L'ACCESSION A LA PROPRIÉTÉ
« ... Malgré l'influence que peuvent avoir une ins- « truction meilleure et plus forte des classes laborieuses « et des lois justes pour modifier, à l'avantage des tra- « vailleurs, la distribution des produits, je ne puis « croire qu'ils se contentent toujours de Ve'tat de « salait, ries » et qu'ils Vacceptent C077ime condition définitive. « Ils peuvent consentir à passer par la condition de « salariés pour arriver à celle de maîtres, mais non à « rester toute leur vie salariés. »
Il y a cinquante années que résonna cette parole prophétique, et le tumulte qui emplit le monde vous annonce aujourd'hui que l'heure sonne, où il faut écouter la plainte des salaries. Personne n'a le droit de dire qu'il y aura toujours des salariés, pas plus que l'on n'oserait prétendre qu'il y aura toujours des serfs, toujours des esclaves.
Aucun despotisme ne triomphera des progrès de l'esprit humain dans les masses populaires. Malgré la brutale doctrine des socialistes de toutes les écoles, qui veulent reconstituer l'antique servage sous la forme de la propriété d'Etat, les travailleurs sortent des ténèbres, s'accoutument peu à peu à la lumière.
L'état de salarié ne sera bientôt plus que celui des ouvriers socialistes et des fonctionnaires subalternes, ou encore des ouvriers de l'Etat que leur abaissement moral et leur avachissement rendront mdignes de l'indépendance.
La société régénérée par nos doctrines, vivifiée par nos efforts, ressuscitée pleine de vie par la force de notre union, donnera à tous les hommes la plénitude de la liberté, du droit et de la justice sociale.
Les rapports de patrons à ouvriers seront remplacés par l'association, sous une ou deux formes : associa-
tion temporaire, en certains cas, des ouvriers avec l'entrepreneur; dans d'autres cas, association des travailleurs entre eux, avec à la base des contrats la propriété individuelle de chacun nettement déterminée... »
l'étatisme
En regard des théories jaunes, il est bon encore de mettre ces critiques du collectivisme et de l'étatisme formulées dans le Jaune par M, Japy.
« Dans le monde du travail le gâchis est arrivé au comble de l'absurdité.
Les ouvriers veulent détruire les usines et les patrons et se livrer en esclaves à l'Etat tout-puissant, dont les fonctionnaires seront des patrons tyranniques.
Ah ! sur ce sujet, on pourrait écrire des volumes surle gâchis existant dans les esprits des travailleurs. L'État, pour les ouvriers, c'estle Bon Dieu; l'État peut tout, il donne le traitement, la nourriture, il enrichit tout le monde. Lorsque tout sera à l'Etat et que personne n'aura plus rien, chacun sera riche. Voilà le raisonnement de centaines de milliers de Français, empoisonnés par les niaiseries collectivistes.
Je répondais, l'autre jour, à un adepte du collectivisme : « Mais l'État a les tabacs, les allumettes, ne « payez-vous pas votre tabac et [vos allumettes ? En «France, l'État vous donne-t-il ces produits ? Non, « n'est-ce pas, et il vous les fait payer plus cher que « chez nos voisins, et il vous vend de la drogue par « dessus le marché. L'Opéra est à l'État; le bon collec- « tiviste de Pantin et d'Aubervilliers va-t-il gratis à « l'Opéra? »
L'ÉTATISME 163
« Ah ! me répondit mon collectiviste, mais les che- « mins de fer, s'ils étaient à l'Etat, nous feraient voyager « gratis et donneraient à l'Etat des millions. »
Que dites-vous de ce joli exemple du gâchis mis dans les cerveaux? Voyez-vous les chemins de fer ne faisant pas payer les billets et gagnant de l'argent. Voilà où en sont arrivés des ouvriers écoutant les racontars des Pouget, des Latapie, des Merrheim et autres Lévy. Puisque nous parlons de chemins de fer, je prends la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée : à titre d'exemple, elle paie chaque année 75 millions d'impôts à l'État, 113 millions de salaires à ses ouvriers, plus 15 millions de secours et de retraite et 44 millions à ses actionnaires. Il me semble que, dans cette vaste organisation, le travail et l'Etat ont une belle part et que le capital touche un salaire comme le facteur travail, mais pas plus.
Les travailleurs s'occupent peu de savoir où passe l'argent que leur prennent l'Etat, les départements, les communes; non, cela leur est égal. Les ouvriers ne s'inquiètent nullement de soutenir l'industrie qui les fait vivre, ils ne songent pas que les ennemis des travailleurs sont l'Etat, les spéculateurs, les fonctionnaires qui leur prennent leur argent, les oppriment et les affament par des impôts trop lourds.
11 est complet, le gâchis des esprits : les amis de l'ouvrier, à son avis, sont justement ceux qui le pillent; l'Etat et les fonctionnaires et ses ennemis sont justement ceux qui s'efforcent de faire vivre le mieux possible les patrons ou, du moins, bien des patrons.
Malheureusement il est certain que les patrons ont trop souvent le gâchis dans les esprits, de même que les ouvriers.
Que de patrons flattent les politiciens pour avoir un ruban, ou même payent des socialistes, croyant avoir la paix chez eux.
Quand les patrons se rapprocheront de leurs ouvriers, ne les considérant pas en ennemis, ou étudieront leurs besoins, les aideront à s'organiser, que d'ouvriers s'uniront aux patrons pour défendre leurs biens communs, l'industrie, et remettre à leur place les politiciens et les fonctionnaires. »
l'état contre le travail national
Non seulement le Jaune signale dans ses grandes lignes le péril que l'État fait courir à la liberté individuelle et à l'émancipation humaine en accaparant les moyens deproduction, de transport et d'échange, mais il montre encore l'État exerçant le métier de contrebandier pour rendre ses monopoles plus fructueux.
L'article ci-dessous est suffisamment éloquent sur la question qui nous préoccupe pour nous dispenser de citer d'autres exemples. Le ton de polémique n'est pas celui qu'emploient habituellement les économistes; il faut tenir compte que cette étude rigoureusement exacte émane d'un simple ouvrier de la manufacture d'allumettes d'Aubervilliers, Af. Thellier, qni^ après avoir fait profession d'idées anarchistes, évolue avec une grande probité intellectuelle vers le programme des Jaunes de France. M. Thellier est un collaborateur assidu du journal le Jaune dans les colonnes duquel parut l'étude satirique que voici :
l'état contre le travail natloinal 165
l'État contrebandier
« Noms faisons savoir aux contribuables qu'ils paient comme production française ce qui n'en a que le timbre. L'État, contrebandier récidiviste, fait venir des allumettes de Belgique, qui reviennent à 5 0/0 meilleur marché que la fabrication française et sont vendues à 1600 0/0 de bénéfice sur les produits français, vendus à 800 0/0; et, non titrés « importation », mais portant l'estampille « Manufactures de l'Etat », et munis du timbre de sûreté ! L'Etat ne fournit que le timbrage, l'Etat, quia le monopole de la fabrication des allumettes, a de même celui de la contrebande... sans doute! Des
MILLIERS DE FRANÇAIS SONT SANS TRAVAIL, ET l'EtAT FAIT ARRIVER SES PRODUCTIONS DE l'ÉTRANGER, A MEIL- LEUR COMPTE... et les revend aussi cher. Nul n'est contraint de croire sur parole, il suffît que les particuliers, ceux que cela intéresse, se rendent aux magasins de Pantin, et ils seront renseignés, une bagatelle de 5 ou 6 milliards. Pas plus!
Que pensent les contribuables de l'Etat patron ? Eh \ Diable! C'est le Messie collectiviste! lien fait du propre! il n'est plus étonnant que nos meilleurs collectivistes soient millionnaires ! De cette façon-là, l'État collectiviste achètera toute la production sociale ; mais il contraindra chacun à se fournir à lui, suivant un tarif déterminé. Or, comme nul autre que les fonctionnaires ne saura ce que l'État a en magasin, rien ne s'opposera à ce qu'on achète, comme aujourd'hui, les productionsétrangères à basprix, et qu'on les revende au tarif : VENTE FORCÉE, puisqu'il est l'unique vendeur. L'Etat achèterala production mationale à plus bas prix encore.
A moins que... les contribuables, non ceux de l'an 3000, mais ceux qui sont tondus actuellement, ne mettent les pieds dans le plat et ne demandent raison à VÉtat Juif, qui se permet de les exploiter de la façon la plus arbitraire et la plus honteuse.
Alors ?
Qu'on fourre au bloc les blocards complices et qu'on lapide VEtat contrebandier qui fait passer la richesse nationale dans les mains étrangères, ne laissant aux siens que l'image du roi de Prusse. »
Le Jaune n'en est pas resté là; il a poussé plus loin encore sa lutte contre VÉtat et son fonctionnarisme croissant, prouvant qu'il était une cause principale du chômage et de l'avilissement des salaires.
C'est Tragin qui formula le réquisitoire que voilà :
CHÔMAGE, INJUSTICE, FAVORITISME CRÉÉS PAR l'ÉTAT
PORTANT PRÉJUDICE AUX TRAVAILLEURS DE l'industrie, DU COMMERCE ET DE l'aGRICULTURE
« Que l'Etat soit un des facteurs du chômage, cela, à première vue, peut paraître incompréhensible, et cependant il en est un des ■principaux facteurs 'par Vinjustice et le favoritisme.
Il n'est pas un citoyen ou une citoyenne quine sachent que la machinerie a supprimé nombre de bras, et, de ce fait, créé forcément le chômage, allant toujours grandissant parles inventions nouvelles. II en résulte donc qu'il y a aujourd'hui trop de travailleurs pour l'industrie et le commerce.
L'État a trouvé, par la voie de nos législateurs, que ce n'était pas suffisant et qu'il fallait créer des travail-
leurs pour augmenter le nombre des sans-travail dans l'industrie et le commerce : de ce fait un 'peu plus de misère et de souffrance.
Il a créé, pour le fonctionnaire, la retraite proportionnelle après quinze années de services, c'est-à-dire une pension variant entre 6, 7 ou 800 francs, et cela à des hommes de trente-cinq ans; cela leur donne une foule d'avantages, et, pour n'en citer qu'un, celui de prendre des places dans l'industrie et le commerce, à plus bas prix. Il y a aussi le fonctionnaire retraité, dont la carrière est finie ; sa retraite étant beaucoup plus forte, c'est encore pour ce dernier une plus grande facilité de prendre des places à plus bas prix dans le commerce et l'industrie. Avec le nombre de fonctionnaires que nous avons aujourd'hui (450.000), sans compter l'armée, qui fournit un nombre considérable de retraités proportionnels, jugez combien de places sont prises par ces privilégiés aux travailleurs de l'industrie, du commerce et de l'agriculture. Notez qu'en partie ce sont les emplois qui sont les mieux re'tribués qu'ils vont prendre. Cela se comprend : l'industriel, le commerçant ne voient qu'une chose : faire des économies de main-d'œuvre. S'il trouve un employé ou un chef d'atelier lui coûtant 100 ou 50 francs de moins par mois, il n'hésite pas à le prendre ; c'est épouvantable, mais c'est la vérité, facile à prouver. Il en est de même d'une foule d'officiers retraités^ qui occupent aussi des emplois dans les administrations, compagnies, sociétés, etc.
Ce n'est pas tout, il y a aussi les employés et ouvriers de VÉtat, en fonctions, qui ont des emplois comme ouvriers, employés, comptables, représentants de commerce, etc. Il est bien évident que, si ces derniers tra-
vailleurs avaient suffisamment de travail, ils ne pourraient pas, tout en travaillant pour l'Etat, avoir le loisir d'occuper d'autres emplois en dehors de leur emploi de VÉtal (et surtout s'ils étaient contrôlés sérieusement).
Eh bien ! cet état de choses ne peut pas durer et nécessite une réforme et une nouvelle loi pour abolir ces injustices et favoritismes dont jouissent tous ces salariés, pensionnés et retraités par la collectivité d'Etat.
Pour les fonctionnaires en service, une loi très sérieuse doit leur interdire de prendre aucun emploi salarié, ni représentation de commerce (sous peine d'être révoqués), en perdant tous leurs droits.
Pour les retraités et pensionnés, il devrait aussi leur être interdit de prendre aucun emploi salarié, ce qui serait très juste, car ils vont prendre le travail de ceux qui peinent pour leur desservir cette retraite et pension. D'aucuns viendront dire que c'est une atteinte portée à la liberté? Alors, dans ce cas, il ne reste plus qu'un moyen logique, auquel il faut avoir recours, pour remettre les choses en place.
Projet de loi. — Tout fonctionnaire retraité de l'État qui voudra prendre un emploi dans l'industrie, le commerce, l'agriculture, enfinun emploi rémunérateur, n'aura droit comme retraité de l'Etat, qu'à V intérêt compos de la retenue qui lui a été faite sur son salaire, pendant toute sa car7'ière, pour lui constituer loie retraite, Exemple : Un fonctionnaire, pendant toute sa carrière, aura laissé, comme retenue sur son salaire, supposons, avec les intérêts composés, 5.000 francs. L'État lui servira la rente de ce capital aliéné, soit, à 6 0/0, 300 francs par an ; le jour où il cessera de travailler, il aura droit à sa retraite entière. (Sa veuve conserve
tous ses droits.) De cette façon, ils toucheront l'intérêt des économies qu'ils auront faites, mais n'auront pas le droit de toucher une retraite de privilégié et d'aller prendre encore le travail de ceux qui peinent pour leur servir une retraite.
Quant à la retraite proportionnelle faite par l'État au bout de quinze années de services, c'est aussi établir le favoritisme avec un cynisme indigne d'un régime Lui prétend avoir pour base la [Justice et VÉgalité, Celte loi doit être abolie, car rien, rien ne peut la justifier que l'arbitraire et l'abus. Quant à ceux qui ne laissent pas un centime de leur salaire pour constituer leur retraite — comme les ouvriers des arsenaux maritimes et les autres — et qui, une fois retraités, voudraient aller travailler dans l'industrie et le commerce, enfin prendre un emploi rémunérateur : les employants qui occuperont un ou plusieurs retraités ou pensionnés de l'Etat, qu'ils les rétribuent ou non, paieront un impôt ou taxe par jour et par retraité.
L'impôt ne sera applicable à l'employant que pour le retraité ou pensionné de l'État touchant une retraite ou pension de 500 francs par an au minimum. L'on établirait l'impôt progressif : retraité ou pensionné de 500 francs à 1.000 francs, 1 franc par jour ; de 1.000 à 2.000 francs^ 1 fr. 50 par jour ; de 2.000 à 3.000 francs, 2 francs par jour; de 3.000 à 4.000 francs, 2 fr. 50 par jour ; de 4.000 à 6.000 francs, 3 francs par jour ; de 6.000 à 10.000 francs, 4 francs par jour. Cet impôt serait aussi applicable pour les retraités professionnels. Toutes les recettes et bureaux de tabac seront mis en adjudication.
11 en sera de même pour tous les militaires retraités et pensionnés par l'État : les employants, qu'ils les rétri-
huent OU non, paieront un impôt équivalent à 20 0/0 de la retraite ou pension que leur sert l'État.
Toute fraude sera punie de 1.000 francs d'amende pour remployant et de 500 franon pour Vemployë.
Le contrôle en sera confié aux inspecteurs. Il ne peut être admissible que lEtat verse dans les caisses de prévoyance contre le chômage, et que ce soient des industriels et des commerçants qui bénéficient des versements que fait VÉtat, sans compter tous les secours aux sans-travail que doit fournir Y Assistance publique. Les fonds prélevés par ces impôts seront versés à la Caisse contre le chômage et à l'Assistance publique. (Cet impôt sera une compensation du préjudice causé par les retraités et pensionnés de l'État aux travailleurs de Vindustrie et du commerce.)
Il est une réforme qui s'impose, concernant les fonctionnaires qui prennent des congés de deux, trois, cinq ans, pour aller faire de la politique ou prendre des emplois dans Vindustrie privée, tout en conservant leur droit à la retraite de l'Etat : c'est plus qu'abusif, c'est indécent de favoritisme !
Qu'en pense l'éminent professeur politicien G. Téry?
Tout fonctionnaire quittant son emploi devrait perdre tous ses droits à la retraite de l'Etat, sans aucune indemnité, étant donné surtout que beaucoup de ces citoyens doivent leur instruction aux deniers de l'État, qui paie leurs écoles et leurs professeurs. »
Un autre jour, Poizat s'expliquait sur les Jaunes et