qu'il faille une solution à ce problème, il semble que nous ne puissions pas, nous, peuple qui nous prétendons républicain, livrer toutes nos libertés, livrer toutes nos richesses, livrer la France entière à un Parlement absolument omnipotent. [Sensation. Applaudissements prolongés.)
A l'heure qu'il est, tous ici, qui sommes des travailleurs du commerce, de l'industrie ou de l'agriculture, nous savons parfaitement que les problèmes économiques deviennent chaque jour de plus en plus ardus : ceux d'entre nous qui, il y a vingt ou vingt-cinq ans, travaillaient déjà pour vivre, savent parfaitement qu'à cette époque la lutte industrielle, commerciale, agricole était infiniment moins âpre qu'à présent. Eh quoi! c'est au moment où il devient de plus en plus difficile de soutenir la lutte soit dans le commerce, soit dans l'industrie, soit dans l'agriculture, c'est au moment où il nous faudrait des lois sérieuses qui protègent efficacement ces agents de notre richesse nationale, c'est à ce moment que vous, travailleurs de l'industrie, du commerce ou de l'agriculture, vous laissez votre sort entre les mains de députés dont la plupart sont des incapables? [Applaudissements .] Regardez la composition de la Chambre actuelle : pour 5 ou 6 industriels, comme M. Laroche-Joiibert, qui nous fait l'honneur d'être des nôtres, puis une douzaine d'agriculteur»
et une vingtaine de commerçants, sur près de 600 députés, il y a plus de 400 avocats ou médecins qui n'ont jamais de près ou de loin été mêlés à nos luttes industrielles ou commerciales et ne connaissent rien aux intérêts vitaux de notre pays. [Applaudissements .) Et c'est vous les travailleurs, vous les ouvriers, vous les agriculteurs, qui payez les impôts, c'est vous qui faites vivre le pays et qui vous laissez mener par des fonctionnaires et des députés qui ne connaissent pas le premier mot de vos intérêts. [Applaudissements.)
Il semble que, sans revenir aux corporations, qui, tout en ayant donné naissance à un certain nombre d'abus, avaient du moins l'avantage de former des hommes unis entre eux et connaissant parfaitement leur profession et ses exigences, il y a une solution à cette question. Pourquoi, puisque dans le pays les ouvriers et les patrons forment la majorité des habitants, ne leur ferait-on pas, dans les conseils de la nation, une part prépondérante, proportionnelle à leur nombre?