‹ Le socialisme intégralChapitre 24 sur 108 · FOLIE GUERRIÈRE · texte numérisé non relu

FOLIE GUERRIÈRE

crésilite, la plancastite, la roburite, la bellite, la silovoter. la ségurite, la ramite, la méganite et autres ites, et autres ter, nitrifiés et picrates, capables de faire éclater le globe et de pulvériser ses quinze cents millions d'habitants, selon le vœu charitable des pessimistes transcendants.

La marine aurait eu honte de rester en retard et la lutte continue entre les cuirassés monstres et les torpilleurs Whitehead ou Schwarzkopft, tête blanche anglaise ou tête noire allemande (i) noms barbares de choses barbares. On prétend même lancer la mort des profondeurs de l'Océan par des Gymnotes et des Goubet (le Nautilus de Jules Verne employé à des buts de destruction ! ) et du haut des airs par les ballons dirigeables ; triomphes du génie se cristallisant en instruments de mort, comme ces fruits des bords de la Mer Morte dont l'écorce est brillante et dont l'intérieur n'est que cendre.

Nous laissons pour mémoire les progrès non moins rapides dans l'industrie des projectiles, progrès à la hauteur des précédents, cela va sans dire, la description des balles coniques ou explosibles, des obus rames, O'Hara, Schrapnels, Sirène et autres ne devant pas intéresser outre mesure nos lecteurs. D'ailleurs, la sinistre nomenclature qui vient d'être faite, suffit bien, tout incomplète qu'elle est, à démontrer qu'à son arrivée au majorât scientifique, l'Europe, prise de folie, consacre tout son savoir et tous ses efforts aux instruments de dévastation et de mort(i).

(i) White head en anglais, tête blanche; Schwarz-Kopft en allemand, tête noire.

(2) a La science a armé les peuples de moyens de destruction, dont le moindre effet est de coûter 5000 ou 6000 francs pour tirer un seul coup de leur épouvantable boulet ou obus, et l'on peut dire qu'on ne sait, si dans une rencontre de leurs énormes masses jetées les unes contre les autres, on ne verrait pas les armées fauchées, comme des épis fauchés par la tempête et la grêle ! et nul ne pourrait dire ce qui resterait du monde civilisé, des arts, des bibliothèques, de l'industrie et de la population ellemême, et les générations à venir pourraient plus tard étudier ces ruines et dire comme sur celles de Babylone : « Ici fut l'Europe ! ici est un désert « F. Passy, Conférence à Nîmes).

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