DU DROIT DE GRÈVB
Un autre ouvrier, également dans le Jaune, dit avec netteté quels sont les sentiments des Jaunes vis-à-vis du droit de grève. Cet ouvrier, actuellement membre du Comité directeur de la Fédération nationale des Jaunes de France, est M. Wayss, ouvrier mécanicien, syndicaliste de la première heure et dont le tact, le sang-froid, la probité de jugement sont tenus en très haute estime par ses camarades et collègues.
Ainsi qu'on le verra plus loin par la publication des statuts de leur Fédération, non seulement les Jaunes veulent maintenir le droit de grève, mais ils veulent le rendre définitivement légal, en attendant; et, quand une grève de Jaunes est déclarée conformément aux statuts, les grévistes reçoivent pendant toute la durée de la grève une indemnité de la Fédération nationale égale au tiers du salaire journalier de chacun.
Voici l'article de M. Wayss :
« La grève des fondeurs du département de la Seine met en question le droit de grève, parce que les patrons ont assigné 485 ouvriers au tribunal des prud'hommes, en dommages-intérêts, pour brusque rupture du contrat de travail.
Les jugements n'ont pas été rendus par suite d'une manœuvre dont les ouvriers capables de raisonner ne seront pas dupes. Les ouvriers cités devaient se rendre aux prud'hommes par atelier. Arrivés à la porte du
Conseil, ils changèrent de tactique et voulurent entrer en bloc.
Le préfet de police leur en fit comprendre l'impossibilité et leur dit de pénétrer par atelier; ils refusèrent et firent défaut.
Le prétexte est ridicule, surtout quand on se rappelle que ce sont ces défenseurs du droit de pénétrer à 500 dans une salle qui peut recevoir 150 personnes qui, au moment des bagarres à la Bourse du Travail, se laissèrent mettre en petits paquets pour sortir de la Bourse du Travail sous l'œil paterne des bons agents, très étonnés des talents d'organisation policière que possèdent les habitués de cette maison ouvrière.
Si les patrons ont pu citer leurs ouvriers aux prud'hommes en cette circonstance, c'est que le droit de grève n'existe pas. Nous l'avons déjà démontré lors de la grève des arsenaux de la marine, quand le ministre a intimé l'ordre de rentrer au travail ou d'être licencié. Donc les ouvriers de l'Etat n'ont pas le droit dégrève. Quant aux ouvriers de l'industrie privée, ils ne l'ont pas davantage : divers jugements en témoignent, et c'est en raison d'une décision de la Cour de cassation que les patrons ont assigné leurs ouvriers.
En raison du défaut des ouvriers en conciliation, les patrons furent autorisés à les citer au Bureau général, devant lequel ils en appelèrent 45. Quand l'afTaire fut appelée, les conseillers prud'hommes ouvriers quittèrent l'audience pour empêcher le jugement de celte affaire ou obliger une nouvelle citation des parties, ce qui fut fait. Cette fois, tous les prud'iiommes restèrent à leur siège. Les ouvriers qui, pour la deuxième fois, faisaient défaut, furent condamnes, faute par eux de comparaître.