ANECDOTE COMIQUE
Pour donner une idée de l'influence dont M. Lanoir jouissait dans certains milieux politiques, notamment
chez les progressistes mélinistes, nous rapportonsTanecdote suivante.
Nous en fûmes le témoin amusé.
L'Alliance des Républicains progressistes, dontle siège était, 42, rue du Bac, avait pour secrétaire général adjoint M. Georges Audigier, actuellement député de Senlis (Oise).
M. Audigier avait été sous-préfet. M. Waldeck-Rousseau deuxième manière l'avait révoqué. Cette révocation avait fait du bruit. M. Audigier en avait bénéficié; il était donc un personnage en vue et occupait une place haut cotée dans le comité de M. Méline; Un matin, à la suite de nous ne savons quel entretien, M. Lanoir, dans le bureau même de M. Méline, saisit M. Audigier à la gorge, lui administra des gifles, des coups de poing, lui arracha littéralement son veston, en un mot lui administra la plus formidable raclée qu'un homme, même un ancien sous-préfet, ait jamais reçue sans périr.
Ce fut d'une cocasserie intense. M. Audigier ne pensa pas une minute à la douleur physique, à l'affront moral, ni à tirer réparation ou vengeance de cette correction. Il courait après Lanoir jusque dans l'escalier, le priant, le suppliant de ne pas ébruiter la scène, de l'écouler. «Il y a malentendu! Il y a malentendu! » Bref, Lanoir s'en alla sans rien vouloir entendre.
Ce ne fut pas tout. M. Audigier dut faire des excuses à son bourreau. M. Méline lui-même s'entremit auprès de M. Lanoir.
Ces scènes joyeuses notent, plus que d'autres faits, la place qu'avait prise l'adversaire que nous voulions mettre à terre, et on comprendra maintenant facilement les résistances, les tiraillements, les obstacles rencon
« L'OUVRIER INDÉPENDANT » t5
très par les hommes qui voulaient donner au mouvement jaune un véritable caractère professionnel et social.