‹ Le socialisme expliqué aux enfants du peupleChapitre 7 sur 13 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

réforhie sociale.

Libel*t6 , Égalité , Fraternité,

Nos trois premiers chapitres ont éu potir but de démontrer que le tt-àvail n'est pas libre, que les révûlotions comoie celles de 1789 sont très incomplètes, qu'elles généralisent le désir et le besoin de la liberté, mais sans fournir suffisamment à tous , le pouvoir de Tatieindre. Qu'est-ce, en effet, que la liberté, sinon te possibilité de développer ses facultés physiques, intellectuelles et morales, en tout ce qui peut satisfaire l'individu sans nuire à l'intérêt général ? On peut encore définir la liberté le pouvoir de rechercher son bienêtre dans la direction assignée à notre espèce par le plan providentiel de la nature. Ce pouvoir suppose trois choses : l'instruction morale, l'instruction scientifique, l'instruction industrielle. Ce pouvoir suppose encoire pour chaque homme des moyens de production, des instruments de travail ; or, la terre, ce grand instrument du travail humain, l'instrument. Te capital pat* excellence, était féodale avant 1789, et si, depuis, le nom de féodalité a disparu, le fait ne s'estpas suffisamment modifié.

Liberté, Égalité , Fraternité, voilà la devise de nos pères, voilà le rêve de noire époque. Nos fils transformeront en pratique sociale ce résumé des utopies de notre siècle ; mais, pour le présent, que de douleurs

encore, qae de libertés enlravées, que d'hommes réduits au pur instinct par les conditions sociales de nos ateliers, de nos manufactures, de nos fermages !

Où jencontrer Fégalité ?

L'égalité, ce droit de chaque homme à la liberté, existe-t-elle entre l'époux et l'épouse, que la loi traite eQ majeure pour ses fautes et en mineure pour ses droits? Ëxiste-t-elle entre le propriétaire et le fermier, entre le capitaliste et l'emprunteur, entre le chef de manufacture, ce baron féodal des grandes usines, et la machine humaine appelée ouvrier, qui fonctionne daos son atelier à côté d'une.machine à vapeur, d'un esclave de fer et de cuivre avec lequel il doit lutter d'économie? Je vois des ûlles en haillons qui tissent le satin, des hommes déguenillés qui fabriquent les plus belles tentures de nos palais, des laboureurs vivant de pain noir et de lait caillé, qui livrent aux riches les moissons les plus magnifiques, et qui fournissent à nos tables les mets les plus succulents.

Le travailleur soumis au capital pour les salaires, dépend encore de lui pour tous les articles de consommation qu'il a produits. La propriété de la terre et la propriété de l'argent , l'entourent d'un cercle infranchissable. L'application des théories économiques pèse sur son sort d'un poids énorme. Ce que l'on appelle b civilisation, n'est pour lui qu'ignorance et misère. L'industrialisme le pousse chaque jour davantage vers un état d'ilotisme et d'abrutissement égal à celui des populations les plus inférieures du globe. S'il est vrai que les nations s'enrichissent, ce n'est aujourd'hui qu'aux dépens de la moralité, du bien-être «t de l'aisance des classes ouvrières. S'agit-il d'acquérir terre ou usine; avec quoi le ferait le travailleur? la richesse, la petite richesse d'une modique économie, suppose du superflu. L'ouvrier lutiera-t-il comme producteur avec son maître? mais à qui vendrait-il? Se coalisera-t-il?*

maïs il serait poursuivi par les tribunaux, qui ferment trop souvent les yeux sur les coalitions les plus coupables des capitalistes. L'ouvrier a-t-il le moyen d'entrer en concurrence, ne vit-il pas au jour le jour, n'a-t-il pas besoin de son salaire de demain pour l'existence de sa famille ? Et cette libre concurrence , dont on parle tant, où trouver une plus mensongère dénomination, lorsque la liberté du travail n'existe nulle part, lorsque les conditions des travailleurs sont si disparates, si peu égalitaires. La Grèce avait représenté le général Timothée dormant d'un profond sommeil : à côté de ce fils d'une courtisane célèbre , la Fortune prenait des villes dans un filet. Voilà la symbolique image du travail des capitalistes. Pendant qu'ils s'amusent ou qu'ils dorment, pendant qu'ils s'occupent à courir le lièvre, à sabler le Champagne ou à retenir pour leurs amours, par des chaînes d'or , les plus séduisantes des filles du peuple , la terre et l'argent travaillent à leur profit et leur produisent de belles et bonnes rentes. Pour peu qu'ils aient d'ordre et d'économie, pour peu qu'ils aient quelque vertu, l'épargne leur devient facile. Si les sciences font des progrès , c'est à leur profit. La chimie, la mécanique surtout, les délivrent de l'embarras de conduire des masses de travailleurs. Sans doute que nos révolutions ont décrété la liberté ; mais il n'en existe point de véritable sans égalité, et l'égalité à l'éducation, à la fonction, au crédit, à la retraite, n'est encore qu'une utopie. La révolution a donc besoin de se développer, de s'évolver. Loin d'être faite d'individu à, individu, elle ne l'est même pas de peuple à peuple. Chacun chez soi, chacun son droit, telle est, sous ce rapport, la règle sociale. Dans le but de se protéger, ou demande à la France de produire du sucre qu'elle n'obtient que par des prodiges de science, et conséquemment on lui défend de créer les produits avec lesquels elle paierait ce sucre

aux contrées tropicales. L'idée de patrie, qui avait chez nos pères le sens le plus élevé, doit descehdre de deux échelons ; déjà Ton commence à mettre l'Europe au-dessus de tous les peuples européens, et l'humanité au-dessus des Américains, des Européens, des Asiatiques , des Africains et des Océaniens.

Toutefois ne désespérons ni de l'avenir, que régleront nos fils, ni du présent, qu'il nous appartient de régulariser. Reprenons une à une, et paria base, toutes nos institutions ; défions-nous de la force et du sabre, qui détruisent sans produire ; ayons confiance dans le bon sens et la justice ; réclamons et organisons le mariage égalitaire, afin d'arriver à la famille mqnogame (voir les pages 118 et 119). Que cette famille devienne la pierre angulaire de l'ordre nouveau, qu'elle nous serve à créer les communes communales, cantonnâtes, départementales, nationales, fédératives, et la grande commune humanitaire. Au nom de l'égalité, faisons actuellement le possible : donnons à tous de l'édncatioii dans l'enfance, du travail dans l'âge de force, des secours en cas de maladie, une retraite aux invalides et aux vieillards. C'est ainsi que la liberté et l'égalité nous conduiront à ce troisième terme qui est la fraternité.

La fraternité, voilà le couronnement de l'édifice, le sommet du triangle. En elle se trouve le moyen de passer sans violence de l'ordre actuel à* un ordre nouveau et supérieur, de supprimer l'antagonisme exprimé par ies deux séries de termes : maître, ouvrier ; propriétaire, fermier ; capitaliste, emprunteur ; oisif, travailleur. En elle, se résument les qualités qui nous rendent supérieurs aux animaux. La liberté et l'égalité créent des citoyens et des associations humaines; la fraternité les sanctifie en les dirigeant dans les voies tracées par la Providence. La liberté nous arrache à l'esclavage, à la dépendance des individus, pour nous

placer sous la tutelle de la loi. L'égalité fait passer le niveau de cette loi sur toutes les têtes ; mais la fraternité va plus loin : considérant Thumanité comme un T-and être, elle ne voit dans toutes ses parties, c*est-àre dans tous les hommes, que des membres d*un seul )rpS) que des frères au sein de Ja grande Église tersire. A Dieu ne plaise qu'elle accepte les lois des dividus et des nations ! il lui faut quelque chose de us élevé pour conduire les hommes. C'est à Dieu, ^està la nature immense et infinie qu'elle demande les secrets de cette circulation grandiose qui met en communion tous les êtres, de cette magnifique solidarité qui les relie, de cette incessante direction vers l'unité qui crée les harmonieuses splendeurs que leur» mille mouvements sèment au sein des mondes. Les lois de la nature, voilà ses lois ; la pensée divine, voîlà sa pensée.

la liberté et l'égalité préparent les éléments de la famille humaine ; mais la fraternité seule aura puissance pour organiser dans leur sein le grand être social.

Les conséquences de ces doctrines sautent aux yeUx, et sont faciles à comprendre, même pour les esprits les plus paresseux.

L'éducation Vocationnelle et professionnelle pôut* tous suppose l'éducation commune. L'éducation commune ne peut être conciliée avec le respect le plus absolu de la famille, sans un rapprochement très considérable des habitations, qui permette aux parents de ^oir journellement leurs enfants. Le moyen, si les habitations ne forment pas un tout, une unité, que l'ôri ptiisse réaliser ces grandes économies, qui rendront facile de produire un maximum, avec un minimum dé tî'a^ail humain. Est-il possible, sans entrer dans une |oie tout à fait nouvelle, d'obtenir partout la salubrité, ^ chauffage et l'éclairage communs ; l'art, les fêtes et '^s plaisirs, toutes les grandes améliorations qui élève-

ront les hommes au bien-être et aux jouissances morales et intellectuelles? Cette voie tout à fait nouvelle, n'est-ce point surtout' celle des cités ouvrières et des cités agricoles? N'y a-t-il pas en elles les rudiments désirables de liberté, d'égalité, de fraternité? rudiments qu'il suffirait d'améliorer pour obtenir bientôt cette perfection relative dévolue à la faiblesse humaine et à l'inexpérience de notre époque.

De la femme»

La pensée que nous avons mise en évidence a besoin d'une autre forme. Après avoir montré comment tout tend à se socialiser au sein du grand atelier terrestre, nous voulons, mettant en application le credo scientifique qui terminera ce chapitre, donner de nouvelles preuves à l'appui de nos doctrines en les exposant sous un nouveau jour. Pour tout homme qui daignera réfléchir, ce sera toujours la même doctrine, mais présentée sous un autre aspect.

Née avec des facultés différentes de l'homme, la femme, qui forme la moitié du genre humain, a droit à une égalité réelle, mais relative ; et tout socialisme qui n'accorderait pas à ce grand fait l'importance qu'i/ mérite n'aurait qu'une éphémère durée. La société doit donc à la femme satisfaction, non seulement dans les besoins matériels de son être, mais aussi dans ceux de son cœur et de son esprit. Si elle a moins que l'homme Tinstinct de sociabilité, c'est-à-dire l'amour de la grande famille; si elle possède à un degré moins éminent encore le besoin de rechercher le comment et le pourquoi des choses, cet esprit d'investigations persévérantes qui fait les savants et les philosophes ; peut-être y a-t-il plus de piété dans cette vénération qui la remplit d'amour pour la divine Providence , et pour les hommes qui veulent, au sein de l'humanité, le reflet

de cette sagesse infinie qui brille aux deux. Son âme possède des trésors inépuisables de poésie qui Tentraînent vers tout ce qui est beau, noble, sublime. Elle, surtout, sait donner du prix aux triomphes et créer les charmes de la rémunération. Aux grandes assemblées populaires, la femme sera toujours le plus bel ornement des fêtes, la plus brillante parure du temple ou du forum. Constamment ses mains sont les premières à couvrir d'applaudissements tout ce qui mérite nos éloges ; sa sensibilité, plus vive, plus passionnelle, fait déborder au milieu de nous cette électricité humaine qui fait battre tous les cœurs à Tunisson. C'est pour elle , que les sages de tous les temps ont jugé indispensable de poétiser, par d'imposantes cérémonies, les quatre grandes phases de l'existence : la naissance, ou entrée dans la vie, l'entrée dans l'adolescence, l'entrée dans le monde, par le mariage, et cette dernière transformation de l'individu, que l'on appelle la mort. Les Yédas de Brahma, les Nakas de Zoroastre , le Sépher de Moïse , les Préceptes de Pythagore, l'Évangile de Christ, voilà les sources qui ont versé sur le monde européen nos croyances actuelles à l'égard des femmes ! Toutefois, rendons cette justice à l'esprit gaulois, que c'est lui surtout qui a le plus fait pour elles, et qui a le mieux prêché et pratiqué, depuis l'antiquité la plus reculée jusqu'à nous, l'égalité des deux sexes. Que cet esprit vive donc encore en nous, et qu'il nous aide à constituer la société nouvelle en faisant sortir le vieux monde de sa chrysalide I

De la famille.

De même que dans la vie fœtale ou embryologique , pendant qu'il se développe au sein de sa mère dans l'œuf humain, le germe qui doit devenir homme , le fœtus ou embryon de notre espèce , traverse et pa^-

. court la série des organismes qui sont chez les animaux inférieurs à nous des états réguliers et définitifs , s*arrêtant quelquefois lui-même dans son évolution et donnant alors par accident naissance à une monstruosité , c'esi-à-dire à un être humain arrêté à Tune, de ces pliases transitoires qui représentent la vie régulière de certains animaux ; de même dans sa vie fœtale ou embryologique , l'humanité parcourt des états successifs et progressifs qui i'élèvent sans cesse vers la grande association, vers l'unité des familles humaines. Chaque fois qu'elle s'arrête ou paraît s'arrêter à nos yeux, nous voyons se produire dans son sein quelques uos des états sociétaires qui sont analogues aux habitutfes normales des espèces humaines les plus inférieures, ou des animaux eux-mêmes.

Celte vérité , médiocrement comprise ou incomplètement connue, a produit les erreurs dans lesquelles sont tombés beaucoup de nos amis; elle a été la source de la fausse morale d'Enfantin et des fouriéristes , qui ont placé sur la même ligne tous nos instincts , ceux qui sont spéciaux à Thomme et ceux qui lui sont communs avec les animaux, commettant de la sorte une faute très grave de physiologie. Bien comprise , au contraire , cette vérité fait coïncider la morale physiologique , avec ce qu'il y a de plus pur et de plus élevé dans le Christianisme, dans la révélation de Zoroastre, dans les traditions des Gaulois, nos pères. Alors, l'idéal des plus nobles cœurs se trouve harmonisé avec les lois invariables de la nature ; la science et le sentiment s'associent dans ce qu'ils ont de plus parfait.

Il y a chez l'homme et chez les animaux trois classes de familles. La plus inférieure, est celle qui accepte la ))romiscuité dans les amours , niant en quelque sorte toute espèce de mariage , comme cela se passe chez les peuples de race hyperboréenne, qui habitent au voisinage du pôle nord.

Vient ensuite la famille polygame. Ici le mâle acca pare plusieurs femelles et les tient en quasi-servitude. C'est ce qui a lieu pour les chevaux et les morses; ^*est aussi ce qui se passe au sein de l'espèce humaine, ^hez les Africains et les orientaux.

La troisième est monogame , n'acceptant qu'un seul îpoux pour une seule épouse , et consacrant ainsi déjà L'égalité dans les relations des sexes. Par vice d'éducation , les peuples qui lui appartiennent peuvent tomber dans la polygamie et la promiscuité. Mais il est, au contraire^ de leur essence d'arriver à une monogamie de plus en plus parfaite. Cet état n'est pas exclusif à l'espèce humaine; si le chien fait de la promiscuité , le renard et bien d'autres animaux sont monogames.

La famille hyperboréenne peut produire des peuplades, mais elle ne saurait arriver à engendrer de grands peuples. Il lui manque pour cela dans son intelligence , et par suite dans son organisation cérébrale, un développement des facultés humaines qui, le jour où il existerait, amènerait une immédiate transformation dans ses mœurs.

La famille polygame peut engendrer des tribus , des peuples même ; mais elle ne saurait créer des communes, ni servir de base à l'être unique appelé humanité. L'idée, représentée par cette expression humanité , suppose la liberté, l'égalité, la fraternité, entre les hommes , entre les sexes , entre les familles et les associations plus grandes encore. De là l'infériorité de rislamisme ou croyance des maHomélans qui admet la polygamie, c'est-à-dire l'absence de liberté et d'égalité entre l^omme et la femme.

La famille monogame ou égalitaire, voilh donc la famille type. Elle est par suite la famille sacerdotale par excellence. Elle a pour double mission, de s'élever sans cesse par le développement de ses idées niotalos et d'élever avec elle les autres familles humaines , d'en

être rinstitutrice véritable. Souillée au sein de nos sociétés actuelles par la promiscuité qu'engendrent la misère et Toisiveté, par la prostitution, par les vices qui tiennent à nos imperfections sociales , elle s'épurera et se perfectionnera chaque jour, au fur et à mesure qu le genre humain se rapprochera davantage d'un éta plus parfait. C'est en étendant la pensée de leurs pères c'est en reprenant aux druides et à Zoroastre l'égalit absolue des sexes dans leurs fonctions régulières, pou la transporter dans nos lois qui soumettent la femme ai mari, l'épouse à l'époux, que les Européens , que le: hommes des races cimbres, gaéliques et indoues-germaines arriveront à constituer la véritable famille, celle qui a pour base une fraternelle ou conjugale égalité , la seule qui puisse garantir la liberté par la consécratioD des droits des conjoints.

L'idéal du mariage monogame, selon les lois du socialisme , c'est un mariage complet selon le triple aspect physique, intellectuel et moral de notre nature; de telle sorte que les enfants, qui en naissent, soient, autant que possible, la reproduction physiologique, c'est-à^ire physique, intellectuelle et morale, dans les limites reconnues par la science , des types auxquels appartiennent les parents. Cet idéal suppose encore la supériorité de l'amour platonique ou sentimental sur l'amour sensuel. Il élève le rut des animaux et le transforme. Par lui , l'union conjugale devient la suprême et complète communion des existences.

Citoyens, si vous voulez que vos fils soient des hommes véritables , de dignes socialistes , enseigdez-Iear, avec Pythagore, la sainteté des œuvres d'amour. Qu'ils se préparent au mariage par une vie pure; qu'au sein du mariage ils se préparent, par l'amour véritable et par les plus chastes voluptés , à cette intime union qui doit reproduire la vie. Honte à celui qui agit visà-vis de son épouse, comme un animal inférieur on

comme UH homme des races les moins intelligentes. Honte à celui qui demande à l'ivresse de la table , aux jouissances de la gourmandise, à Texcitation de certains mets les plaisirs des brutes. L*homme , digne de ce nom, doit à son épouse un mari qui mérite toute son estime par la dignité de son alTection , par la poésie de ses sentiments et de ses caresses , par la vertueuse pureté de son langage. NVst-ce point la tromper indignement que d'arriver au lit conjugal comme à celui d'une prostituée?

Citoyens, n'oubliez jamais, dans l'éducation de vos enfants , que ce qui est tout d'abord effort volontaire , tendance vigoureuse d'un noble cœur vers la vertu , vers l'idéal, deviendra plus tard la facile et douce habitude d'un homme de bien.

Enseignez à vos ûis et à vos filles le respect du travail et sa noblesse ; c'est ainsi que vous les arracherez à l'oisiveté , source première de l'inconduite au sein des ménages et de tous les désordres qu'elle entraine. Pour l'homme laborieux , la vertu ne sera jamais un fardeau.

De la commirae.

L'homme est la molécule, l'élément social.

Le mariage peut être considéré comme la combinaison sociale d'un élément positif et d'un élément négatif dans l'ordre le plus élevé des créations.

Les combinaisons chimiques produisent des cristaux, les combinaisons organiques des organismes, les combinaisons sociales ou familles, des familles plus élevées, des associations plus étendues , des communes.

La commune , voilà le type des associations hu« maincs , le grand élément social à organiser.

Avant tout, remarquons-le bien : si l'homme possède une disposition naturelle pour les langues, une autre

pour rétude des grandeurs et des quantités , une autre pour le rapprochement fraternel des familles, il est selon la nature physiologique de son être, qu'il crée ses langues , ses numérations , ses associations ; et que ces langues , ces numérations , ces associations , soient b peu près identiques chez les races supérieures, puisqu'elles sont nées dans des conditions presque semblables. A quoi bon rechercher les causes de ceUe ressemblance dans un enseignement surnaturel ou extra-naturel , enseignement verbal et direct de Diea aux premiers couples humains , lorsqu'elles ressortent directement des conditions de notre organisation intellectuelle et cérébrale ?

L'homme né avec la faculté de linguistique , de numération , de sociabilité, doit donc arriver par la puissance de sa nature à créer sa langue , sa numération , son organisation sociale. S'il appartient à une racé très inférieure, il restera dans l'enfance sous ce triple rapport. S'il appartient à une race supérieure , il se développera de plus en plus dans la direction qui lui est assignée par le plan providentiel des choses.

Nous venons d'établir la nécessité physiologique des progrès sociaux , nous allons maintenant prouver notre thèse par l'examen historique des traditions.

O vous! qui ne trouvez rien ici-bas de ce qui peut satisfaire votre cœur, vous que désolent les douleurs , l'ignorance et la misère de vos semblables , soyez libres ^ dans le remède que vous voulez apporter à vos peines. A Dieu ne plaise, que je vienne contredire à vos croyances, et que je manque vis-à-vis d'elles de déférence ni de respect ; mais avant de vous réfugier dans la solitude et la mystique contemplation , avant de désespérer du bonheur de vos frères, essayez avec nous d'améliorer leur sort en étudiant les lois de leur existence. Voyez bien s'il n'y aurait pas, dans cet essai, plus de courage » plus de vertu , plus de dévouement,

plas de cette charité que le grand S. Paul considère comme la seule porte de la rémunération dans la vie future. Après avoir examiné les motifs physiologiques dé notre opinion, suivez-nous dans Texamen des preu- .ves historiques.

Les premières communes que les souvenirs du passé nous permettent d'examiner appartiennent à l'Inde. Créées selon la religion de Brahroa , elles étaient constituées d'après le régime des castes. Les brahmanes et leurs terres étaient exempts d'impôts, ainsi que les ouvrierset manœuvres. Les marchafids, les agriculteurs et les pasteurs, fournissaient aux contributions : c'était un huitième dans les temps ordinaires, un sixième et même un quart dans les temps extraordinaires. Chaque bourgade était une petite république, une communauté entièrement maîtresse d'elle-même, une fois son impôt payé, au souverain. Chacune contenait , outre la classe des producteurs , douze ordres de fonctionnaires com^^ munaux : l"" le juge magistrat; 2^ le régisseur du roi; 3<> le garde urbain et champêtre ; &° le distributeur d'eau , l'arroseur ; 5° le devin ou astrologue ; 6** le charron ; 7"* le potier ; 8" le blanchisseur ; 9** le barbier; 10^ le marchand de parures; 11» le poète ou rapsode; 12* le maître d'école. L'Inde n'est même encore aujourd'hui, dans quelques pariies, qu'un grand corps composé de ces peiites républiques dans chacune desquelles nous retrouvons les rudiments des corporations de Rome et du moyen âge.

Si ces communes avaient été associées entre elles , au lieu d'être liées seulement par la perception royale de l'impôt , le progrès fût né de cette liaison ; elles seraient arrivées à devenir les organes d'un corps social , tandis qu'elles ne sont , même aujourd'hui , que cette substance primitive dans laquelle un corps social peut se former, s'individualiser. On peut les comparer à des engrenages placés trop loin les utih des autres pour

nu

produire une machine , quoique très aptes cependant à fonctionner aussitôt le rapprochement fait.

Entre les communes de l'Inde et celles du moyen âge , l'histoire laisse u^ grand vide que nous n'essaierons pas de combler; quelques indications sommaires, voilà tout ce que nous pourrons offrir à nos lecteurs.

Les villages de l'Arie ou Asie centrale étaient agricoles. La religion de Zoroastre et les mœurs y prescrivaient un grand respect pour les femmes. Il y était ordonné de traiter les animaux domestiques avec bienveillance. C'était un acte méritoire et de haute dévotion que de semer en blé de grandes étendues de terres, et de contribuer ainsi à préserver le pays de la famine. La misère , la prostitution , le rachitisme et tous les maux que peut endurer l'humanité venaient du mauvais esprit d'Ârhiman, le satan de la religion magdéenne. Les efforts des hommes, des saints anges, de Dieu lui-même, devaient avoir pour but de faire disparaître le maL Avec de pareilles croyances, la servitude n'était qu'une domesticité , et le gouvernement devait être vraiment patriarchal.

Quelle que soit la cause qui ait vei*sé sur l'Asie occidentale et méridionale et sur l'Europe les nombreuses alluvions humaines qui ont fécondé ces contrées, toujours est-il que les Gaêls , les Pélasges , les Hébreux , les Hycsos ou pasteurs , les Gimbrea ou Kimry, les Germains et les Slaves , ont quitté successivement les environs de la Circassie,, de la mer Caspienne et de la mer d'Aral, pour porter eu d'autres lieux leurs pénates et leurs croyances religieuses.

Nous ne savons pas grand'chose sur les Pélasges , ils nous ont laissé des monuments gigantesques de pierres presque brutes. Leur histoire se perd dans la nuit des temps. La Grèce et la partie méridionale de l'Italie, voilà les pays qu'ils ont occupés. Quelques unes de leurs colonies formaient des confédérations composées

de douze tribus ou communes , portant chacune le nom d'une ville; elles avaient évidemnoient des rapports d'origine et de parenté avec celles des Hébreux et des Ismaélites. L'une de ces confédérations s'est acquis une assez grande célébrité sous le nom de Villes ioniennes.

Chez les Hébreux , le peuple entier formait une seule commune, divisée en douze tribus ou familles. Cette commune avait un temple et une ville centrale par excellence : Jérusalem.

Toutes ses institutions avaient pour but évident, de créer et de maintenir au sein du peuple hébreu, la liberté , l'égalité , la fraternité. Ses synagogues étaient nombreuses, et dans toutes l'on ajoutait à la lecture du Sepher de Moïse et des autres Écritures saintes , des discassions sur leur interprétation et sur les plus grandes questions qui puissent agiter l'humanité. Une loi fixait le maximum des terres que chaque homme pouvait occuper. Il n'y avait pas de propriétaire individuel, mais seulement des usufruitiers. La Judée, tout entière , appartenait à Dieu , représenté par la communauté juive. Au jubilé, les terres revenaient aux familles , auxquelles elles avaient été concédées lors du premier partage. L'on ne vendait, l'on ne louait, aux yeux de la religion, que des années de* jouissance , nullement un fonds communal et inaliénable. Les juifs , qui s'étaient vendus à d'autres juifs , étaient aussi affranchis de leur servitude au jubilé , et rentraient dans leur liberté. La république d'Israël formait donc une démocratie religieux, elle joignait de plus à ses institutions les idées philosophiques les plus élevées sur Dieu , le monde et l'humanité.

Il y avait trois classes chez les Gaulois : la masse qui était déjà en servitude au temps de César, les nobles et les philosophes ou druides. Leur pays formait une grande république fédérative* sous la direction des druides qui gouTernaient tous les petits peu[de8« tomes

les tribus des Gauks. Ce «çrps sacerdotal ne se recra* tait pas dans ane seule tribu comme chez les juifs, mais dans toutes les classes de la société. Il était à la fois l'éducateur de la société et de la jeunesse. Les enseignements des druides, qui étaient très suivis, duraient souvent vingt années. On apprenait , dans leurs leçons, à obéir aux lois de la nature, à faire le bien des bofnmes et à soutenir avec courage les accidents de la vie. Ils se divisaient en trois classes : les bardes on poêles, les prêtres ou saorificateurs, et les philosophes. Ceux-ei , placés au sommet de la hiérarchie , étaient les savants , les médecins , les naturalistes et les directeurs éfi la société; ils surveillaient les lucBors, pro* nonçaient des peines contre les coupables , et récompensaient la vertiL Ainsi faisaient- ils pour la chasteté. Ils punissaient d'excoumiunication les grands criminels, et cette peine était chez eux aussi terrible qa*au moyen âge chez les chrétiens. Par eux , les femmes occupaient une position très supérieure à celle que leur faisaient les sociétés romaines, grecques ou juives; il est même à croire que, dans la société druidique; la femme nobk jouissait d'une liberté et d'une influence légale , supé* Heures k celles que leur accordent nos institutions civiles et religieuses. Chargées d'élever leurs fils jusqu'i ce qu'ils fussent en état de porter les armes, reines du foyer domestique » elles participaient an sacerdoce et formaient parfois des tribunaux pour juger les ^Qé-^ reûts entre les tribus et les peuples. Les druides , qui dirigeaient et réglaient la vie civile des Crdulois, étaient soumis à un président ou chef suprême , pontife-* pape de leur nationalité.

Ces institutions avaient leur valeur et leurs défauts. L'unité n'y était pas assez accentuée. Les vilbiges étaient trop dépendants des clans ou tribus , et les clans on tribus trop indépendants de la mère-patrie. Le peupte. en quaw^scrvitiide» «'avait ancMi iplérêl à pré^

férér ses maîtres à des maîtres romains ou germains. £n deuï mots , il n'y avait pas de peuple gaulois , mais seulement des tribus gauloises; aussi César parvint-il facilement à les vaincre en les divisant.

Ce\ état social existe encore aujourd'hui sur une petite échelle en Tairtarie : cinq à six familles formant cinquante à soixante personnes, vivent, voyagent, chassent, pèchent, trafiquent et élèvent en commun leurs troupeaux ; elles ont à leur tété un chef civil et religieux , qui connaît quelques éléments d'astronomie et de médecine. Ces groupes forment des tribus qui n'ont jamais pu jusqu'à ce jour réussir à former des peuples.

Les institutions de Rome et des villes grecques sont parfaitement connues, cependant on ne les apprécie pas toujours convenablement. Athènes» la ville de la démocratie par excellence , avait en elle-même dans les esclaves un germe de destruction. Ses philosophes ne s'élevèrent jamais à l'idée huuanité d'une manière complète et absolue. A l'exception da Pythagore , dont la doetrine sur l'esclavage ne saurait être jugée » puis«* qu'elle ne nous est point parvenue» tous les sages de la Grèce firent entrer la servitude comme nécessité dans leurs utopies sur l'avenir.

Sparte n'a jamais été qu'un couvent militaire.

Il existait à Rome trois classes : les patriciens ou nobles , les plébéiens appartenant aux corporations des corps d'état et les ^aves. Les femmes y jouissaient d'une position civile très inférieure à celle des gauloises et, dans les derniers temps de la république, uns pro»« titution dégoûtante fit le pendant de cette liberté de mœurs que la Grèce avait <^Bciellement consacrée par l'institution des courtisanes. Mais il y eut entre les femmes libres de l'Italie et les filles d'amour de la Grèc^ toute la distance qui sépare Torgie de la volupté. Dans VemfHrs romaiii, l'easplre eitier formait une. vastt

commanaoté ou commune arîstocj'atique, dont Timité vigoureusement organisée résista longtemps aut désordres de son administration.

Chez les Germains, nous trouvons une très grande influence des prêtres, des mœurs pures, beaucoup d'indépendance. Les viUages ne sont pas des conimunes, mais des noyaux d'associations. La féodalité n*est pas dans la loi, mais consacrée par les mœurs; le plus souvent, le plus brave est élevé sur le pavois ; il devient le chef; autour de lui se forme un compagnonnage guerrier, dans lequel la valeur assigne à la hiérarchie ses divers degrés.

Chez les Slaves , et encore aujourd'hui chez ceux qui habitent la Russie , la commune est féodale et communiste : féodale, puisqu'il n'y a pas de terre sans noble ou seigneur : communiste, puisque tout homme majeur a droit de réclamer des instruments de travail, c'est-àdire mie terre à labourer et les outils agricoles dont il a besoin, tels que chevaux, charrettes, harnais, charrues , etc. Ici la communauté se regarde comme solidaire pour chacun de ses membres : ce ne sont pas l& individus, c'est elle qui traite avec le seigneur.

Dans les rapides considérations qui vont suivre , noos nous écartons quelque peu des opinions historiques de MM.Guizotet Augustin Thierry. Le premier n'a fait trop souvent qu'habiller d'une forme magnifique les études de Brequigny ; il a largement exploité ce savant écri* vain, sans le citer jamais (Brequigny, II* vol. do Recueil des ordonnances). Thierry a beaucoup trop accordé à la ghylde ou compagnonnage guerrier des peuples germains et Scandinaves. L'un et l'autre ooC trop négligé l'étude des communes spirituelles ou paroisses du moyen âge. Nos appréciations , moins brillantes par le style , seront plus positives et plus vraies.

L'empire de Rome s'était étendu. La ville éternelle avait créé partout des copies de la viiie romaine. La

Oairie possédait une foule de cités organisées à l'instar de celle de Romulus et de Numa. Mais les impôts, nécessités par les immenses dépenses des chefs de TËtat» étaient devenus excessivement onéreux. Leur perception, toujours très dure, était souvent accompagnée de cruautés. Les riches, s'efforçaient d'échapper aux charges publiques en corrompant les collecteurs et les répartiteurs. Les colons ou esclaves ruraux, fuyaient et 86. sauvaient chez les Barbares , laissant en friche les terres qu'ils devaient cultiver. Les petits propriétaires les imitaient Souvent ils se vendaient aux riches pour ne point mourir de faim ; plus souvent encore ils vendaient leurs enfants. Si l'on échappait au fisc , c'était pour être ruiné par l'usure. L'intérêt légal était de 12 pour 100, et même à ce taux le capital livrait difl^iiement ses écus. L'on eut beau décréter la peine de mort contre ceux qui réclamaient le patronage des riches; UO liv, d'or d'amende contre les puissants qui vendaient ou accordaient leur protection , le mal ne put être arrêté. L'on en vint, mais très inutilement, à prononcer en pareil cas la confiscation contre les deux parties. L'on remarquait alors dans l'empire , et surtout dans cette Gaule qui devait devenir la France , une ruine complète des travailleurs des champs, pressurés par des fermages trop élevés , des impôts trop onéreux et par le prêt à intérêt. C'était exactement ce que nous voyons depuis 186& Cette ruine conduisait naturellement les populations à la féodalité, c'est-à-dire au démembrement du pouvoir souverain par ceux qui étaient assez puissants pour être acceptés comme protecteurs par une nombreuse clientèle. Aujourd'hui ce serait la même chose, si nos populations plus éclairées laissaient agir certains hommes. Déjà ils s'interposent entre le peuple et l'Etat pour toutes les réclamations à faire , pour toutes les petites places à donner, et ils ne demanderaient pas mieux yie de créer des conseils gé-

néraux Indéfieiidants de là grande unité française, de inanière à remplacer cette ujiité par ia fédératicm de quatre-vingt-six oligarchies départementales très aristocratiques et réellement féodales.

Constatons , avant de passer outre , que déjà dès le lïV et le iv*" siècle ia féodalité commençait à s'implanter partout y comme fait, avant d'arriver à être une force recranue, comme base des institutions.

Au milieu de la misère générale, le Christianisme Attaquait Fusure corps à corps! Défendant aux chrétiens de prêter à intérêt , il gagnait chaque jour en influence morale. Tantôt il plaidait la cause des malheureux , rançotmés et ruinés par les receveurs des codtributîons ; tantôt il s'attachait aux chefs des barbares, captait leur confiance et les entourait de ses conseils. Quittant les Romains pour obtenir leur amitié , il faisait comme ces intelligents laboureurs de l'Allemagne, qui abandonnent, pour les fertiles contrées du nouveaumonde et pour l'indépendance de la république aoaéricaine , les terres épuisées et les servitudes de la vieille Europe*

L'organisation du clergé était alors bien différente de ce que nous la voyons aujourd'hui. Il existait, saus doute, de nombreuses paroisses ou communes spirituelles , mais une seule par ville, et cette paroisse était un.évêché. L'évêque seul ou son représentant disait la messe à laquelle devaient assister tous les chrétiens de la paroisse , les prêtres compris. Toutes lei^ églises oo communions de fidèles étaient copiées sur le modèle de l'Eglise des Juifs, qui n'avait qu'un temple, celui de Jérusalem. Rome elle-même, au iir siècle, ne faisais pas exception. C'est seulement au y* siècle que ToA voit apparaître les paroisses rurales ou communes spirituelles des campagnes. Les évêques avaient leur sénat forme par les curés des églises où l'on ne disait poinf la messe » et c'étaient eux-mêmes qui baptisaient

administraient le sacrement de pénitence et qa\ confirmaient.

Du lY* au vur siècle un grai^ nombre d*iiommes puissants se firent bâtir des chapelles dans les campagnes, et beaucoup devinrent, sous leur patronage , des églises de paroisses. Quant aux autres , les évêques exigeaient constamment que les seigneurs y attachassent un revenu suffisant pour faire vivre les prêtres chargés de les desservir. C'est ainsi que les bénéfices établis déjà dans Tordre militaire , après avoir atteint l'ordre civil , s'emparaient de Tordre retigieux, et que la société s'unifiait dans la féodalité.

L'édit d'Honorios ( UÙ9 ), en appelant les chefe da clergé au pouvoir civil , produisit un grand résultat. D'une part, il créa un haut et bas clergé, des prêtres seigneurs et des prêtres peuple ; de l'autre, quoique ce ne fût pas son but» il éleva et consacra les droits du peuple partout où le peuple avait pris ou prenait l'habitude d'intervenir directement dans le choix de ses évêques et de ses curés. Cette coumme de Tintervenlion populaire dans les élections sacerdotales a été enregistrée par l'histoire , malgré toutes les précautions prises par l'Eglise pour la dissimuler. £lle s'est conservée, à Nantes , pour la nomination des curés , jv»-. qu'en 1100, et alors elle était tellement usuelle dans cette ville , que l'évêque qui la supprima maintint a» peuple le droit de présentation. Par son édtt de no^ vembre 61 /i , Clotaire II régularisa celles de ces élections qui concernaient les évêques, et Charlentagne ,^ dans son Capitulaire de 803, maintint le même mode électoral, qui consistait à faire nommer les évêques par Iç peuple et le clergé réunis ; d'où celte conséquence que le mode actuel de nomination n'est qu'une usurpation papale.

Du V" au XIV siècle ThistcÂre établit , par des preuves nombreuses , qu'il a existé d^ communes spkitoelleB

âectWes ponvànt servir d'exemple au peuple dans Torganisation de ses communes temporelles. Il était donc naturel que, pour s*affranchir des seigneurs, le peuple songeât à les remplacer par des individus pris dans son sein et choisis directement par lui. Deux fois il essaya par la force de s'arracher à la servitude féodale : la

f)remière, en se livrant à la Bagaudie ; la seconde par a Jacquerie. Mais, dans ces deux circonstances , il fut vaincu et n'obtint de succès réel que sur des points isolés. Toutefois, ce qui concerne la Bagaudie mérite d'être sommairement rapporté. Bagad, en celtique, signifie assemblée. Les Bagaudes étaient des serfs , des colons, des coliberts, des esclaves, des déserteurs, des pâtres qui voulaient vivre indépendants et former des communes libres. Ils avaient aussi la prétention de vouloir jouir des terres qu'ils cultivaient, sans être obligés de recourir à des patrons féodaux pour être protégés. Quelquefois ils réussirent, tantôt au midi, tantôt au nord. Notre histoire nous rapporte que Rome, n'en pouvant venir à bout près de Toulouse, chai^ea les Goths de les écraser, ce qui eut lieu. Cependant leurs assemblées se trouvèrent, sur plusieurs points, assez nombreuses et assez bien organisées pour résister et arriver au but : la conquête de leur liberté. Ces braves gens, que les seigneurs du temps appelaient des brigands , se promettaient les uns aux autres secours

MUTUEL et GARANTIE.

Conduit par l'exemple de la commune spirituelle à comprendre l'utilité de la commune temporelle égalitairement organisée , le peuple français , qui ne voulait pas s'immobiliser dans l'état où se trouve aujourd'hui le peuple russe, s'occupa très activement de ses libertés. Tantôt il les enleva de vive force ; tantôt il les racheta de ses deniers. Les nobles avaient toujours besoin d'ar* gent , aussi ne se faisaient-ils pas faute de concéder aux paysans des bourgs et des villages des droits de pacage

et des terres , de créer partout dès intérêts ûornmuns. Par cette seconde voie, Tidée commune, communauté, faisait encore du chemin. — Le moyen de comprendre que les bourgeois et manants qui, sur bien des points, nommaient leurs curés et même leurs évêques, soit directement , soit par présentation , n'eussent pas eu le désir de nommer aussi leur chef civil et ses assesseurs ! £t puis il existait, surtout dans le midi, des municipalités, restes des institutions romaines, qui s*étaient conservées libres au sein du mouvement créé par les barbares. Autour des églises paroissiales, et surtout autour des églises de ces villes, dès le nV siècle, il s'était formé des centuries religieuses et industrielles, et des congrégations. Les compagnonnages divers, militairement introduits par les Francs , civilement par les institutions romaines qui avaient créé les corps de métiers et constitué même , au déclin de Tempire , l'hérédité des professions, jouissaient aussi d'une grande influence. Tels sont les éléments qui , du m'' au xir siècle , ont établi l'importance des communes , maintenu et créé leur partiel affranchissement, de manière à préparer leur affranchissement régulier, légal, générai et définitif.

Il s'en faut beaucoup cependant que toutes les communes aient été aiïrancbies au xir siècle. Mais depuis cette époque jusqu'à nos jours, elles ont été le principal élément des progrès de la liberté populaire. Suivez leurs histoires individuelles, examinez leurs différeiites constitutions , et vous les verrez toutes se racheter, à beaux deniers comptants, d'impôts onéreux et aussi humiliants que vexatoires. Il y a eu telle époque où tout bourgeois payait pour avoir chez lui une aune ou un croc ; telle autre où , dans certaines villes, l'on {omettait publiquement les ouvriers qui mangeaient du gibier ou qui buvaient du vin de Bordeaux. Lors de l'institution du service du guet, les grandes villes de

France ont acheté le 4roit de nommer leurs olficîers. Plus tard, elles ont acheté celai de nommer directement le coloiuîl de cette garde nationale. C'est de la même manière , c'est-à-dire la bourse à la main , qu'elles ont obtenu leurs chambres de commerce et leurs tribunaux consulaires. Forte et puissante, Marseille ose faire des traités de commerce et se déclarer république indépendante ; faibles , les communes subissent la loi du pouvoir , et n'arrivent à leurs libertés que par des transactions successives , toujours concédées à prix d'argent

Nos pères , en 89^ 93 et surtout sous l'empire, ont trop enlevé aux communes; de là, chez nous, cette absence de liberté individuelle qu'elles garantissaient; de là ce despotisme des autorités, et surtout des autorités judiciaires, qui peut faire faire cinq cents lieues sans motif plausible au citoyen le plus pacifique, ou le mettre en prison préventivement pendant des semaines, des mois entiers.

Nous avons aujourd'hui besoin, non de faire un pas en arrière , mais de travailler de nouveau aux fondements de nos libertés futures. C'est dans ce but que nous allons essayer de faire comprendre l'importance des propriétés communales ou collectives.

De la propriété comoMinale on. eoUecUv€.

La pr4>priété a toujours été et sera toujours la garantie de la liberté ; à tel point que l'on peut dire que toute liberté qui n'est pas garantie par une propriété n'offre rien de stable, rien de bien assuré. Pourquoi l'homme que nous appelons bourgeois est-il libre ? — Parce qu'il possède des maisons, ou des propriétés rU' • rales^ ou des rentes sur l'État, ou des capitaux, ou une place lucrative donnant droit à une retraite ; de telle sorte qu'il puisse donner de l'éducation à ^es enfants,

vivre au jour le jour san$ trop de soucis du lendemain, et n*avoir aucune inquiétude pour ses vieux jours.

Pourquoi le laboureur et Touvrier des villes ne sontils pas libres ? — Parce qu'ils ne possèdent pas les propriétés que nous venons d'énumérer, et parce qu'ils dépendent, pour leurs instruments de travail, d'un capitaliste quelconque.

Écrivez sur (lés chiffons de papier tout ce que vous voudrez, faites de la métaphysique constitutionnelle, et vous n'assurerez pas aux prolétaires un iota de liberté durable, attendu qu'une réaction, faute du Gage PROPRIÉTÉ, pourra leur enlever demain ce qu'une victoire pacifique ou violente leur aura donné la veille.

L'individu ne sera libre que le jour où il sera protégé par sa commune dans la jouissance de tous ses droits de citoyen.

La Commune ne sera libre que le jour ou chacune de ses libertés sera garantie par une propriété ; passonsles en revue :

Pour que la liberté religieuse existe, il faut que la Commune ait l'entière et absolue disposition de son église, c'est-à-dire qu'elle en soit réellement propriétaire ; de telle sorte que s'il y avait dans la Commune deux ou trois cultes, il pût y avoir arrangement amiable pour l'exercice de chacun d'eux dans la même église communale ; de telle sorte encore que la Commune pût interdire son église à des prêtres qu'elle jugerait indignes d'y remplir leur ministère. Examiné à ce point de vue, le droit de la Commune sur l'église n'est actuellement ni une propriété, ni uile possession, ni un usufruit. Un culte nouveau est toujours, opprimé par les agents officiels du gouvernement ; d'où cette conclusion qu'il n'y a pas réellement de liberté religieuse en France. Et, en effet, nous sommes sous ce rapport à la merci des évoques et des préfets.

Les Communes ont-elles la libre disposition de leur

revenu? — Actuellement, non. Des enfants de quinze ans ne sont pas plus mineurs que nos Communes. La liberté municipale n*est donc qu'un mot.

Chaque Commune possède-t-elle ime école de garçons et une école de filles? Chaque école est-elle entourée de bâtiments et de terres sufiGsantes pour pouvoir donner aux enfants l'éducation vocationnelle et professionnelle? — Non. Il n*y a donc pas pour les enfants de liberté d'instruction ni de liberté d'éducation. Il y a même souvent impossibilité. — Qu'est-ce donc que votre prétendue liberté d'enseigneaient ? sur quoi est-elle appuyée? par quoi est-elle garantie dans les Communes qui n'ont pas d'écoles ou qui n'en ont que d'incomplètes ? Et puis n'êtes-vous pas dans chaque Commune à la merci du recteur de l'Académie, de l'évêque et du préfet, auxquels la nouvelle loi donne une si grande influence?

Où trouver dans nos campagnes des lieux de libre réunion pour les plaisirs, pour les fêtes, pour les discussions agricoles ou politiques ? D'une part, le local fait défaut presque partout, et, de l'autre, la liberté des réunions et des discussions, la liberté même de manger tranquillement en commun n'est plus qu'on souvenir. Il eût été plus difficile de suspendre l'exercice de ce droit naturel, s'il avait été placé sous le patronage des Communes, et si chacune avait possédé en propre un ou plusieurs lieux d'assemblée populaire.

Au moyen âge, toutes les Communes possédaient de grandes propriétés communales ; les Communes rurales avaient en jouissance, souvent en toute propriété, de vastes domaines appelés communs. Ces terres étaient ia garantie de l'existence du pauvre, qui pouvait y conduire sa vache et y récolter. Au déclin de la domination romaine, le tiers des terres était, en général, afféagé aux Barbares, qui devaient en échange le service militaire. Les usurpations des seigneurs et des grands pro-

priétaires, la veûte d*une quantité de commaos à titre de biens nationaux, et le partage de beaucoup d'autres, ont dépouillé, depuis 1789, les pauvres de nos Communes des propriétés qui garantissaient leur existence. Sans doute, ces propriétés étaient mal cultivées ; dans la plupart des Communes on était loin d'en tirer tout le parti possible; mais avec un meilleur aménagement elles fussent devenues l'un des moyens de solution des difficultés sociales de notre époque.

Pour que les citoyens soient libres, il faut que la Commune puisse protéger et assurer leur indépendance ; et, pour qu'il en soit ainsi, il faut que la Commune elle-même ait son indépendance garantie par cinq sortes de propriétés communales ou collectives, à savoir : 1® la propriété de l'église; 2° la propriété de son budget ; 3" la propriété des écoles, des ateliers et des terres qu'elles nécessitent ; 4'' la propriété de lieux de réunion pour fêtes, plaisirs, discussions politiques ou autres; 5"* enfin la propriété d'instruments de travail, terres, capitaux, machines, etc., nécessaires au prolétariat malheureux.

Bien entendu, nous ne voulons en aucune façon détruire la solidarité qui doit exister entre toutes les Communes, solidarité dont la traduction pratique sera une assurance mutuelle et unive?'$elle contre la misère et rignorance; mais, dans l'étàt actuel des choses, beaucoup de Communes ne sont pas en état d'acquérir et de posséder les cinq propriétés que nous venons d'énumérer. Le nombre de leurs habitants est trop restreint pour donner lieu à une association durable et puissante ; aussi ne regardons-nous comme réellement susceptibles de conquérir et de conjserver leurs libertés que les Communes qui comptent au moins 1,200 à 1,500 âmes.

Nous venons de dire la limite inférieure des propriétés collectives de la Commune. Or, comme il s'agit

en ce moment de ce qui est immédiatement pratique et possible, nous ne discuterons en aucune façon la limite supérieure des propriétés collectives ; il nons suffit de déclarer que nous respectons la propriété indi- ▼iduelle, et que, s'il entre dans notre esprit de lui im*poser des charges légitimes, nous ne sommes pas de ces gens qui oseraient ou voudraient jamais prononcer le mot de confiscation. Nous le répéterons sans cesse, c'est par la liberté que Ton fonde la liberté, c'est par la violence que Ton appelle la violence. Une appropriation immédiate avec indemnité préalable pour fournir des garanties à la Commune, une location pour cent années, ou même un arrentement perpétuel des propriétés nécessaires, tel est le devoir du pays envers les Communes, et des Communes envers les pauvres, les déshérités qu'elles renferment dans leur sein. Demander plus, ce serait arriver à la spoliation, aux mesures violentes, à la guerre civile. ï)st-ce à dire que nous n'ayons pas d'idéal, et que nous regardions la forme que nous venons d'esquisser comme le dernier mot du progrès? Â Dieu ne plaise ! mais le développement des libertés, comme celui de l'esprit humain, forme une série composée de différents termes. Nous venons de signaler celui qui peut être immédiatement réalisé, celui qui peut ajouter un nouvel anneau à la chaîne des améliorations. Ce terme de la série des progrès communaux une fois posé* les hommes pratiques auront à discuter aussitôt fe terme suivant.

Syndicats de la vente et de rachat.

' Ces syndicats seraient très faciles à établir dans les cités ouvrières et dans quelques petites villes, mais ils seraient bien plus utiles encore dans nos. Communes rurales. Le jour où nos paysans sauront s'entendre et charger un syndicat au nom du tiers, de moitié, des

deux tiers, ou de la totalité de la Commune, de la Tente de leurs produits et de Tachât des denrées dont ils ont besoin, ce jour-là nos paysans toucheront au bonheur. D*un côté, le syndicat supprimera toute usure en émettant des obligations pour les vins à vendre dans les celliers, pour les blés en greniers, afin d'attendre pour les ventes le moment le plus favorable ; de l'autre, il pourra s'entendre directement et sans aucun intermédiaire coûteux avec les caves sociétaires, les boulangeries et les meuneries sociétaires, pour des livraisons régulières et toujours assurées. Le syndicat pourra encore devenir locataire de toutes les fermes à louer, et les sous-louer ensuite à ses associés. De la sorte les fermages ne marcheront plus en s'élevant démesurément au détriment des fermiers. Le travailleur jouira du prix de ses sueurs, et le propriétaire ne courra point le risque d'être mal payé lorsqu'il aura pour fermier, non pas un seul individu, mais l'association des fermiers de sa Commune. Pour nous, nous ne voyons que trois moyens d'émancipation agricole : 1* les cités agricoles; 2* les syndicats ruraux; 3^ l'organisa^ tion des Communes et des cantons avec propriétés communales servant à garantir les droits écrits dans les constitutions.

Ce dernier moyen serait la transition la plus douce et la plus facile vers un avenir d'organisation réelle ; îi a le grand avantage de n'être pas exclusif, de permettre et même de faciliter toutes les autres améliorations.

De la commiine cantonDale.

S'il n'y avait dans une contrée que des Communes communales, l'administration des intérêts généraux serait très difficile. Pour obvier à cet inconvénient, et pour sauvegarder les minorités de toute oppression au sein des Communes dont elles font partie, l'on pedt

admettre encore, dans nn pays comme la France, Communes cantonnâtes et des Communes départementales.

Le canton comporte une population de 12,000 à 20,000 habitants ; un administrateur chargé de représenter l'administration centrale et de donner de l'unité à tous les actes de la Commune cantonnale. De plus, chaque chef-lieu de canton devrait posséder, soit à l'état rudimentaire, soit avec de grands développements, selon sa position matérielle et sociale, les institutions suivantes :

1<> Agence d'enseignement;

2^ Agence de publicité;

3"* Agence de police et de force publique ;

U'' Agence de justice ;

5' Agence de rédaction et d'enregistrement actes publics et privés et d'inventaire social;

6<> Agence des finances ;

7* Agence d'entrepôt et de vente de toute espèce de denrées;

8° Agence de travaux publics ;

9"" Agence de postes et transports ;

10° Un conseil d'administration.

Celte pensée, développée pour la première fois F nos amis, les représentants Benoît (du Rhône) et Gbarassin, nous paraît pleine d'avenir.

Nous voudrions, au chef-lieu de chaque canton, ^^ grand édifice, une véritable cité cantonnale, renfermant tout ce que comporte un établissement sociétaire, et, de plus , les archives , la bibliothèque , une école secondaire , ou collège à la fois industriel et scientifique, une ou plusieurs salles disposées exprès poQi' des cours libres et publics , un musée industriel et scientifique, une pharmacie avec laboratoire cott\^' nabiement établi pour l'étude pratique de la chiinie> une halle vitrée et fermée, où seraient placardés

tous les avis officiels des administrations centrale, départementale , cantonnale et communale , où l*on pourrait délibérer à i*abri sur les divers intérêts locaux ou généraux du pays , une école pratique de science , d'industrie et de ménage spécialement consacrée aux jeunes filles, une salle d'armes ou arsenal, une salle publique de justice, un comptoir de la banque nationale, où s'opéreraient les recettes et les paiements du Trésor, un plan sculpté en relief du canton, une boîte aux lettres.

Dans les Communes qui se composent d'un ou de plusieurs cantons, les administrations communales et cantonnales seraient confondues et réduites à l'unité.

De la commiuic déiiartemenuiie.

Placé entre les cantons et l'Etat, le rouage administratif, appelé département, représente une communauté d'intérêts bien moins naturelle que celles de la commune et du canton. Ses inconvénients actuels sont de deux sortes : d'un côté, le département a tendance à se superposer aux cantons et aux communes ; de l'autre, ses partisans les plus ardents voudraient en faire une arme contre l'unité , tandis qu'il n'est et ne doit être qu'un moyen administratif de régler les intérêts communs à des cantons divers , les affaires litigieuses des communes ne devant arriver au département qu'après avoir épuisé les moyens de conciliation possédés par leurs cantons respectifs.

Dans l'état actuel des choses, pour faciliter la transition entre ce qui est et ce qui devra exister un jour, chaque département devrait organiser au plus vite :

Une cité ouvrière ;

Une cité agricole ;

Une cité bourgeoise (afin de prouver à tous que toutes

lZi2

les classes oiit intérêt à se mêler activement à la transformation qui se prépare) ;

Une colonie agricole, hospice pouvant servir en même temps d'école d'agriculture ;

Une association départementale pour la fabrication des engrais ;

Une école professionnelle d'arts et métiers destinée à concilier l'apprentissage chez des maîtres , ou au sein d'associations ouvrières , avec les cours nécessaires à tous les hommes, tels que cours de français, d'histoire, de littérature, de musique, de dessin ;

Un collège littéraire, scientifique et artistique ;

Un cercle d'hommes et de femmes consacré à maintenir entre les deux sexes ces relations, cette politesse, ces plaisirs honnêtes auxquels les gens des classes riches substituent trop souvent les cercles et les cafés.

Nous n'avons point la prétention de tracer ici en quelques lignes le programme de ce qu'il faudrait faire, mais seulement de l'indiquer. Que l'on entre une fois dans la voie des réformes, et les améliorations les plus utiles naîtront sans effort les unes des autres.

D€s conseUs natfonaax 9 départemeatanx , canCoiinaiix

et comniiiiiaïa.

Il faut savoir distinguer entre la souveraineté, le gouvernement, l'administration.

Pour le philosophe, la souveraineté réside dans Tuniversalité des citoyens adultes jouissant de leurs facultés intellectuelles. Elle est inaliénable et doit être exercée directement chaque fois que se trouve enjeu une question qui la concerne. Rien de plus aisé que de demander à une commune sa volonté , en lui posant l'interrogation de telle sorte que la réponse se fasse nécessairement par oui ou par non. Rien de plus facile que

de placarder une , deux ou trois i^maines à Ta- Tance , sur tous les édiûces publics , la question qui , plus tard, devra être résolue par la souTeraineté populaire.

Le gouvernement , dans le sens où on rentendait , dans le sens où on le pratique trop souvent encore, c*est la lisière des enfants au noaillot, et le peuple est adulte et majeur. Le gouvernement c'est un pouvoir supérieur^ tandis que le peuple ne veut plus que d*un pouvoir .délégué ou serviteur. Il est souverain, il a droit de dicter ses ordres.

L'administration est cette machine composée de

rouages humains, au moyen de laquelle ta pensée ou

souveraineté populaire s'exécute, se traduit par des

I actes. Un administrateur, si haut placé qu'il soit, n'est

ï et ne doit être qu'un commis communal, cantonnai, dé-

I partemental ou national.

Les conseils communaux, cantonnaux, département taux et nationaux ont pu être souverains. Ils ont pu ir usurper très utilement le pouvoir , avec l'assentiment i dé populations qui ne comprenaient pas suffisamment i leurs intérêts et leurs droits; mais il est important qu'ils reprennent le seul rôle qui leur appartient :

1*" U faut qu'ils soient aussi réduits que possible eo i nombre, aCn d'aller plus vite en besogne.

2*^ Qu'ils s'habituent à ne régler que les affaires sommaires et à consulter directement leurs mandants pour i toutes les autres.

Z° Qu'ils soient révocables dans des circonstanciés oi^ données et avec des formalités convenables. ^^ A ce compte, l'assemblée nationale deviendrait un i( simple conseil d'Etat, choisissant dans son sein ou hors ^ de son sein un président du ministère et les ministres 1' chargés de diriger l'administration. Celle-ci, par suite r- des institutions départementales , cantonnales et com- )-. munales, deviendrait chaque jour de plus en plus

simple, de plos en plus facile, régulière et peu coûteuse.

Cette doctrine ^st celle du gonvemeinent direct pratiqué par les Grecs et les Romains. Rousseau Ta fait revivre théoriquement ; la convention Tavait inscrite dans sa constitution; nous l'avons réproduite dans notre Philosophie du socialisme en mars 1850 ; depuis lors elle a été reproduite à nouveau par Rittinghausen, Considérant , Ledru-Roilin et bon nombre de publicistes.

De la Justice.

L*homme naît avec le sentiment de la justice, mais, soit à Tétat individuel, soit à Tétat social, il a besoin qu'une sage éducation lui vienne en aide pour vaincre son égolsme, sa colère et ses passions. Chez les Juifs» la justice avait un caractère de barbarie et de sauvage férocité qui atteste une civilisation encore dans l'enfance. Le Christ apparaît, et aussitôt il s'empresse de débarrasser la loi de Moïse des concessions que ce grand homme avait dû faire au génie d'une nation peu avancée, qu'entouraient des tribus soumises à de cruelles superstitions. Chez les premiers chrétiens, les évêques sont en possession du droit d'exercer une pénalité morale bien plus noble et non moins puissante que les châtiments corporels. Au moyen âge, Tévêque, devenu seigneur temporel, et le baron, son collègue en féodalité, possèdent sur leurs vassaux le droit de justice. L'un et l'autre ne se font pas faute de l'exercer durement; mais au fur et à mesure que la royauté grandit, elle s'en empare : de féodale, la justice devient royale. Le glaive d'une main, la balance de Tautre, logée dans de fastueux palais, elle parle le langage de la sévérité, souvent celui de la vengeance ; elle se regarde moins comme appelée à moraliser les coupables, que chargée de les flétrir et de les châtier. Plus humaine de nos

jours, et plus en rapport avec les âentimenti» de fratci*nité qui se développent sans cesse au cœur des hommes, la justice a généralisé le jury, ou jugement par les pairs, pour les crimes et délits; les tribunaux et les prnd^lïonimès pour certaines contestations entre particuliers. Bientôt elle jettera de côté son épée comme une inutile rapière. Alors, tout h fait fraternelle, elle remplacera, par des tribunaux de conciliations (le divers degrés, toutes nos juridictions civiles ; par' des écoles de réformation, nos prisons et nos ba> gnes démoralisateurs. Oh ! vous qui voulez réellement le bonheur du peuple, n*oubliez jamais que s'il est bon qu'il devienne son souverain, dictant lui-même ses ordres de sa main collective, il faut qu'il devienne entièrement son juge. La royauté, cette usurpation du privilège, peut avoir besoin du bourreau, mais jamais une république ne grandira que par cette fraternité qui

^it CONCILIER, RÉFORMER et PARDONNER*

De la Force.

La force intellectuelle et la force (nofale tendent à se subalterniser de plus en plus la force matérielle. Si Repeuple, à titre de souverain et de grand juge, représente l'une et l'autre, il est utile cependant qu'il trouve «n lui-même la garantie de son indépendance et de sft ' souveraineté. Sa force physique sera donc armée et parfaitement organisée; mais, dans sa discipline sévère, elle ne relèvera que de l'immuable justice, que de l'éternelle vérité. Dans la Commune, dans le canton, dans la patrie, elle sera sous les ordres des communautés appelées Communes, canton, patrie; et, si l'hunnanité ordonnait, sa voix serait plus puissante encore n"e celle de la patrie elle-même. Voilà l'avenir. — Bien des transitions peuvent y conduire. Voici celle <\ue nous préférerions pouf la France: Lesar^aox

seraient eatretenus, ainsi que les cadres des régiments de ligne et des corps spéciaux; près de 40,000 instructeurs, répandus sur nos 37,000 communes, exerceraient tous les dimanches tous les jeunes gens au maniement des armes» aux mouvements militaires et au tir de la carabine. Tous les ans, pendant quinze jours , il y aurait de grandes manœuvres. La profession de militaire deviendrait une profession réelle, active, considérée , convenablement rémunérée , dont le recrutement se ferait par engagements volontaires, et dont les places savantes seraient lé prix des services et du savoir, La conscription serait supprimée : tout homme au besoin serait soldat. Toutefois, de temps à autre, il serait permis à des ingénieurs, pour de grands travaux autorisés par la nation, de lever et d'organiser des armées de volontaires industriels destinées à conquérir à la civilisation deç contrées nouvelles, ou i tenter des travaux utiles et glorieux.

Les Arts et la Science*

Loin de nous ce préjugé qui catégorise les travaux de rbomme, qui anoblit la science et les arts, abstraction faite de leurs applications matérielles, conservant un profond dédain pour Tagriculture, le commerce et rindustrie.

Ce préjugé servile est le fils des époques de barbarie, qui consacrèrent les esclaves, et, plus tard, les serfs, les colons, les coliberts, au travail des champs et des ateliers, réservant aux hommes libres l'étude et surtout le maniement des armes ; il s'est continué à travers les âges jusque parmi nous. Le marchand dédaigne trop , souvent l'homme qui ne vit que du travail de ses mains ; les ingénieurs, les avocats, les médecins, les négociants, se croient bien plus haut placés que le

marchand^ et surtout que Thumble travailleur du prolétariat ; les oisifs de îa noblesse d'écus, ou de la noblesse de naissance, se regardent encore comme plus élevés que les travailleurs scientifiques. Pour chaque classe, il y a une vile multitude, dont chacune entend bien ne pas faire partie.... De là les grandes in^alités de salaires que nous remarquons entre diverses fonctions, souvent même entre divers fonctionnaires de la même partie ; de là aussi cette hostilité violente contre le principe distributif qui dit :

A chacun selon ses besoins, De chacun selon ses forces.

F\\â de la science, éclairé par Téquilé la plus absolue, le socialisme ne dédaigne aucune profession, parce ^ue toutes réclament une aptitude et des études spé^ ciales, un goût, un art particulier (1] . C'est par la science qu'il opérera, qu'il opère de plus en plus la rédemption morale des états les plus discrédités et les plu3 inférieurs. Le fabricant de produits chimiques , en ^lUisant pour les colles fortes , pour les bleus de Prusse, pour les engrais pulvérulents, pour la clarifiacation des sucres, les détritus les plus infects et les P^us dédaignés de nos maisons et de nos ateliers, supprimera complètement un jour les professions qui ^ous répugnent aujourd'hui.

(i) A ce propos, qa'il me soit permis de recommander à l*at- VexiiÀou de mes lecteurs un nouyeau livre de Pierre Vinçard , intitulé : Les Ouvriers de Paris» Cet ouyrage, illustré par Thabile crayon de Gérard S^uin, n^est pas une œuvre de fantaisie ^mole, mais le fruit de patientes recherches et de laborieuses études sur toutes les professions qui s'exercent à Paris. Cette publication, curieuse à beaucoup de titres, a porté bonheur au jeune Mvain. Elle lui a valu Thonneur d'être choisi par M. de Girardin pour rédiger V Enquête industrieUe dans le nouveau journal <{ue cet éminent publiciste vient de fonder, sous le titre de : Le - ^ieri'étre universel.

Pleine ^ respieei pour le travaU, source des créations humaines , la société nouvelle trouve dans toutes ses manifestations , bien qu'à des degrés inégaux, de la force, du bon goût,' du savoir. Elle n^goorc pas cette gradation qui existait entre rintciiigcnce nécessaire pour exprimer les pensées, pour peindre les passions, et celle qui suffisait à la constructioâ des chaumière» primitives des premiers peuples; mais en élevant les plus humbles des professions elle saura nécessairement les transformer.

Son éducation, éminemment pratique, ne séparera jamais l'école de Tatelier; Tnn et l'autre, au besoin, seront les temples de l'enfance et de la jeunesse, car un temple n'est point nécessairement un lieu spécial consacré à la ténération de l'Être des Êtres, c'est encore pour le philosophe, le premier endroit venu où l'âme humaine peut entrer en communion avec celle de ses frères, et s'élever par de nobles pensées à l'intelligence des grandeurs sublimes de la nature.

Les premiers chrétiens n'avaient rien qui ressemblât à nos églises actuelles. Les lieux où ils se réunissaient en commun pour prier et causer des grandes questions de leurs croyances, étaient simples et sans ornements; ils auraient craint de profaner la majesté divine en couvrant les murs d'emblèmes, de peintures ou de statues. Ce n'est que plus tard qu'ils s'emparèrent des 4emples païens pour les consacrer à leur culte, et qu'ils appelèrent les beaux arts à faire vibrer dans les cœurâ les pensées les plus religieuses.

Le socialisme, qui n'est en réalité que le développement du véritable Christianisme, fera mieux, grâce à ' l'expérience du passé; il mettra sous les yeux des jeunes enfants les devises, les emblèmes, les gravures, les tableaux, les sculptures susceptibles de contribuer * à former leurç cœurs et à développer leurs facultés 'ini)elleciuell^; il voudra que partout la morale la. plus

pure soit enseignée avec le travail qui en est la consécration, au milieu des images de ceux qui ont été les instituteurs bienfaisants des hommes.

L*art et la science ont encore de grands progrès à accomplir, et ils les accompliront.

Une société qui ne croit plus aux dieux de TOlympe, et qui ne veut plus faire de la terre une vallée de larmes; une société dans laquelle les mouvements d'hommes deviennent chaque jour plus nombreux et plus rapides ; qui peut déjà réunir comme par enchantement, sur un seul point, des masses immenses (on peut dire sans erreur des centaines de milliers d'êtres sympathiques) , réclame une architecture nouvelle. Il lui faut des jardins d'hiver à contenir une nombreuse population, des lieux de réunions publiques pouvant abriter un million de personnes, des maisons sociétaire^s pouirant loger des milliers de familles, des hôtelleries grandes comme des villes. L'architecture nouvelle devra donc s'harmoniser avec l'industrie, avec la science, avec les moyens nouveaux qui sont à notre disposition, avec les tendances qui nous entraînent vers les mœurs encore inconnues du gouvernement direct Nous avons, de plus que nos pères, les métaux industriels à bien meilleur marché ; nous possédons la gravure et la lithographie, le verre, les glaces, et une infinité d'étoffes toutes plus brillantes et plus luxueuses les unes que les autres. Déjà , par les ponts à voûtes de fonte , par les ponts suspendus, par quelques constructions en fer semblables au palais de l'exposition de Londres, par les ponts sous-fluviaux, par le chauffage, l'éclairage et la ventilation des édifices publics , nous sommes entrés dans la voie des innovations. Mais tout cela n'est rien encore. Si les productions des Grecs ont reflété les croyances de leur époque, si les arts au moyen âge ont été l'expression fidèle de la foi qui les animait; la croyance à la vie universelle, à la perfectibilité indé-

finie, à rémancipationt phy8iç|ae, morale et intellectuelle des masses, aura aussi, elle, sa peinture, sa sculpture, sa musique, sa littérature et sa poésie. Sophocle, Phidias, Périclès» Aspasie, Michel- Ange, Raphaël, Corneille, Molière, et toutes les femmes adorables qui ont été les inspiratrices du siècle de Louis XIY, reparaîtront dans l'avenir. Les salons d*Anet et de Neuilly seront agrandis ; la scène élai^ie voudra une comédie vraie, une comédie libre de la censure, une tragédie nouvelle, des chœurs et des orchestres à faire tomber les voûtes de nos opéras. Dans les grandiosea monuments de cette société , sans pareils même à Memphis et à Babylone, des peintures immenses seront disposées avec tout Tart possible, pour produire sur la plus grande échelle les effets de nos dioramas et de nos panoramas d'aujourd'hui.

Chaque époque, citoyens, a eu sa pensée dominante que l'on retrouve dans les maisons particulières aussi bien qu'au forum, au théâtre et dans le temple. Les grands artistes ont toujours eu à cœur de l'étudier et de s'en inspirer. Quelle faute, au temps où nous sommes , de faire de l'art pour l'art , de ne donner aucun but à ses œuvres ! Malheur à celui qui ne comprend pas que l'art fait de la sorte est un vil métier. Malheur à celui qui, vivant au jour le jour, n'a jamais rêvé aux splendides lumières qui vont illuminer le monde nouveau !

Non , la science ne restera pas muette et pensive en face du progrès des arts et de l'industrie ; elle aussi voudra socialiser ses études et ses découvertes. Avec quelle adresse elle dirigera l'éducation dans la crèche, dans la salle d'enfance et les écoles qui leur succéderont. Comme elle saura se mettre à -la portée de toutes les intelligences, en rendant agréables les études les plus difficiles. Plus de maîtres ennuyeux , plus de pensums; mais partout l'attrait, le plaisir, et,

pour les jeunes années, la plas habile et la plas maternelle des surveillances. Sans qu^elle ait en le moindre soupçon qu*on veut lui enseigner la chimie et les arts industriels, la jeunesse aura lancé des ballons, fabriqué du sucre., épuré des sirops , fait détoner des chlorates et préparé des lumières de mille sortes. Jeunes enfantg, que ne puis-je revenir avec vous apprendre en vos gravures, en vos lanternes magiques, Thistoire des évolutions du passé; et préluder à une vie plus complète et moins agitée que celle de notre époque, au milieu de Yos choeurs, de vos chants et de vos danses, dans vos luttes gymnastiques, dans vos plaisirs incessants, tonjours variés, toujours sériés! Ce m'est du moins une douce et bien vive satisfaction que d'entrevoir, par. la pensée, les grandes journées qui s'apprêtent pour rhumanité future.

Des croVanees rellgleasest

Le monde européen oscille entre deux croyances rivales:

L'une, que l'homme aurait reçu de la bouche de Dieu des enseignements religieux qui sont la vérité absolue et sans mélange , vérité à laquelle Ton ne saurait ni changer, ni retrancher, ni ajouter;

L'autre, que la religion et les croyances religieuses sont choses distinctes. Tandis que la religion doit s'entendre de Y étemelle vérité^ c'est-à-dire de ce qui est immuable , la croyance est essentiellement variable et intimement liée aux prc^ès de l'intelligence humaine.

La première opinion, qui est loin, selon nous, de l'esprit du véritable Christianisme, tend à immobiliser les peuples. Elle s'empare tout d'abord de leur souveraineté spirituelle, pour arriver ensuite à conquérir leur souveraineté temporelle.

La^ecoDidii ne divise ni la vie humaine, ni la souveraineté : elle transforme le peuple en un concile permanent chargé d'ajouter aux ci^edo du passé les vérités ^ nouvelles acceptées par la raison.

La première tend à imposer aux nations et aui communes des évêques et des curés payés par elles, mais choisis par une puissance étrangère.

La seconde ne vent point d*État dans l'État, et demande que chacun paie son culte.

La' première ne voit trop souvent partout, en dehors d'elle, que des damnés, que des schismatiques, que des entaemis de Dieu et de la religion.

La seconde ne veut forcer ni les cœurs ni les consciences. Pleine de tolérance, elle aime toutes les croyances religieuses, parce que toutes ont pour but le bonheur des hommes; mais elle les classe ûzns ses affections selon la somme de vérités scientifiques! qu'elles possèdent.

Gardons-nous de fonder trop d'espérances sur la généreuse excentricité de quelques hommes qui échappent par la vigueur de leurs natures aux tendances » généralement rétrogrades des clergés catholiques et protestants. T^ fm du siècle passé et le commencement de celui-ci nous ont offert, dans une double expérience, deux exemples pleins d'enseignement. Le clergé de la Constitution civile contenait dans ses rangs des âffl^ d'élite sincèrement dévouées à l'idée démocratique; cependant l'abbé Grégoire et ses amis furent impuis^ sants. Plus tard , le clei^é concordataire n'a pas rougi de sanctionner le code du despotisme dans le pins populaire de ses livres , dans la leçon du catéchisme à^ l'Empire sur les devoirs de la France envers Napoléon.

O peuple! ta souveraineté ne se divise point en deux

^parties, l'une spirituelle, l'autre temporelle. N'être

qu^ 4«im souverain , ce n'est pas l'être. Si ta veux

devenir chaque jour davantage le pouvoir écrivant sa volonté de sa main collective , la forge de tous protégeant l'indépendance de tous, la justice frateriSKi^i^E consacrant les progrès de la civilisation , il faut que tu sois encore un concile religieux permanent, faisant passer sous le niveau de Tégalité, au nom de la liberté, les disciples de Brabma et de Bouddha, les sectateurs de. Mahomet, les déistes juifs, les diverses sectes chrétiennes et les philosophes^

r^égliger Texercice direct de sa liberté , abandonner son droit à des mandataires, c'est souvent s'exposer à le perdre. Que d'enseignements sous ce rapport dans rhlstoire du Catholicisme!...

ÂQX premiers jours , le peuple chrétien se gouvernait directement. Aux premiers membres des trois premières assemblées, nul ne demanda ni leurs mandats, ni leurs titres.

Plus tard^ les évêques, alors élus par le peuple, se substituèrent naturellement à leurs diocésains. Le gouvernement direct disparut ainsi pour faire place au gouvernement représentatif.

Plus' tard, s'il faut en croire certains historiens, Constantin, le promoteur du concile de Nicée, n'admit à cette grande assemblée que les évêques de son opinion, et décréta la peine de mort contre ceux qui conserveraient les écrits, ou seulement quelques uns des écrits de ses adversaires religieux.

Plus tard, au dire des protestants, les évêques de Rome usurpèrent sur les autres évêque^, et se firent papes. Alors se manifesta leur grande tendance à devenir absolus pour le spirituel et tout-puissants au temporel. Plus tard, une usurpation nouvelle, enleva au peuple le droit de nommer les évêques.

Plus tard, on lui ravit le droit de nommer les curés, droit qu'il avait conservé sur quelques points jusqu'au xir siècle.

G*est aiott que d*abas en abus , d'usurpations en usurpations , la grande démocratie organisée par les apôtres du Christ est devenue une autocratie papale.

Qu'en est-il résulté ?

Les peuples ont demandé la réforme du clergé. Rome a dit narif et le protestantisme a déchiré l'Église.

Les peuples ont demandé la réforme politique. Appuyés par Rome » les rois ont refusé , et nous avons eu 89 et 93.

Aujourd'hui les peuples réclament la réforme sociale , et Rome a répondu par de nombreuses persécutions; mais loin* de raffaiblir, ces persécutions ont grandi le socialisme et multiplié le nombre de ses croyants.

La réforme du clergé , au xvr siècle , c'était la liberté.

La réforme politique de 89 et 93 , c'était TégaUté.

La réforme sociale sera la fraternité.

Citoyens, que ces enseignements vous profitent Pourquoi, comme' aux premiers temps du Christianisme , vos prêtres de toutes les communions ne seraient-ils pas élus par vous« et au besoin révoqués par vous ? Pourquoi ne les prendrîez-vous pas , comme h cette époque , parmi les hommes les plus vénérés , parmi les pères de famille les plus respectables? « Le peuple exerce le droit d'élire ses pasteurs. » Cet article de la Constitution civile du Clergé, décrétée par nos pères le 12 juillet 1790, ne doit pas rester dans l'oubli. Un jour, citoyens, vous en revendiquerez l'application. Jusque-là , quelle que soit voire croyance , soyez tolérants pour celle d'autrui. Élevez vos enfants dans le respect des choses saintes. Qu'ils apprennent dès leur bas-s^e à vénérer l'ordre et l'harmonie de la nature, et les grandeurs de la Providence écrites en si grand style à la voûte céleste. Qu'ils sachent chercher et trouver

Dieu dans toutes les joies légitimes, dans le bonheur d'avoir accompli leurs devoirs. Choisissez parmi vous les plus aimants, les plus dévoués, les plus fraternels pour conduire fraternellement le troupeau. Soyez conûants dans la bonté de TEtre infini dont notre intelligence ne peut embrasser ni comprendre la grandeur; et surtout, car ce serait une horrible impiété, un affreux blasphème , ne prêtez jamais à la divine sagesse les mauvaises passions des hommes.

De la moralité humaine.

La moralité humaine» ce sentiment exquis du devoir que nous trouvons eu quelque sorte le mOme chez les principaux sages des temps anciens et du nôtre j cette poésie des nobles pensées qui animait Rousseau, qui a inspiré à George 6and ses derniers et plus beaux ou- Trages, pénètre de plus en plus dans les masses. C'est à nous, socialistes, au théâtre , dans nos écrits , dans les actes publics et privés de notre vie, de donner à tous l'enseignement et l'exemple pour arriver à de nouveaux . progrès. La moralité humaine est la meilleure 3auve>garde des droits et des libertés de tous.

Dans Tordre religieux, elle a condamné :

Les sacrifices humains du Druidisme ;

Les cruautés de la loi juive et des conquêtes musulmanes;

Les auto-da-fé de l'inquisition; les dragonnades» les tueries des Cévennes, la révocation de Tédit de Nantes, et les horribles massacres des Albigeois, des Hussites et de la Saint-Barthélemy.

Elle btâme partout l'intolérance , qu'elle soit anglicane, grecque ou romaine.

Elle ne veut plus des religions d'État.

Chaque jour elle réclame la souveraineté de la conscience et la liberté religieuse la plus absolue, sans

laquelle celte souveraineté ne serait qu'un vain mot.

Dans Tordre civil elle a proclamé la liberté, Tégalilé et la fraternité ; par suite elle tend à supprimer entièrement :

Les autocraties;

Les monarchies aristocratiques ; '

Les monarchies constitutionnelles, qui ne sont que des monarchies aristocratiques déguisées ;

Les républiques aristocratiques.

Elle veut remplacer les gouvernements gouvenianti par des gouvernements purement ad/mim's/ro^î/s; et si, d*un côté, elle conseille au souverain légitime, c'est-àdire au peuple, l'exercice direct de sa souveraineté ; de l'autre , elle lui enseigne que cette souveraineté est limitée par les droits naturels de chacun des êtres qui composent le peuple.

En ce qui concerne les jugements humains et la pé nalité qui en est la conséquence, elle a supprimé :

La peine du talion,

La torture,

La mort pour crime politique.

Et chaque jour, par les plus avancés des moralistes, die réclame l'abolition de la peine de mort pour lei autres crimes ; la suppression des prisons, des bagnes, des cachots, du système cellulaire, ces instruments de la torture contemporaine.

L'humanité ne veut plus se venger ni torturer. Socialistes, qui êtes, qui devez être plus que jamais son avant-garde, prêchez à toute voix qu'il faut apprendre 5 réformer, à améliorer ceux de nos frères qui sont vicieux. Les punitions morales suflSront aux peuplei éclairés par une saine philosophie, comme elles suffisaient aux chrétiens des deux premiers siècles.

C'est encore la moralité humaine qui a transformé l'esclave en serf, et qui a donné h ce dernier le sentiment de sa dignité, le désir et le besoin de sa liberté. Tantôt

lie Ta jeté dans J es combats pour revendiquer la posessîon de son être et de son travail; tantôt plus calmer ilus patiente, elle Ta conduit , par Tépargne et Técolomie , an rachat de ses droits. Aujourd'hui , éclairée >ar les luttes et les conquêtes politiques de nos pères, lie anime d'une juste fierté ces travailleurs qui veulent chapper par l'association aux incertitudes de leur sort, nx duretés de Texploitation de l'homme par l'homme, /exploité tient encore du serf féodal ; l'associé est un [omine libre, un véritable citoyen.

Assise au foyer domestique, la moralité ne condamne >lus la naissance des filles comme dans l'Inde , comme il Judée, comme à Sparte, comme chez les barons éodaux du moyen âge ; comme de nos jours encore ihez les grands seigneurs qui veulent ou croient perpéucr les mérités de leurs aïeux en perpétuant leurs lonis. Elle ne flétrit plus le célibat de la vieille fille )our l'approuver chez l'homme , chez qui trop souvent l est le résultat de l' inconduite. Mais il y a mieux à faire încore. Socialistes, vous qui avez à cœur de marcher à a tête de la civilisation , achevez de relever la femme ; joe par vous elle devienne l'égale de l'époux dans tous es actes de la vie. Flétrissez le séducteur; n'accordez ]ue dédain et mépris à ces hommes à la mode des :lasses riches , à ces lovelaces des classes ouvrières, car il y en a partout qui font métier de promettre leur imour h de pauvres jeunes filles sans expérience, et de les livrer ensuite h la risée publique. Soyez généreux pour la malheureuse enfant qu'ils ont séduite et trompée; tendez-lui la main, et que par vous elle retrouve le sentier de la vertu , ce sentier dont il faut faire la grande route sociale.

Ne dites pas , avec ^int Louis, que la fille qui sera devenue grosse à l'insu de ses parents doit être deshéritée; flétrissez la mère qui condamne ses filles au célibat pour augmenter la dot de Théritier du nom de

son mari , comme si la Terto n'était pas le seol soutien légitime de ce qui est vraiment noble.

Ne donnez point d'éducation à vos fiHes dans Tunique but de les marier, mai^ en Yue de les rendre heureuses ; augmentez par Tinstruction leur liberté intellectuelle et morale. Il y a beaucoup à refaire dans une société qui laisse à peu près impunies la séduction et la corruption ; qui ne tient aucun compte des promesses de mariage, abandonne les enfants naturels à la charge de la mère, et où trop souYent les parents choisissent les époux de leurs filles , au lieu de se contenter de diriger leurs choix,; dans une société qui maintient la femme en minorité près de son époux, alors même que, séparée de biens ou de corps, elle ne Yit plus avec lui; dans une société qui laisse au mari la liberté de disposer des meubles de la communauté, en faveur de femmes dont il peut avdr en vue de faire ses maîtresses. Flétrissez de toutes vos forces les hommes assez lâches, assez infâmes pour frapper celles qui sont ou qui seront les mères de leurs enfants.

Demandez citoyens, demandez que Ton efface dans le code les articles qui donnent la femme corps et âme à son mari comme vofie chose, qui lui prescrivent de le suivre partout où il lui convient de résider, et Cous ceux qui ont établi entre Fadultère de Tépoux et de réponse des distinctions qui ne sont plus de noire époque. Il est temps aussi que les liens imprudents; cessent d*être à vie; et que les conjoints qui ne peuvent vivre ensemble ne soient plus soudés l'un à l'autre I par un mariage indissoluble. Que notre action morali-l santé ne s'arrête point en si bonne voie ; que chaqael jour de notre vie soit employé à nous rendre meiileursa et pour arriver tout d'abord à notre propre et personnel perfectionnement, écoutons les conseils du sage: « Sois bon fils , frère juste , époux tendre et bon.père. » Choisis pour ton ami, l'ami de la vertu.

* Sache qu'il t'est donné de combattre et de vaincre.

» Tes folles passions apprends à lés dompter.

i> Sois sobre, actif et chaste ; évite la colère.

i> £a public, en secret ne te permets jamais

» Rien de mal , et surtout respecte-toi toi-même.

» Ne parle et n'agis point sans avoir réfléchi.

» Sois juste; souviens-toi qu'un pouvoir invincible

» Ordonne de mourir; que les biens, les honneurs

» Facilement acquis sont faciles à perdre ;

» £t quant aux maux qu'entraîne avec soi le destio,

» Juge-les ce qu'ils sont, sache les supporter,

» Ferme l'œil et Toreille à la prévention.

j> Crains l'exemple d'autrui, pense d'après toi-même.

» Laisse les fous agir et sans but et sans cause,

» Ce que tu ne sais pas , ne prétends point le faire.

» Instruis-toi ; tout s'accorde i la patience, au temps.

» Veille sur ta santé; dispense avec mesure,

» An corps les aliments , à l'esprit le repos.

» Trop ou trop peu de soins doivent être évités.

» Le luxe et l'avarice ont des suites semblables.

p Que jamais le sommeil ne ferme ta paupière

» Sans t'êlre demandé: qu'ai-je omis? qu'ai-je fait?

» Si c'est mal, abstiens-toi; si c'est bien, persévère.

» médite ces conseils, aime-les, suis-les tous.

» Aux divines vertus ils sauront te conduire.

» Mais qu'avant tout, ton âme, à'SOu devoir fidèle,

» Invoque avec ferveur le savoir et l'étude.

» Instruit par elle, alors rien ne t'abusera ;

» Tu connaîtras de tout le principe et la fin;

i> Et tu sauras bientôt que la nature,

» Semblable en toute chose, est la même en tout lieu.

» Tu verras que les matipK qui dévorent les hommes

» Viennent de l'ignorance, et que ces malheureux

9 Cherchent loin d'eux les biens dont ils portent la

source. »

Voilà, ô mes concitoyens, quelques conseils dePythagore! Deux mille cinq cents ans ne les ont pas vieillis. Aujourd'hui, comme alors, travaillons è notre perfectiopnement moral si nous voulons devenir dignes de verser sur nos frères notre amour bienfaisant, si nous voulons transformer Thumanité en une grande famille de sages.

De la Presse.

Vouloir la liberté de la pensée, c'est vouloir celle de la parole, qui en est la forme, et qui appartient à chacun par droit naturel.

Vouloir la liberté de la parole , c'est vouloir sa libre expression par la plume , par la presse, par la lithographie , par tous les moyens connus et à connaître.

Les restrictions à cette liberté , telles que la Censure, le timbre des journaux , les brevets de libraire et d'imprimeur, peuvent être établies avec des intentions très louables, mais elles auront toujours pour résultat l'oppression d'une partie de la société.

Le monde nouveau des Communes libres^ des Associations et des Corporations nouvelles, ne réclame pas seulement une presse indépendante , il demande aussi une presse spéciale et fraternelle.

Celle presse des travailleurs , destinée à la discussion de tous les intérêts du travail , représentera nécessairement toutes les croyances qui surgissent, et surtout ce besoin de fraternité qui conduit aujourd'hui les masses.

Le travail c'est tout : c'est la moisson dorée qui promet à l'homme la nourriture , c'est la digue qui protège ses champs, c'est le canal qui féconde son pays ; c'est le papier qui porte à tous la divine communion delà pensée, c'est la gravure qui arrête mes

regards , c'est le tableau qui excile mon admiration , c'est la statue qui me fait rêver ; c'est le drame saisissant qui fait couler mes pleurs , le vaudeville spirituel qui excite ma gaieté, c'est la musique qui m'enlève, c'est la science guérissant mes douleurs ou dirigeant mes efforts; le travail, c'est le verbe de dieu, c'est l'action s'incarnant dans l'Humanité pour embellir et féconder le globe.

Aux premiers temps du Christianisme, d'humbles travailleurs se réunissaient pour discuter sur les plus grandes questions et propager les doctrines de leur maître. Or voici qu'aujourd'hui des ouvriers non moins modestes mettent la main à l'œuvre pour constituer leur église, leur association de croyants à de meilleurs jours pour l'humanité.

Eux aussi, ils ont leur millenium. L'affrancliissement du travail, cette promesse des temps modernes, ne peut tarder à s'accomplir , puisque les travailleurs eux-mêmes associent leurs efforts dans le but de la réaliser. Des amis me communiquent les considérants et les statuts d'une société qu'ils viennent de fonder dans cette pensée. Je suis heureux de pouvoir donner ici les extraits suivants qui témoignent des progrès réels des corporations ouvrières.

Sifttato de la Société de là Presse da Travail.

Page 1