‹ Le socialisme intégralChapitre 48 sur 108 · LES EPIGONES · texte numérisé non relu

LES EPIGONES

« II faut transformer en institutions sociales toits les commandements, tous les enseignements du christianisme . . .

« La réforme communiste qui s'impose, doit se faire sans violence et sans spoliation, par l'association des travailleurs. Les ouvriers d'un métier se réunissent, mettent leurs épargnes en commun, font un emprunt, produisent à leur compte, remboursent le capital emprunté à force de privations, s'assurent mutuellement un salaire égal et laissent les bénéfices au fonds commun, de sorte que l'atelier coopératif devient une petite communauté industrielle. ,

« Que tous les ouvriers fassent ainsi, et le problème social sera résolu . »

Moins orthodoxe, mais non moins religieuse la 'Doctrine fusionnienne, de Louis de Toureil, qui amena à elle des prolétaires de la valeur morale de Gardèche et de Bedouch. Elle est toute basée sur ce principe :

« Tous les êtres de l'univers formés d'une même substance et destinés a réaliser l'être universel, doivent vivre les uns dans les autres, ce qui implique l'amour universel. »

Le reflet social d'une semblable immersion dans l'être universel ne pouvait être que le communisme le plus parfait, et c'est en effet le communisme idéal qui règne dans les Tolyâmes du monde fusionien.

Nous rentrons dans le monde réel avec Raspail qui réunit aussi quelques disciples dans les bureaux du Réformateur, commandité par de Kersausie, noble breton, type achevé du serviteur dévoué de l'humanité et entièrement acquis aux causes justes.

Raspail avait été frappé de la déperdition des richesses et des forces dans la société individualiste, et il voulait, par l'association des efforts et par l'organisation des services de consommation, accroître les ressources et le bien-être, faire circuler la vie dans le grand corps politique avec la même puissance et la même régularité que dans le cœur humain, en un mot « faire de l'Etat une grande famille »

Mais la véritable originalité socialiste de Raspail est dans sa critique non surpassée encore, bien que vieille de plus d'un

demi-siècle, du système pénitentiaire. Avant les criminologistes modernes il a réduit la responsabilité à ses justes limites et ses conclusions sont autrement pensées, autrement humaines :

u On ne se venge pas d'un malade, on le soigne pour

le rendre à la société... Constatez la nature de la maladie... appliquez le dictame sur la plaie, puis cherchez le remède. . . la vertu prend pour épitaphe de sa tombe : « Ci-gît celui qui est « mort avant d'avoir failli, et qui, pendant sa vie, a toujours « pris pitié de ceux dont la mort a été moins précoce ». Et un peu plus bas : « La motte de terre qui, ici, sépare mon corps du « corps de mon voisin est bien plus épaisse que celle qui me « retint sur le bord du précipice où il traîna sa vie »

« Oh ! ce n'est pas le coupable de profession qui écoute à la barre, c'estl'homme de bien, c'est la femme bonne, qui se demandent dans le fond de leur cœur : Que m'a-t-il manqué pour me trouver au moins une fois dans ma vie à l'une des places occupées par l'accusé? Que m'a-t-il manqué? Hélas rien qu'une chose : la rencontre face à face d'une mauvaise disposition de mon corps, d'un côté et d'une circonstance favorable de l'autre ! c'est-à-dire la rencontre de deux choses dont aucune n'a dépendu de moi.

« Où sont les parvenus qui n'ont pas trahi ? Où sont les enrichis qui n'ont pas volé ? Où sont les moralistes qui n'ont pas péché ? Où sont les magistrats qui n'ont pas failli ?

« Nous avons le ferme espoir de voir un jour remplacer l'institution des cours d'assises, ultrices, par ces mots plus sympathiques :

« Soins et consolations pour les incurables. Protection et « pardon complet pour ceux qu'on aura une fois guéris (i). »

En toutes choses les socialistes de ce temps faisaient surtout ressortir le côté humanitaire des questions, en écartant les revendications trop brusques ; le communisme lui-même avait poli ses angles. Sous le pontificat de Cabet il se purifia de toute arrière-pensée révolutionnaire, de toute théorie effarouchante

(1) F.-V. Raspail, dans le Informateur de 1835, reproduit dans les Réformes sociales (publiées par le fils de Raspail, en 1877).

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