LA POLITIQUE
« Nous avons beau dire que les Jaunes ne font pas de politique, il n'est pas douteux qu'ils seront amenés à
en faire. Le socialisme a un programme, nous en avons un qui est juste le contraire. Le socialisme dit: « Tout à l'Etat. » Nous disons : « Le moins possible à rÉtat. » Le socialisme travaille à augmenter le pouvoir central, qu'il veut réglementeur, inquisiteur, policier ; nous travaillons, nous, à l'accroissement des droits de l'individu, en lui conférant ce premier élément de pouvoir qui est la propriété ; en d'autres termes, nous nous préoccupons d'augmenter la liberté individuelle des citoyens et, pour en garantir l'usage, nous préconisons l'association des gens du même métier, régionalement d'abord, nationalement ensuite.
Nous voudrions qu'aux politiques de sectes fût substituée la politique des intérêts. Mais cela est une politique, c'est même toute la politique, la bonne, la vraie.
Pour le moment, et en attendant que les Jaunes aient arrêté un programme qui, du reste, sort de la nature des choses mêmes, chacun, chez nous, apprécie, comme il lui convient, la politique courante.
Tout ceci, pour dire que, chez les Jaunes, le mouvement n'est inféodé à aucun des partis existants. On y est simplement antisocialiste, anti-étatiste, par conséquent opposé à la part étatiste du programme des radicaux. Nous combattrons toujours de toutes nos forces la mainmise de l'Etat sur les administrations publiques et, quand nous commencerons une campagne politique, elle sera dirigée entièrement contre les monopoles de l'État.
C'est ainsi que nous serons conduits, tôt ou tard, à demander une revision de la Constitution, pour substituer au Sénat, élu en somme exactement comme la Chambre (puisqu'il est élu par les comités électoraux qui font les élections de la Chambre), un Sénatélupar
les Chambres de capacité, que nous rêvons de créer et qui seront le principal ouvrage du prochain Congrès des Jaunes. Nous voudrions, en d'autres termes, que les sénateurs fussent élus par divers syndicats professionnels, agricoles, ouvriers, commerciaux, car un Sénat est une Chambre de contrôle, et, pour exercer ce contrôle, il lui faut une autre origine. Nous reviendrons sur cette question.
Logiquement les Jaunes approuvent le principe de la séparation des Eglises et de l'État, mais ils souhaitent que cette séparation soit réelle, franche et vraiment libérale, et que l'Etat renonce définitivement à s'immiscer dans les affaires de conscience.
Nous demanderons aussi la séparation des écoles et de l'Etat et l'abolition du monopole universitaire. Que chacun ait le droit d'enseigner ce qu'il sait, à ses risques et périls. Ce n'est pas là une question cléricale. 11 y a nombre de gens comme moi à qui il est interdit, par la loi, d'enseigner ce qu'ils savent souvent beaucoup mieux que les universitaires. J'ai écrit des livres sur les poètes latins de la décadence, sur les origines de la Renaissance. Ces livres-là serviront à des professeurs pour la préparation de leurs cours et, à moi, il continuera à rester interdit de faire des cours moimême, parce qu'il faudrait être docteur, et que, pour être reçu docteur, il faut avoir été reçu licencié, ce que je n'ai pas eu le loisir de faire. Et, si je me cite en exemple, c'est simplement pour la commodité du raisonnement. Regretter de ne pouvoir utiliser ses talents pour gagner sa vie et faire profiter le public des travaux auxquels on s'est adonné, n'est pas du cléricalisme, ni de l'esprit de réaction. »