III. Le Communisme Chrétien
Avec les premiers chrétiens, le communisme perdit sa tradition de noblesse et son aristocratisme ; il devint une simple forme de renoncement pour les riches. Il ne s'agissait plus ici, comme chez les philosophes du monde hellénique, de réformer de trop criants abus, de trouver un système d'organisation sociale basé sur la justice et devant aboutir au bonheur universel : on se dépouillait de ses biens, exclusivement pour plaire au nouveau Dieu qui avait voulu, croyait-on, que la vie ne fût qu'une épreuve douloureuse, ayant pour enjeu terrible ou une éternité de bonheur égoïste avec quelques élus, ou bien — avec la presque totalité
de l'espèce humaine — une éternité de supplices à faire reculer l'imagination d'un Caligula et d'un Néron.
Pourtant les commencements, en la petite église de Jérusalem, sous la direction de Pierre, furent touchants :
« La multitude de ceux qui croyaient n'avait qu'un cœur et qu'une ânie, et nul ne disait des choses qu'il possédait qu'elles fussent à lui en particulier, mais toutes choses étaient communes entre eux. Il n'y avait personne parmi eux qui fût dans l'indigence, parce que tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, et ils en apportaient le prix et ils le mettaient aux pieds des apôtres, et il était distribué à chacun, selon qu'il en avait besoin (i). »
C'était à la lettre l'application du précepte évangélique « Allez, vendez ce que vous avez et donnez-en le prix aux pauvres ».
Seulement, cela ne pouvait durer : les ressources de la communauté ne provenant que des dons volontaires des riches, car de travail chez ces fervents il n'en était guère question. L'Évangile n'avait-il pas condamné le travail comme une préoccupation trop terrestre ? Les textes abondent :
Les lys ne filent point et sont mieux vêtus que Salomon dans toute sa gloire. — Marthe, vous vous donnez trop de mal, Marie a choisi la meilleure part. — Vous aure^ toujours des pauvres parmi vous. — Les derniers venus seront les premiers, etc.
Toute à l'humilité et au renoncement, fermée au travail et à la justice, la communauté chrétienne ne pouvait donc prétendre à la généralisation de son principe ; aussi fut-elle facilement battue en brèche par la propagande individualiste et opportuniste de Paul, le néfaste et trop habile ambitieux qui a fondé, sur les ruines de l'évangélisme, le christianisme que devaient encore achever de corrompre les Césars byzantins d'abord, puis l'odieux Augustin, l'homme du credo quia absurdum, de la révoltante prédestination, de l'étouffement de toute science et de la glorification de la haine (2).
(1) Saint Luc : Actes des Apôtres, IV, 32.
(1) « Personne, dit Draper dans ses Conflits de la Science et de la ReHgion, personne n'a plus contribue que ce père à créer l'antagonisme de la science et de la religion... 11 a donné à la Bible le dangereux office d'arbitre de la vérité scientifique et de tyran
Toutefois le communisme resta dans les traditions chrétiennes, qui remontaient elles-mêmes aux communautés esséniennes et ébionites dont le souvenir était vivace chez les meilleurs de la nouvelle religion et les plus illustres écrivains des premiers siècles. Les Chrysostome, les Jérôme, les Basile, les Grégoire, les Clément, les Lactance, les Ambroise, etc., tonnèrent constamment contre les riches et contre la propriété individuelle. La violence de leurs objurgations subversives n'a pas été dépassée par les plus ardents révolutionnaires de nos jours.
« Ce n'est pas sans raison, s'écrie saint Jérôme, que l'Évangile appelle les biens de la terre des richesses injustes, car ils ri ont point d'autres sources que l'injustice des hommes, les uns ne pottvant les posséder que par la ruine des autres.
« Aussi, dit-on communément, ce qui me paraît très véritable, que ceux qui possèdent de grands biens ne sont riches que par leur propre injustice ou par celle de ceux dont ils sont les héritiers.»
Saint Jean Chrysostome nous a laissé, des accapareurs et des agioteurs de son temps, ce portrait qui mérite bien d'être conservé. L'éclat du 'style, l'émotion communicative rivalisent avec la sûreté de la pensée.
« Le territoire de notre ville fut frappé d'une grande séche- (( resse, les grains ensemencés ne parvenaient pas à germer..., « et, suivant l'antique prédiction de Moïse, un ciel d'airain était « suspendu immobile sur nos têtes. La famine approchait, on la « voyait, on l'attendait, et avec elle la plus cruelle des morts... <( Tout à coup, le ciel d'airain s'amollit, des nuages s'amonce- « lèrent, et s'entr'ouvrant soudain, laissèrent tomber la pluie « avec tant d'abondance, qu'à sa vue toutes les poitrines hale- « taient de joie. Ivres de bonheur, les citoyens se mirent à courir
de l'esprit humain.» Pour cette belle œuvre, pour l'anéantissement de la personne et de la moralité humaine devant un arbitraire divin ferocisé à son image, le sinistre Carthaginois faisait appel aux plus mauvais sentiments.
Nul plus que lui ne poussa à la torture et à l'exterminatiou des hérétiques. A toute page il s'adresse à son Dieu dans ce style : « Tes ennemis sont l'objet de ma haine. « Oh ' qu'il te plaise de les faire mourir avec l'épée à deux tranchants, afin qu'ils ne « soient plus les ennemis de ta parole ? »
De ce monstre de sophistique et de cruauté l'Eglise a fait un de ses plus grands saints et son inspirateur le plus influent ! Quel progrés social en aurait-on pu dès lors attendre ?
<( les rues comme des échappés à la mort. C'était une fête géné- « raie, des transports d'allégresse inexprimable. Au milieu de <( toutes ces joies, un homme cheminait triste et comme exténué « sous le poids de quelque grande douleur. C'était un riche, un « des opulents de la cité, et comme on lui demandait pourquoi a il était triste dans le délire commun, il ne put garder au fond (( de son cœur le sujet de sa peine, et de même qu'une maladie « intérieure déborde et éclate dans le paroxysme de sa violence, « la maladie de cet homme éclata hideuse à tous les yeux.
« — J'avais amassé, dit-il, dix mille mesures de blé et je ne (( sais ce que j'en ferai à cette heure ». Voilà quel était le sujet « de ses angoisses. Dites-moi, je vous prie, ne méritait-il pas « d'être lapidé comme un ennemi public? ». (i)
Le grand prédicateur chrétien n'est pas moins radical quand il parle de la propriété en général. Elles sont aussi de lui ces paroles : « N'user de son bien que pour son seul usage, c'est en dépouiller le pauvre, c'est être le ravisseur du bien d' autrui et s'exposer à tous les châtiments dont est menacé le spoliateur. Ce que vous pouvez vous réserver à vous-même, c'est le pur nécessaire, tout le reste est au pauvre, sa propriété, non la vôtre ».
Saint Grégoire-le-Grand renchérit : « La terre est commune à tous les hommes, c'est donc en vain que ceux-là se croient innocents qui s'approprient à eux seuls les biens que Dieu a rendus communs, puisqu'en ne partageant pas avec les autres ce qu'ils ont reçu, ils deviennent homicides».
L'illustre pape ne faisait que suivre les traditions; avant lui, saint Basile-le-Grand avait dit dans le même esprit :
(( N'êtes-vous pas un voleur, vous qui rendez propre à vous « seul ce que vous avez reçu pour le répandre et le distribuer ? « Si l'on appelle voleur celui qui dérobe un habillement, doit-on « donner un autre nom à celui qui, pouvant habiller un homme « et le voyant tout nu, le laisse pourtant tout nu ?
« Vous me direz : « A qui ai-je fait tort si je retiens et conserve (( ce qui est à moi? » Et moi je vous demande quelles sont les (( choses que vous dites être à vous... Vous faites comme un
(1) Cité par Paul Lafargue : Revue socialiste, 1" série, 1880.
« homme qui étant dans l'amphithéâtre et s' étant hâté de pren- « dre les places que les autres pouvaient prendre, les voudrait (( tous empêcher d'entrer, appliquant à son seul usage ce qui u est la pour l'usage de tous. C'est ainsi que font les riches, et <( s'étant mis les premiers en possession des choses communes, « s'en étant emparés, ils les transforment en propriétés particu- « Hères. »
Quant aux conclusions, elles sont délibérément communistes :
« Il eût été meilleur et plus juste », lit-on dans une homélie de saint Grégoire de Nysse, « il eût été meilleur et plus juste, « puisque nous sommes tous frères et unis par les liens du sang « et de la nature, que nous partageassions tous également cette « hérédité; mais, puisque cela n'a point été fait, et qu'un plus ou a moins grand nombre se sont emparés de la plus grande partie « de cette succession, il est raisonnable qu'il en reste au moins « une part aux autres, et qu'elle leur soit distribuée. Que si un u seul veut se rendre maître de tout le bien, le posséder tout « entier, exclure ses frères de la cinquième ou de la sixième (( partie, celui-là n'est pas un frère, mais un tyran inhumain, «un barbare cruel ou plutôt une bête farouche, dont la gueule « est toujours ouverte pour dévorer, elle seule, toute la nourri- « ture des autres. »
Saint Clément va plus loin, il fait du communisme un article de foi : « La vie commune est obligatoire pour tous les hommes. C'est l'iniquité qui a fait dire à l'un : Ceci est à moi ; à l'autre : Cela m'appartient. De là est venue la discorde entre les hommes ».
Pour ne pas tomber dans des répétitions, nous finirons par cette citation de saint Ambroise : « Dieu a créé toutes choses afin « que la jouissance en fût commune à tous et que la terre devînt « le possession commune de tous. La nature a donc engendré le <( droit de communauté, et c'est l'usurpation qui a produit le droit « de propriété ! La terre ayant été donnée en commun à tous les « hommes, personne ne peut se dire propriétaire de ce qui « dépasse ses besoins naturels dans les choses qu'il a détournées « au fonds commun et que la violence seule lui conserve ».
Ainsi parlèrent les fondateurs du christianisme ; on sait ce que fut la réalisation : le funèbre moyen-âge, « cette Terreur de mille ans», a dit notre Michelet (i).
« Le moyen-âge, noires années d'abominations et de barbarie, « avilissait les esprits par la recrudescence des plus ineptes « superstitions, par l'atrocité des mœurs et la tyrannie sanglante « du fanatisme religieux », a confirmé Leconte de Lisle (2).»
Les grandes iniquités du monde antique, la tyrannie gouvernementale et l'esclavage (ce dernier, modifié en servage, parce que les nécessités économiques nouvelles le voulaient ainsi) furent observés par le christianisme tout puissant, et tout naturellement aussi la propriété individuelle, le tout avec l'aggravation apportée par les invasions barbares et des spoliations féodales qui s'entèrent sur les vieilles injustices propriétaires et fiscales (3).
La révolution chrétienne, nulle au point de vue social, ne pécha pas, pourtant, par timidité ou par considération pour l'ancien ordre qu'elle bouleversa de fond en comble, dans sa foi et dans ses mœurs.
Sur ce point, par exemple, les faits furent conformes aux principes. Nulle destruction barbare n'égale en ruines et en horreur la destruction chrétienne des incomparables merveilles de l'art
(1) Quelle distance énorme entre l'idée antique de vertu et l'idée chrétienne. Repousser l'injustice, supporter l'injustice ; révérer la beauté, mépriser la beauté ; servir l.i société, fuir la société, ne sont pas seulement des traits accidentels de tendances d'esprit divergentes, malgré l'identité des principes moraux, mais des contrastes qui naissent de l'opposition très profonde des principes de la morale. Au point de vue du monde antique, le christianisme tout entier était notoirement immoral. » (Lange : Histoire du Matérialisme.)
(2) Discours de réception à l'Académie Française, 31 mars 18S7.
(3) Le serf germanique était plus proche encore de l'esclavage que le colon du Bas- Empire, qui graduellement avait fini par obtenir quelque protection légale. L'invasion germanique appesantit donc notablement le joug qui pesait sur la classe servile. (Ch. Letourneau ; L'Evolution politique).
hellénique. Les temples furent atterrés, leurs richesses confisquées, la bibliothèque d'Alexandrie, cet immense et inappréciable réservoir de toutes les traditions, de toutes les connaissances humaines, fut criminellement incendiée par l'évêque Théophile et les bandes de moines de la Thébaïde qu'il mobilisa pour la circonstance (i). Les statues ne furent pas plus épargnées que les temples et que les manuscrits. C'est par centaines de mille que le marteau chrétien les pulvérisa. Tous les édifices publics eurent le même sort. Pour nous résumer en une ligne, toute la pensée antique fut étouffée, tous les arts furent détruits par le christianisme (2) ; on ne respecta que les institutions de tyrannie et de servitude.
Maintenant, où trouver la cause de cette destruction sauvage de ce qui était bien et beau dans l'ordre ancien, aggravée par la conservation de ce qui était mal? (3)
Dans la doctrine catholique elle-même, telle que Paul la fit malheureusement prévaloir et comportant le mépris de la vie humaine, la méconnaissance et même le rejet des devoirs purement sociaux, la recherche du salut individuel, non pas en faisant le bien autour de soi, mais en fuyant le monde et en se macérant follement. Tout cela ne pouvait produire que cette réaction effroyable, réaction pessimiste, ultra-spiritualiste, fanatique (4)
(1) « Quels sont les destructeurs de nos temples? dit Libanius. Ce sont des hommes vêtus de robes noires qui mangent plus que des éléphants. » « Il y a une race appelée moines, dit pareillement Eunape ; ces moines, hommes par la forme, pourceaux par la vie, font et se permettent d'abominables choses... Quiconque porte une robe noire et présente au public une sale figure, a le droit d'exercer une autorité tyrannique. » (Eunape, Apud Goblet d'Alviela : L'Œuvre du Catholicisme).
(2) Voir sur ces faits historiques, trop peu connus, le témoignage éloquent du grand écrivain catholique Chateaubriand (Etudes historiques, 2m° volume). Voir aussi une saisissante et savante étude publiée par Goblet d'Alviela dans la Revue de Belgique, sous ce titre : L'Œuvre du Catholicisme.
(3) « Le christianisme, ou plutôt le catholicisme, qui en fut la réalisation pratique et sociale, coïncide, en réalité, avec la décadence du commerce, de l'industrie, de l'agriculture, des arts, des sciences, de la morale, du droit et spécialement de la science politique. Le progresse refit sans lui, malgré lui et contre lui.» (Guillaume Degreef : Discours d'ouverture à la Faculté des Sciences Sociales de l'Université de Bruxelles).
(4) Voici le témoignage d'un historien peu suspect d'hostilité vis-à-vis du catholicisme : « Parcourez l'histoire du cinquième au seizième siècle, c'est la théologie qui « possède et dirige l'esprit humain ; toutes les opinions sont empreintes de théologie ; 0 les questions philosophiques, politiques, historiques sont toujours considérées sous un
et anti-humaine qui faillit empêcher l'éclosion de la civilisation occidentale (1). Je sais bien que pour certains c'est au contraire le christianisme qui a sauvé la civilisation. Ces gens-là ressemblent au mousse de Dickens qui, ayant reçu cinquante coups de corde, s'écriait : « Quelle chance j'ai tout de même de ne pas en avoir reçu deux cents ! » Pour eux tout ce qui a été était indispensable et c'est au mieux. C'est peu digne. Mais reprenons.
Le bel élan communiste de l'Eglise de Jérusalem et des Pères de l'Église ne pouvait, après cela, que dévier en moinerie, ce qui eut lieu. La protestation communiste se réfugia chez les hérétiques (Gnostiques, Carpocratiens , Manichéens, Epiphaniens, Valentiniens, etc.), que le catholicisme (comme il faisait en même
« point de vue théologique. L'Église est tellement souveraine dans Tordre intellectuel, «. que même les sciences mathématiques et physiques sont tenues de se soumettre à ses « doctrines ». (Guizot : La Civilisation en Europe).
Joseph de Maistre regrettait vivement ces temps où le dogme tout-puissant étouffait la science, en brûlant le savant, au besoin.
« Autrefois, dit-il dans ses Considérations sur la Révolution française, autrefois il y avait très peu de savants, et un très petit nombre de ce petit nombre était impie, aujourd'hui, on ne voit que savants ; c'est un métier, c'est une foule, c'est un peuple ; et, parmi eux, l'exception déjà si triste est devenue règle. De toutes parts ils ont usurpé une influence sans bornes ; et cependant, s'il y a une chose sûre dans ce monde, c'est, à mon avis, que ce n'est point à la science qu'il appartient de conduire les hommes. Rien de ce qui est nécessaire ne lui est confié. 11 faudrait avoir perdu l'esprit pour croire que Dieu ait chargé les académiciens de nous apprendre ce qu'il est et ce que nous lui devons. // appartient aux prélats, aux nobles, aux grands officiers de l'Etat, d'être les dépositaires et les gardiens des vérités conservatrices, d'apprendre aux nations ce qui est mal et ce qui est bien, ce qui est vrai et ce qui est faux dans l'ordre spirituel.
« Les autres (les savants), continue de Maistre, n'ont pas le droit de raisonner sur ces sortes de matières.
« Ils ont les sciences naturelles pour s'amuser, de quoi pourraient-ils se plaindre ? Quant à celui qui parle ou écrit pour ôter un dogme national au peuple, il doit être pendu comme voleur domestique. Rousseau même en a convenu, sans songer à ce qu'il demandait pour lui.
« Pourquoi a-t on commis l'imprudence, insiste de Maistre en terminant, d'accorder la parole à tout le monde ? C'est ce qui nous a perdus.»
(1) « Puisque l'inégalité est dans le ciel, comment ne serait-elle pas sur la terre ? Pourquoi les uns ne seraient-ils pas immuablement prédestinés à jouir de la vie présente, puisque d'autres sont immuablement prédestinés à jouir de la vie future? Un petit nombre d'élus dans le ciel, un petit nombre d'élus sur la terre. Ne doutez plus que ces idées ncse soient liées souvent dans les esprits, et que ce ne soit une des raisons pour lesquelles le principe de l'inégalité sociale a si longtemps persisté, sans contradiction, au milieu même des révolutions religieuses.» (Edgard Quinet : Le Christianisme et la Révolution française).
temps pour les Ariens philosophistes) poursuivit avec acharnement par le fer et par le feu, jusqu'à destruction complète.
Ce premier communisme hérésiaque, bientôt détruit par l'orthodoxie catholique, eut quelques avatars chez les Patharins du Midi de la France, les Vaiuïois du Lyonnais et des deux versants des Alpes, les Libres-Esprits de Belgique, les Sènègarèliens d'Italie, les Ma^dakèens et les Hephtalites de Perse, (i), les Nestoriens d'Arménie (2), chez certains partisans de Wickleff, en Angleterre, de Jean Huss, de Jean Ziska, de Thomas Mùnzer (3), de Jean de
(1) En 498, Cobad régnant en Perse, Mazdak, né à Persépolis, selon les uns. à Nissabour, selon les autres, annonça qu'il était le Paraclet attendu par les chrétiens et formula une religion, mélange de bouddhisme, de parsisme et de christianisme, dont la manifestation terrestre devait être le communisme.
Le roi avait adhéré à la nouvelle doctrine, mais les riches persans s'insurgèrent, emprisonnèrent le roi, massacrèrent et supplicièrent par milliers les communistes. Ceux-ci résistèrent et d'abord avec succès. En 902, une armée d'hephtalites et de communistes vainquit les riches, délivra le roi et établit le communisme en Perse. Cela dura une quarantaine d'années. Mais Cobad mourut; son fils Chosroés, vendu au parti des riches, fit massacrer, en un seul jour, cent mille communistes et redonna pour toujours le pouvoir aux riches.
(2) Les Nestoriens tirèrent du catholicisme persécuteur une vengeance terrible en éduquant, dans le couvent de Bosrah, le jeune Arabe qui devait être Mahomet, allait arracher tout l'Orient au christianisme et imposer une foi nouvelle dans plus de la moitié de la terre habitée, dans l'immense espace s'étendant des montagnes de l'Altaï aux rivages de l'Océan Atlantique, du centre de l'Asie aux confins de l'Afrique occidentale. (Voir Draper : Les Conflits de la Science et de la Religion).
(3) Paroles de Mùnzer aux paysans révoltés :
... Point d'ambage ! tous les seigneurs qui dictent des ordres par leur bon plaisir, parce que cela leur passe par la tète, fùt'-ce un ordre tout à fait insignifiant, à plus forte raison quand il s'agit de tarif, de péages, de corruption, de favoritisme, de malversation, de gaspillage, sont des brigands, des ennemis du peuple qu'il faut étrangler le plus tôt possible, comme autant de Moab, d'Agag, d'Achab, de Phalaris et de Néron. L'écriture ne les nomme pas serviteurs de Dieu, mais serpents, dragons et loups !
... Paysans ! ne craignez rien, soyez unis et ne reculez jamais ! Dès que vous reculez, vous êtes perdus, vous, vos femmes, vos enfants. Que ceux qui craignent la mort restent chez eux. Mille hommes résolus à mourir sont plus forts que cinquante mille indécis. Si vous ne sortez victorieux de la lutte, malheur a vous et à vos descendants !
Si avant la guerre, vous avez la corvée, avec vos chevaux et vos bœufs, après on vous attellera vous-mêmes a la herse et à la charrue ; si avant vous avez fait une haie autour de vos champs pour les préserver du gibier, après on vous obligera à nourrir le gibier vous mêmes ; si avant on vous a aveugles, après, on aveuglera même ceux qui vous conduisent ; si avant vous avez été serfs, après vous serez esclaves. On vous vendra comme on vend un cheval ou une vache. Au moindre souffle vous
Leyde, en Bohême, en Allemagne, en Hollande. Mais toutes ces sectes, qui furent quelquefois très militantes et dont quelquesunes allèrent très loin dans la réhabilitation de la chair, furent, exception faite des Frères Moraves (i), très pauvres d'idées
serez appréhendés au corps comme rebelles, privés d'air et de nourriture, mis à la question et enfin empalés. Vos filles seront les courtisanes de nos seigneurs, et vos fils, leurs laquais, tiendront les mains à leurs sœurs pour qu'elles soient violées et jetées après comme une pelure de citron dont on a exprimé le jus... Vous voyeç bien que vous ne pouve{ pas ne pas être vainqueurs !
Une telle vie est mille fois pire que la mort, la moi t préférable à la vie. N'écoutez jamais la voix de ces hommes qui vous prouvent de par l'Evangile que vous avez le droit d'être libres, et finissent par vous exhorter à courber la tète sous l'esclavage. Ce sont des demi-hommes qui, de peur de mourir, préfèrent se rendre indignes de vivre.
Un peuple qui n'est pas libre n'est pas digne de l'être.
Soyons d'abord libres, puis nous serons chrétiens selon la loi de Dieu.
Par vivre selon la loi de Dieu, Miïnzer entendait le communisme, qu'il définissait ainsi: T)e la possibilité commune à chacun selon ses besoins. L'essai du communisme que sous le nom de Régime chrétien, il fit à Mulhausen, donna un si touchant spectacle de vertu et de fraternité que les écrivains les plus ennemis du peuple n'ont pas osé le flétrir. {Voye^ Histoire du socialisme, t. I, pages 120-134, par B. Malon).
Ce que fut la communauté de Mulhausen qui aurait peut-être fait boule de neige si les paysans a\aient vaincu et qui en tous cas, aurait déteint sur les rapports économiques nouveaux, les lignes suivantes nous en donneront une idée.
« Mulhausen o.Trit alors un spectacle qui vaut qu'on le rappelle dans l'histoire des triomphes de la pensée. Sans qu'une goutte de sang eût été répandue, sans l'intervention de la force et par l'unique effet de l'entraînement général, tous se mirent en famille comme au temps des apôtres. Aux moins forts les moins durs travaux, et à chacun dans la hiérarchie sociale des fonctions conformes à ses aptitudes. Toutes les fonctions étant également honorées et n'aboutissant à d'autre différence que celle des devoirs, absence d'orgueil dans le commandement et obéissance volontaire. Dès lors, aussi, nulle prise pour les brigues, pour la cupidité, pour les rivalités haineuses, pour les sordides ambitions. C'était la famille agrandie. (Histoire de la ^Révolution, — note finale du premier volume — par Louis Blanc.)
(1) Etablis en Allemagne vers l'année 1630, sous le gouvernement de Hutter et de Gabriel, leur nombre ne s'est pas élevé à moins de soixante-dix mille, formant une même famille.
Pour donner une idée de cette association extraordinaire, nous nous bornerons à citer le plus violent des détracteurs de l'anabaptisme :
«. La demeure des frères rebaptisés ou Frères Moraves, était toujours à la campagne dans les terres de gentilshommes de Moravie quitrouvaient leur intérêt à les donner à ferme à une colonie d'anabaptistes. Ceux-ci rendaient toujours aux seigneurs dont ils cultivaient les campagnes, au mo'ins le double de ce qu'on en aurait tiré d'un fermier ordinaire. Dès qu'un domaine leur avait été confié, les bonnes gens venaient y demeurer tous ensemble, dans un emplacement séparé.
« Chaque ménage particulier y avait sa hutte bâtie sans ornement, mais, au dedans, elle était d'une propreté à faire plaisir. Au milieu de la colonie, on avait érigé des
sociales, n'apportèrent rien ni en théorie ni en pratique au communisme auquel l'inspiration chrétienne, même hétérodoxe, n'avait décidément pas porté bonheur.
Mais voilà que pour la protestation communiste, la vie s'annonce ailleurs.
Par Thomas More et ses successeurs elle reprend force et renouant la chaîne des temps, après avoir, elle aussi, inauguré sa Renaissance, elle entre définitivement dans le grand courant philosophique, politique et économique moderne.