‹ Le socialisme et les jaunesChapitre 128 sur 143 · GRÈVES OUVRIÈRES · texte numérisé non relu

GRÈVES OUVRIÈRES

« Les premières grèves fomentées et dirigées par les syndicats se distinguent des suivantes en ce qu'elles ne furent pas des grèves socialistes, mais de simples manifestations d'ouvriers révoltés, de gens qui, comprenant enfin que la loi nouvelle leur donnait le droit de reconstituer les corporations et les compagnonnages d'antan, dont ils sentaient l'impérieux besoin, se rendaient compte du parti que légalement ils pouvaient tirer de ces organisations nouvelles et se révoltaient contre l'opposition systématique qu'y faisait le patronat et contre les persécutions dont ils étaient victimes de sa part. Les grèves ne furent donc, à ce moment, je le répète, que des grèves purement ouvrières; d'un bout à l'autre du pays, on assista à des scènes tumultueuses, à des manifestations ouvrières qui attirèrent l'attention des politiciens. Quand ce mouvement se produisit, il y avait déjà plusieurs années que les théoriciens du socialisme cherchaient par quels procédés ils pourraient gagner la confiance du peuple et par quels moyens ils pourraient créer une agitation populaire favorable à leurs principes, permettant la diffusion de

leurs idées et donnant de l'autorité à leur parti. Ils constatèrent, avec une habileté que les autres partis doivent aujourd'hui déplorer de n'avoir pas eue, celte haine grandissante dans les milieux ouvriers contre le patronat, et, avec une stratégie parfaite, ils décidèrent de l'utiliser.

C'est de cette époque que date l'intervention des socialistes dans les conflits ouvriers. C'est à celte date que vous voyez Jaurès, ancien député centre-gauche et modéré, prendre la tête des colonnes de grévistes, monter sur les tables de cafés pour haranguer la foule 'et donner le diapason à des masses hurlantes qui .chantaient la Carmagnole. C'est à ce moment que vous voyez les intellectuels du socialisme, ces gens qui avaient été élevés sur les bancs de l'Université, dont certains même avaient fait leurs études dans des collèges ecclésiastiques, ces gens d'éducation parfaite et d'instruction soignée, planter, comme on dit, le décor, mettre des habits râpés, un chapeau bossue, cesser de se laver les mains pour paraître plus peuple, commander les manifestations, régler les cris et diriger les coups. [Vifs applaudissements .)

Le socialisme, parti politique et parti démagogique, s'était emparé des révoltés de la classe ouvrière, les avait canalisés et allait désormais les diriger. Cette intervention fut conduite avec une ténacité, une intelligence et une discipline auxquelles il convient de rendre hommage. »

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