‹ Le socialisme et les jaunesChapitre 127 sur 143 · SYNDICALISME MODERNE · texte numérisé non relu

SYNDICALISME MODERNE

« La question étant ainsi posée devant vous. Mesdames et Messieurs, il me sera maintenant plus facile d'aborder, sans en sortir, le sujet que j'ai choisi comme thème de ma conférence : les Syndicats rouges et les Syndicats Jaunes. Pourquoi y a-t-il en France des « Rouges » et des « Jaunes »? Il y a a priori des Rouges — et un examen superficiel et rudimentaire de la question permet de s'en rendre immédiatement compte — parce que, trop longtemps serfs et esclaves, les ouvriers, à qui l'on accordait une demi-liberté, se sont déchaînés immédiatement avec des gestes violents.

C'est là la formule sentimentale. Il y en a une autre, plus scientifique, celle-là, si j'ose m'exprimer ainsi.

En 1884, après le vote de la loi de Waldeck- Rousseau, ni les patrons, ni les socialistes, ni les chefs d'aucun parti ne virent quel était le devoir qui leur était tracé. Seuls, quelques ouvriers intelligents comprirent le parti qu'ils pouvaient tirer des associations professionnelles, dont la loi nouvelle autorisait la création et réglementait le fonctionnement et, s'emparant de l'instrument qu'on leur donnait, ils so

mirent à l'organiser. A la fin de l'année 1884, il y avait 68 syndicats ouvriers, ne comprenant toutefois qu'un nombre infime d'adhérents. Pendant près de huit années, de 1884 à 1892, le recrutement du syndicalisme fut exclusivement professionnel ; il ne se fit que très lentement, mais les groupes ainsi formés méritaient certainement plus de bienveillance qu'ils n'en rencontrèrent.

A cette époque, le syndicalisme n'était pas socialiste. Je dis plus, le socialisme n'était pas syndicaliste : les socialistes n'avaient pas encore vu tout le parti qu'ils pouvaient tirer des syndicats, et ils étaient nettement antisyndicalistes ; les guesdistes, les blanquistes formaient des clubs, des comités politiques, des comités révolutionnaires ; ils conspiraient, tout comme les carbonari italiens, mais ils étaient hostiles à l'organisation syndicaliste. Cet état d'esprit n'était d'ailleurs point particulier aux socialistes français ; il était communaux socialistes de tous les autres pays, et nous trouvons dans les documents qui constituent l'histoire du socialisme en Allemagne, en Belgique et ailleurs, des chapitres entiers consacrés par Bebel, Liebknecht et autres chefs du parti, au dénigrement des syndicats ouvriers ; ils n'étaient pas les seuls, tous les partis semblaient coalisés contre les syndicats naissants.

A l'heure où le socialisme, ignorant encore des ressources profondes qu'il trouverait le lendemain dans les syndicats et qu'il ne songeait pas encore par conséquent à utiliser, combattait ou, tout au moins, méprisait nos associations, le patronat, de son côté, avec l'imcompréhension absolue qui a jusqu'à maintenant caractérisé son attitude, combattait avec violence et passion ces mêmes syndicats. Dans les usines, dans les fabriques

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dans les mines, dans toutes les industries, partout où ils essayaient de se sjTidiquer, les patrons faisaient aux ouvriers une guerre impitoyable, particulièrement féroce ; on renvoyait les présidents, les secrétaires, les différents fonctionnaires des syndicats, on les chassait, on inscrivait sur leur livret des signes spéciaux qui leur fermaient les portes de tous les autres ateliers où ils auraient pu trouver à se faire embaucher. On en faisait des parias, des révoltés; bien vite ils devinrent des grévistes. »

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