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Ô SOCIALISMBS RUSSE ET ANARCHISTE

Eglise, Forum juridique, Banque, Université, Armée et Police, qui ne sont que les forteresses du privilège contre le prolétariat.

« Un moyen particulièrement efficace est de brûler tous les papiers, pour supprimer la famille et la propriété jusque dans l'élément juridique de leur existence.

« L'œuvre est colossale, elle sera pourtant accomplie ; la misère croissante grossit toujours l'armée des mécontents qu'il s'agit de transformer en révolutionnaires instinctifs, chose d'autant plus facile que la Révolution elle-même, ajoutait erronément le puissant agitateur mise, n'est que le développement des instincts populaires. »

Voilà le programme que, sans prétendre le justifier, nous avons tenu à reproduire fidèlement.

Les anarchistes contemporains le suivent à la lettre, en mettant au-dessus de tout la propagande par le fait, en se refusant à toute activité légale (comme par exemple l'exercice du droit électoral), et en poussant, en toute occasion, à l'action immédiate, soit individuelle, soit collective.

Le but flottant dans les lointains troubles du rêve, c'est le communisme libertaire, l'idéal caressé par beaucoup de grands et bons esprits d'un état harmonique où les mœurs remplaceront les lois dans le communisme parfait (la propriété et la famille étant abolies) et dans la solidarité universelle.

Cet idéal des Kropotkine, des Elisée Reclus, des Cipriani, des Louise Michel, des Johann Most, des Spies, n'a rien de déraisonnable. Guillaume de Humboldt insiste sur la nécessité absolue « du développement humain dans sa plus riche diversité » . Il n'est pas jusqu'au sociologue réactionnaire Herbert Spencer qui n'exprime lui-même l'espoir qu'un jour florira une humanité moralement parfaite, jouissant dans la pleine liberté de l'harmonie mentale et ayant une organisation sociale adéquate, c'est-à-dire infiniment supérieure à la nôtre. Dans cet Eldorado, chacun accomplira ses devoirs sociaux avec une joie intime et comme instinctivement. Un bonheur général ineffable en résultera (i).

Ce sont là des autorités recommandables.

(i) Herbert Spencer : La Morale cvolutionniste .

Seulement l'erreur des anarchistes est de prétendre que par la seule impulsion d'une révolution violente nous jouirons hic et nunc de cette civilisation aux splendeurs morales et sociales inespérées.

Sur ce point, la propagande anarchiste ne prévaudra pas contre le socialisme des ^Partis ouvriers, soutenant, avec raison, qu'après la révolution (si toutefois l'inévitable transformation sociale doit sortir d'une révolution violente), il faudra passer par une assez longue période éducative de justice économique et de collectivisme progressif.

« Du soleil et des mondes je ne sais que dire • je ne vois que la misère des hommes... Si je suis l'Esprit qui toujours vit, c'est avec raison, car tout ce qui existe n'est bon qu'à s'en aller en ruines et ce serait bien mieux s'il n'existait rien. »

Ces paroles d'un sens si profond, que Gœthe met dans la bouche de Méphistophélès, traduisent fidèlement l'état d'esprit des anarchistes et l'expliquent.

Démontrer le mal fondé des théories anarchistes est chose facile. Il n'en est pas moins vrai que tant que dans une société où l'on parle de justice sociale, vous aurez des iniquités et des souffrances comme celles qui déshonorent notre prétendue civilisation,vous aurez cette protestation furieuse, dont seul le socialisme aura raison, en mettant fin aux misères et aux iniquités présentes.

Vil. Les intégralistes

L'hétérodoxie des socialistes que, faute d'un mot mieux approprié, nous appellerons « intégralistes », n'a pas ce caractère de négation radicale.

La plupart de ces non-conformistes acceptent les données générales du socialisme réaliste. Le fait de la lutte des classes dominant l'histoire leur paraît incontestable ; ils se gardent aussi de nier l'influence de la technique sur l'organisation du travail.

202 LES INTEGRALISTES;

Ils reconnaissent également que la socialisation des forces productives ne pourra être effectuée qu'en suivant la piste de la monopolisation : les institutions de crédit, les mines, les chemins de fer, les canaux, la traction urbaine, les services d'intérêt communal, le gros commerce et la grande industrie; mais ils se refusent à renfermer toute la vie sociale dans la coquille du processus économique, et pour eux il n'est pas exact que la société politique ne soit que le reflet de la société économique ; les phénomènes religieux, politiques, économiques agissent les uns sur les autres et s'entrecroisent, pour déterminer le mouvement des nations (i), la prédominance restant acquise aux phénomènes

(i) Il suffirait d'un rapide coup d'oeil sur l'histoire, pour se convaincre que les grandes guerres qui ont révolutionné l'Orient et l'Occident et influé si considérablement sur son développement, n'eurent pas toujours, fait important, des causes économiques.

-Pour nous en tenir à un exemple unique, la conquête musulmane n'eut-elle pas des origines purement religieuses ? Pourtant, quelle guerre eut plus d'influence sur les destinées de l'humanité ? Des montagnes d'Altaï aux rivages de l'Océan Atlantique, du centre de l'Asie aux confins de l'Afrique occidentale, tout tomba sous le terrible cimeterre, tout fut livré à une subversion totale. Pour des causes religieuses, les deux tiers du monde connu changèrent brusquement d'état, de lois et de mœurs. Nous pourrions aussi faire ressortir l'influence, sur le développement politique et économique, des croisades, également d'inspiration exclusivement religieuse.

Mais l'espace nous presse et nous nous contenterons de rappeler quelques faits politiques et religieux, d'ordre secondaire, qui ont considérablement pesé sur le développement économique de l'Europe moderne.

La ruine matérielle et le déclin de l'Espagne sont dûs initialement à l'expulsion des Maures, fait religieux et politique ; l'annexion passagère du Portugal à l'Espagne par Philippe II, événement exclusivement politique, fait perdre à la noble nation lusitanienne la plus grande part de ses colonies, au profit de l'Angleterre et de la Hollande, dont commence ainsi la puissance coloniale.

La révocation de l'Edit de Nantes (1683) fut, sans conteste, un fait religieux ; elle eut pour effet de tuer la naissante industrie française, de fortifier la Hollande et l'Angleterre et de commencer la grandeur de la Prusse. C'est la participation de la France à la guerre de Sept Ans, une participation due à des influences purement dynastiques, c'est-à-dire politiques, qui fit perdre à la France son magnifique empire colonial.

Un autre fait purement politique, l'annexion passagère de la Hollande à la France, fit perdre à la première ses plus belles colonies. De cette série de faits politiques ou religieux est issu en quelque sorte l'immense empire colonial de l'Angleterre.

Souvent la politique commande l'économie : les proscriptions politiques des Médicis aboutissent à la création de la fabrique lyonnaise, par les républicains florentins exilés. De même, les exilés bernois de 1793 fondent l'industrie horlogére de Besançon, et les exilés lyonnais de 1834 instaurent, à Zurich, l'industrie de la soie, etc., etc.

Enfin, les périls que fait courir à l'Europe actuelle la perpétuelle menace d'une guerre effroyable ne, proviennent pas de causes économiques, mais de certains antagonismes de race et d'un chauvinisme anormalement surexcite par des intérêts dynastiques et par d'incompressibles aspirations nationalistes.

économiques qui furent, au début des civilisations, les uniques propulseurs, mais dont l'importance est décroissante. Ce fait n'a pas échappé à Buckle, l'auteur pourtant si matérialiste de l'Histoire de la civilisation en ^Angleterre, lorsqu'il a noté l'influence croissante des lois mentales comme un signe caractéristique de la marche de la civilisation.

Fouillée a ouvert de ce chef une voie féconde aux sociologues avec sa théorie des idées-forces, qui peuvent pourtant avoir pris naissance dans un cerveau rebelle aux courants de son époque, c'est-à-dire avoir une origine toute subjective (i). S'il en est ainsi des idées ou théories abstraites, à plus forte raison il en est de même des sentiments proprement dits qui sont autrement profonds, autrement contagieux, autrement agissants que les idées pures.

Tenant compte de ces forces impondérables et désireux de s'emparer des meilleures, les novateurs ne doivent pas se contenter de faire appel aux intérêts de classe du prolétariat, ils doivent aussi invoquer toutes les forces sentimentales et morales résidant en l'âme humaine. Admettant avec Berthelot (2) que « les forces morales sont le principal ressort qui maintient les hommes et les nations» ; avecProudhon, que « pour changer la constitution d'un peuple il faut agira la fois sur l'ensemble et sur chaque partie du corps politique » (3), et avec Hector Denis, qu' « il y a corrélation entre l'évolution économique et l'évolution morale », ils considèrent qu'ils doivent participer, en conséquence, à tous les combats pour l'amélioration des conditions et des rapports sociaux : réforme familiale, réforme éducative, revendications politiques et civiles, émancipation des femmes, élaboration philosophique, adoucissement des mœurs, etc. ; car pour eux la question contemporaine n'est pas seulement sociale, elle est aussi morale.

(1) « Toute volonté forte tend à créer une volonté de même direction chez les autres individus ; toute adaptation de la conscience a un phénomène supposé, par exemple à un événement futur ou un idéal lointain, tend à se propager dans les autres consciences, et les conditions sociales favorables à l'apparition du phénomène tendent ainsi d'ellesmêmes à se réunir, par le seul fait qu'une seule conscience les a perçues en elle-même comme réunies. » (Guyau : De l'hérédité et de l'éducation.) . (2) Berthelot : La Philosophie de la Science.

(3) Proudhon : De la cabacité politique des classes ouvrières.

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Emerson a dit en son langage mystique, quelquefois d'un sens si profond : « Lorsque la science sera enseignée par l'amour, lorsque ses pouvoirs seront réglés et dirigés par l'amour, alors toutes nos œuvres aujourd'hui si pauvres apparaîtront comme les suppléments et les continuations de la création matérielle ».

Mettons cette pensée au point et nous verrons qu'il faut viser à l'amélioration de l'homme, en même temps qu'à la transformation des institutions,

« Vu de haut, le développement de l'Humanité a pour point de départ la brutalité égbïstique s'épanouissant dans la loi zoologique de la lutte pour la vie. Les alternatives de victoire et de défaite, dans les conflits des forces individuelles, amènent le moi d'abord exclusif à la conception du non moi, du moi d'autrui, l'égalisation des forces conduit aux transactions et à une forme supérieure : Y association pour la lutte, que la nature elle-même enseigne d'ailleurs, en faisant souvent une condition de la conservation des espèces, non seulement animales, mais encore végétales. Dans cet état, il arrive que la sociabilité sympathique se manifeste, que l'altruisme fait son entrée dans le groupe organisé.

« C'est le premier stade.

« Plus tard, les différents groupes, en restant ennemis ou étrangers, arrivent à l'estime mutuelle ; alors les premiers germes de la solidarité humaine ont pris racine : il ne s'agit que de les cultiver.

« C'est le deuxième stade.

(( Plus tard encore et avant que le deuxième stade soit arrivé à sa complète réalisation, une conception supérieure de la vie pénètre les cerveaux les plus progressifs, et leur fait voir en espérance l'Humanité véritablement adulte, répartissant d'une main équitable les devoirs et les droits, le travail et le bien-être entre tous ses enfants — compte tenu de leurs forces et de leurs besoins — et, digne souveraine du globe, versant sur toute vie le dictame de bonté et de justice; diminuant la souffrance universelle, épurant le bonheur, créant la solidarité et enseignant, selon la profonde parole de Tolstoï, que l'homme n'a qu'une mission sur sa planète : Y amour et les bonnes œuvres ; que la vie,

c'est l'amour dans la vie commune, qu'elle n'est véritablement digne, cette vie humaine, que lorsqu'elle ajoute quelque chose au bien accumulé par les générations passées.

« C'est le troisième stade, l'ère de l'altruisme ou du socialisme réalisé (i). »

La suite de ce long travail devant être employée à la justification du socialisme ainsi envisagé dans l'intégralité de ses manifestations et de ses buts, nous n'insisterons pas davantage dans ce chapitre déjà trop étendu.

Mais nous ne terminerons pas sans signaler les nouvelles conquêtes du socialisme parmi les meilleurs de l'élite intellectuelle contemporaine.

Aux beaux jours de l'efflorescence idéaliste, les adhésions étaient surtout littéraires ; aujourd'hui où l'observation et la classification des phénomènes sociaux sont la base de la propagande socialiste, c'est aussi parmi les studieux que l'idée nouvelle fait des recrues précieuses. Ainsi se constitue ce que l'on pourrait appeler le socialisme professoral, riche déjà de noms et d'œuvres. Le socialisme dit, dans son magnifique langage, le plus célèbre représentant du socialisme professoral, « le socialisme s'est « propagé sous des formes diverses d'une façon prodigieuse. « Sous sa forme violente, il s'empare de l'esprit de presque « tous les ouvriers engagés dans l'industrie : en ce moment « même, il envahit la campagne... Sous une forme scientifique, « il transforme l'économie politique sous la forme de socialisme « d'Etat, il siège dans les cabinets des pasteurs de l'Eglise « catholique et plus encore dans ceux des ministres des divers « cultes protestants (2). » Sève nouvelle d'une humanité en crise de transformation, il vivifie toutes les branches du savoir humain,

En France, il pénètre les sciences anthropologiques avec Ch. Letourneau et Abe\ Hovelacque ; la philosophie pure, avec Fouillée et le regretté Guyau ; la science politique avec Albert Regnard, Emile Acollas, Elie Reclus ; l'économie politique, avec Ch. Gide, Cauwès ; l'histoire littéraire, avec Georges Renard ; le roman avec Léon Cladel ; la poésie, avec Sully-Prudhomme.

(1) B. Malon : La Morale sociale.

(2) Emile de Laveleye : Le Socialisme contemporain,

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Le nom de Schaeffle, ancien ministre, auteur de l'œuvre très considérable Tïau und Leben des socialen Korpers, qui fait autorité dans la science sociale, suffirait à l'illustration du socialisme professoral allemand, et nous avons encore à mentionner Duhring, l'auteur du livre remarquable Die IVirklichkeilsphilosophie, si cruellement critiqué par Engels, et néanmoins fort suggestif.

D'inspiration différente, mais socialiste aussi, sont Rudolph Meyer, disciple de Rodbertus, de Carlo Mario, et auteur du livre célèbre Eman^ipationskampf des vierten Standes ; Léopold Jacobi, auteur de Ideen der Entwickelung ; Hausen, le savant économiste agraire qui conclut comme de Laveleye.

Ces socialistes professoraux sont suivis de près par l'armée des Katheder-so^ialisten (socialistes de la chaire), dont quelquesuns comme A. Wagner et Schmoller vont très loin dans la voie socialiste.

En Espagne, ce sont, avec C. de Azcarate, auteur d'Historia del derecho de proprietad, d'anciens présidents de la République, Salmeron et Py y Margall, qui tiennent la tête du socialisme professoral ; en Portugal, c'est le savant historien Oliveira Martins ; c'est Bonança, c'est Théophile Braga, c'est Magallaès Lima ; en Suisse, par boutades, Ch. Secrétan, l'auteur de la Philosophie de La liberté, l'économiste Léon Walras, qui se rapproche également, sur les traces de Hausen, du collectivisme agraire ; en Italie, le sociologue Colajanni et les économistes Loria et Martora.

Le socialisme professoral compte fièrement parmi les siens en Belgique ; Emile de Laveleye, le plus célèbre des économistes contemporains, l'auteur du livre devenu classique : De la propriété et de ses formes primitives. Puis viennent Hector Denis, le distingué professeur d'économie politique à l'Université de Bruxelles ; Guillaume de Greef, le savant auteur de Y Introduction à la Sociologie, professeur de sciences sociales à l'Université de Bruxelles ; enfin le regretté César De Paepe, l'ancien théoricien de V Internationale qui fut dans les dernières années de sa vie le maître le plus écouté du collectivisme moderne.

En Angleterre, la voie fut ouverte par J.-S. Mill, l'économiste philosophe ; Russel Wallace, le glorieux émule de Darwin,

suivit immédiatement en se faisant le champion du collectivisme agraire dont Henri Georges a si rapidement popularisé les théories en Amérique et en Angleterre. Ne pouvons-nous pas compter aussi parmi les conquêtes du socialisme, dans l'élite intellectuelle anglaise, William Saunders, Schaw-Lefebvre, Symer, Savage, Bernard Shaw et les deux femmes éminentes qui ont nom : Annie Besant, la militante aux buts trop changeants, et Hélène Taylor, la digne belle-fille deJ.-S. Mill?

En Amérique, ce sont les Caro Wright, les Clark et toute une pléiade de professeurs qui humanisent l'économie politique en lui donnant des buts partiellement socialistes.

Le socialisme contemporain, qui va jusqu'à hanter par moments les têtes couronnées, pénètre des milieux non moins réfractaires aux novations et c'est ainsi que nous voyons naître et se développer sous nos yeux le socialisme chrétien, qui révolutionne l'Amérique avec Mac Glynn, avec les Chevaliers du Travail et devient une puissance en Angleterre avec le cardinal Manning et l'évêque de Bagshawe ; en Allemagne avec le chanoine Moufang et le pasteur Stœcker ; en Autriche, avec les Belcredi, les Lichtenstein ; en Suisse, avec les Decurtins; en France, avec les de Mun, les Lœsevitz, les Latour du Pin Chambly, les Drumont, tous hommes qui descendent vaillamment dans l'arène et ont la prétention, eux, fils du passé, de marcher à l'avenir avec les prolétariats révoltés qu'inspire pourtant une idée bien différente de l'idée chrétienne (i).

(1) Le socialisme américain contemporain, que je ne puis que mentionner ici, est subdivisé en quatre éléments principaux :

1° L'élément américain, qui a sa part d'influence chez les Chevaliers, du Travail et qui a produit les puissantes organisations de la Broderhood of engineers (la Fraternité des mécaniciens), exclusivement professionnelle, mais presque aussi puissante que les Chevaliers du Travail, des Greenbackers, dont le' but est surtout l'abolition des gros monopoles et la réforme financière, et les Grangers, organisation agricole analogue aux Chevaliers de Travail. Au même élément appartiennent surtout les Trade's Unionistes et les Souverains de l'industrie.

2" L'élément allemand, qui s'inspire des doctrines de Karl Marx et compose en grande majorité le Parti Ouvrier Socialiste (Socialist Labor Party), en tête duquel nous trouvons, avec les Allemands Schewitsch et Justus Schwab, Laurence Grounlund, le distingue écrivain socialiste américain, l'auteur de The Coopérative Commonwealth (La Republique sociale).

La plupart des groupes anarchistes se recommandent aussi de l'élément allemand;

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A leur tour, les hommes d'Etat les plus éminents prétendent vouloir les réformes possibles.

Ainsi la pression des événements et les progrès de l'idée impulsent le socialisme contemporain ; ils l'armeront bientôt de réformes successives, préparatrices de la transformation sociale devenue inévitable.

Dans la première partie de ce livre que la présente étude termine, nous avons surtout voulu dire aux progressistes : Voyez, jamais l'armée de l'avenir ne fut plus nombreuse et jamais, sur le fond rouge de son drapeau déployé, ne flamboyèrent plus nobles devises. Lisez plutôt : Emancipation de tous les opprimés, de tous les exploités ; Rénovation totale par la bonté, l'amour, la science, la justice et la solidarité.

Ainsi armorié, l'étendard fédéral de l'élite humaine porte dans ses larges plis, aussi sûrement et pour une meilleure cause que le Labarum du Pont Milvius, le signe fulgurant de la victoire prochaine.

Ne vous attardez pas sur la vieille rive, près des saules babyloniens, à regarder couler tristement le fleuve des choses qui passent ; le pont est jeté ; ceignez vos reins et venez d'un cœur ferme à l'armée des prolétariats socialistes en marche pour la conquête d'une civilisation supérieure. Là est le devoir, caria est le combat pour l'émancipation des asservis, pour l'amélioration morale, pour le mieux-être social de tous.

par Johann Most, qui est plutôt d'ailleurs un révolutionnaire exaspéré qu'un anarchiste.

3° L'élément irlandais, si brillamment représente par le parti d'Henry Georges et par les Chevaliers du Travail.

4° L'élément français, qui, par la propagande fourieriste de 1838-1843, implanta, concurremment avec les disciples de Robert Owen, le socialisme en Amérique et qui eut encore quelque action, par les proscrits, après 1851 et 1 87 1 , n'a plus aucune influence depuis l'amnistie de 1880. Depuis surtout la mort du regretté Charles Pelletier — ancien député, proscrit de 1851, et le sympathique auteur (X Atercratie et d'un essai de Dictionnaire socialiste — et depuis le retour en France de Frederick Tufferd, ancien rédacteur de Y Union Républicaine et du Socialiste.

L'orateur du parti français, véritable tribun populaire, le citoyen Drury, ouvrier sculpteur, proscrit de 1 87 1 , est resté à New-York ; il est très agissant et très écouté du public socialiste révolutionnaire international, qui voit en lui un de ses chefs. Par son ami Justus Schwab, Drury fraye volontiers avec les groupes allemands qui sont les plus révolutionnaires des États-Unis et (fait à noter) les plus fidèles çommémorateurs de la Commune de Paris.

En développement de cet appel, nous nous sommes efforcés de montrer ce qu'est le socialisme, vu dans l'ensemble de ses doctrines, de ses actes et de ses aspirations.

Maintenant il nous reste à rechercher ce queveut le socialisme. Ici nous nous adressons surtout aux adversaires en leur disant : On vous affirme que le socialisme c'est la spoliation universelle et le déchaînement des mauvaises passions. C'est au contraire pour mettre fin à l'un et à l'autre qu'il prendra le gouvernement du monde. Sans doute il condamne les vieilles formes religieuses, politiques, propriétaires, familiales; mais en cela il n'est que l'exécuteur des arrêts du temps, le seul et impitoyable destructeur; c'est lui qui, armé de sa faux légendaire, élimine infatigablement, rejette dans la fosse commune du passé, tout ce qui a rempli sa destinée, tout ce qui doit, conformément à la loi universelle du perpétuel devenir et des formations successives, faire place à des formations nouvelles qui auront, elles aussi, leur cycle d'évolution. Il en est ainsi, tout le proclame, des anciennes institutions survivantes au milieu qui les nécessita et devenues par suite incapables de contenir plus longtemps l'humanité qui s'est développée et a grandi.

En pareille situation, l'œuvre du socialisme est surtout reconstructive. Laissant les vieilles choses à leur destin, il élabore les principes fondamentaux de l'ordre nouveau et en prépare la réalisation.

De quelle façon il entend cet ordre nouveau, nous allons tâcher de l'indiquer sommairement dans les études suivantes, pour que l'on puisse comparer de bonne foi et dire, en connaissance de cause, de quel côté sont la morale et la justice.

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