LES LOIS DE LA REVOLUTION ET LE PROLETARIAT
« En Angleterre, les compagnonnages et les corporations existent depuis un temps immémorial : il y a cependant une lacune dans leur existence, et cette lacune vient en quelque sorte confirmer les accusations que je portais tout à l'heure contre les agissements des hommes de la Révolution française à l'égard du prolétariat. On a accrédité — et personne n'a jamais, que je sache, relevé cette erreur — on a accrédité cette idée que les prolétaires de l'univers entier bénéficiaient actuellement des droits codifiés par la Révolution, alors qu'en réalité une seule classe, la bourgeoisie, en a tiré parti. On a prétendu que les prolétaires avaient été libérés par voie de conséquence dans l'univers entier par les agissements révolutionnaires. Or, si l'on étudie avec soin, si l'on examine scrupuleusement les origines des organisations ouvrières dans le monde, on trouve ceci, qui est bien décisif : c'est que l'Angleterre, c'est que le prolétariat anglais, qui jouissait jusqu'à la Révolution des mêmes prérogatives que le prolétariat français, c'est-à-dire du compagnonnage et des corporations, s'en vit brusquement déposséder par une loi copiée sur celles de la Révolution et reproduisant les mêmes expressions, justifiant les mêmes procédés, '■ pour briser les corporations et les compagnonnages, comme la Révolution avait brisé les nôtres.
Ainsi donc, la Révolution a eu cette conséquence, que Ton cache et que l'on dissimule avec soin, de servir des intérêts de classe, de la classe bourgeoise, et d'opprimer davantage la classe la plus pauvre, la plus déshéritée, et ce, non seulement en France, mais encore dans les autres pays qui avaient pris leurs exemples et leurs modèles chez nos révolutionnaires pour opprimer davantage ceux qui méritaient le plus de sollicitude». [Applaudissements.)