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LA LUTTE DES CLASSES

doublement du Cap de "Bonne-Espérance, dû à Vasco de Gama et à Magellan (auparavant tout le commerce de l'Extrême-Orient et des Indes devait prendre la route de Suez, par terre) ;

La découverte de la boussole, qui donna au commerce maritime une sécurité, une promptitude qu'il n'avait pas connues encore ;

La découverte de la poudre à canon, qui mit fin à la prédominance militaire de la noblesse.

Par voie de conséquence, on eut ensuite :

Une plus grande sécurité de la propriété roturière ; la destruction des vieux châteaux-forts (ce qui consomma la ruine militaire de la noblesse indépendante) ;

La suppression des lansquenets et des hommes d'armes, auxquels il ne resta d'autre ressource que de chercher du travail dans les ateliers de la bourgeoisie.

D'ordre plus strictement économique sont les initiatives suivantes également agissantes :

La canalisation des fleuves, le creusement de nombreux canaux, la construction des grandes routes de communication ;

Les premières applications du système colonial .

Enfin r accroissement continu de la production industrielle, qui aurait suffi à elle seule à rendre inévitable la révolution politique et sociale future (i).

De tout ce renouvellement, la production et l'échange reçurent une impulsion inouïe. L'ancien mode de production (ère des métiers) ne put suffire aux besoins croissants. Par suite donc des nouveaux débouchés et du changement de vie, le métier entouré de privilèges féodaux fit graduellement place à la manufacture ; la bourgeoisie, déjà riche et puissante, s'achemina à la prépondérance, marquée au point de vue économique par l'avènement du capitalisme (2).

Les premiers succès furent tels, que dans les républiques

(1) Voyez sur ce dernier point l'opinion de deux économistes non suspects de tendances socialistes, H. Pigeonneau : Histoire du commerce de la France ; Th. Funck- Brentano : L'Economie politique patronale.

(2) Comparez K. Marx et Engels : Le manifeste des communistes, Ferdinand de Lassalle : Le programme des travailleurs.

industrielles, c'est le travail qui fut anobli et l'on alla jusqu'à dégrader la noblesse (i).

Dans les monarchies les plus absolues, la bourgeoisie contraignit le souverain à compter avec elle.

Même mouvement ascensionnel au point de vue intellectuel. Plus hardi que le clergé, comprimé par le dogme ; plus studieuse que la noblesse, amollie et domestiquée par la royauté, la bourgeoisie devint bientôt la dépositaire de la science naissante et la propagatrice des idées nouvelles d'émancipation civile et politique.

Ofut l'âge héroïque delà bourgeoisie militante, qui venait de fonder en Hollande un asile inexpugnable de la liberté, — mise en péril par le renouveau de fanatisme et de férocité qui avait suivi les guerres de religion et corrélativement par l'apogée du monarchisme en France. — Aussi bien, lorsque, glorieusement, après l'incomparable XVIIIe siècle, la bourgeoisie française, devenue la première du monde, présida à la Révolution de 1 789, on put croire qu'elle portait toutes les justices dans les plis de son drapeau tricolore. Et c'est pourquoi les nations acclamèrent la Révolution, c'est pourquoi le peuple français s'y jeta d'un tel élan, qu'avec lui le Tiers-Etat put briser, comme verre, les résistances monarchiques de toute l'Europe. Le résultat fut de livrer, en droit et en fait cette fois, le gouvernement du monde à la classe bourgeoise d'Occident et, par voiede conséquence, d'ouvrir toute grande l'ère du capitalisme.

Mais si elle apportait la liberté politique et l'émancipation civile, la nouvelle classe dominante ne voulait rien moins que la justice économique. Maîtresse du marché mondial, souveraine de l'industrie, détentrice du pouvoir politique, elle n'eut rien de plus pressé que de s'octroyer des privilèges de classe et de faire, c'était dans la logique des choses, de la propriété capitaliste le pivot de la nouvelle organisation sociale, comme la propriété féodale avait été le pivot de la société du Moyen-Age » (2).

(1) A Florence, le titre de noble ou de grand fut un moment répute infamant et il entraînait la perte des droits politiques. On l'infligeait comme punition aux délinquants. En 179^, dans plusieurs districts de la République, on imita les procédés florentins, et certains paysans, traîtres a la cause de la Révolution, furent, par punition et en signe d'infamie, déclarés nobles par les sections révolutionnaires, jugeant en dernière instance.

(2) Ferdinand de Lassalle : Op. citata.

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