CHAMBRE DE CAPACITÉ
Il me semble qu'il ne serait guère difficile de diviser la France en 20 ou 25 régions et d'organiser dans chacune de ces régions une espèce de basse chambre, que j'appellerai, si vous le voulez bien, « chambre de capacité», qui serait composée de commerçants, d'industriels, d'agriculteurs et d'ouvriers, au prorata de leur nombre dans la région. Je voudrais qu'aucune loi économique ne fût votée qui n'eût été, au préalable, soumise à ces chambres régionales. Il est scandaleux vraiment de voir aux séances du matin, — ce sont celles où l'on étudie à la Chambre ces lois-là, — 20 ou 25 députés à peine présents ; encore font-ils pour la plu-
part leur correspondance ou terminent-ils leur somme interrompu. Au moment du vote, cependant, il y a toujours au moins oOO bulletins dans l'urne. [Rires.) Si, comme je le désire, on soumettait aux chambres de capacité toutes les lois économiques qui doivent engager le pays, qui doivent jouer dans sa vie un rôle considérable, comme les traités de commerce, les tarifs des douanes et de chemins de fer, les impôts, la réglementation du travail, etc., nous éviterions bien des mesures nuisibles au pays et nous empêcherions certainement notre budget d'aller sans cesse en grossissant. Il est actuellement de 3 milliards 700 millions, sans compter le budget des communes, qui se monte à près d'un milliard; c'est donc un budget annuel de près de 5 milliards, qui pèse sur les Français et absorbe 160/0 des ressources de la nation qui en reste écrasée.
Et c'est au moment où nos industries périclitent, faute de pouvoir exporter, où celles qui exportent le font sinon à perte, du moins sans bénéfice, c'est à ce moment que les patrons et les ouvriers, au lieu de se tendre des mains amies, cherchent, on dirait vraiment, à se faire le plus de tort possible. C'est faire fausse route, Messieurs, je ne saurais trop le répéter. Que les patrons fassent les concessions légitimes qu'on leur demande, et que, de leur côté, les ouvriers viennent à la raison et ne considèrent plus la révolte comme le seul moyen d'arriver à obtenir satisfaction. Alors, nous tous, unis, patrons et ouvriers, nous mettrons les politiciens à leur tour à la raison. ( Vifs applaudissements.)