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LA MORALE DANS LES TEMPS MODERNES

Il est vrai que par ses postulats de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme il déroge à son principe, et de la façon la plus fâcheuse, en tombant dans les sanctions extra-terrestres des morales religieuses, dérogation que lui a justement et vivement reprochée Schopenhauer (i).

Les trois grands motifs de la morale kantiste ont été formulés comme suit :

« Toutes les actions moralement bonnes doivent dériver des lois morales que nous prenons pour maximes, et les lois ellesmêmes doivent émaner du principe suprême de la moralité, qui veut universellement et nécessairement. Ce n'est qu'à certaines conditions que les actions des hommes auront des règles certaines et déterminées. Ce principe général suprême peut être exprimé de différentes manières, mais qui ne diffèrent point, quant au fond.

« I. — Agis d'après des règles et des maximes telles que tu puisses vouloir qu elles soient érigées en lois générales pour toi et pour les autres hommes. Si, par exemple, nous ne pouvons jamais vouloir que ce soit une maxime générale parmi les hommes de tromper, de voler, d'abréger sa vie par l'intempérance, nous rejetterons cette maxime comme moralement mauvaise.

« II. — 5\y traite jamais les êtres raisonnables, toi-même ou les autres, comme de simples moyens pour des fins arbitraires, mais comme des fins en soi. Ceux-là manquent à cette maxime qui ne

féodalisent, et bientôt, à la tête de toute la moinerie catholique, elles tentent de nouveau la conquête de l'Occident, sous prétexte que les Infidèles gardent à Rome le tombeau des apôtres Pierre et Paul. Les Germains sont encore vaincus par les fédérés républicains d'Occident. Mais cette nouvelle victoire a pour résultat de faire réfléchir les vaincus, ils s'éprennent de la civilisation occidentale, et au retour ils proclament la réforme religieuse et entrent dans le cercle des peuples occidentaux, dont la marche vers le progrès est si rapide qu'en l'an iooo ils se sont déjà constitués en Etats-Unis d'Europe s'epanouissant chacun dans la paix générale, dans la liberté politique et dans la justice sociale.

C'est une forte et juste critique que cette utopie d'un sage et savant philosophe contemporain.

(i) Tout cela repose sur cette hypothèse que l'homme dépend d'une volonté étrangère qui lui commande et lui édicté des châtiments et des récompenses... Morale d'esclaves... (Schopenhauer : Le Fondement de la Morale).

se servent de leur raison que pour se procurer de nouveaux moyens de jouissance et en oublient la principale destination.

« Il en est de même de ceux qui traitent les autres hommes comme de simples choses, ainsi que de ceux qui compriment la liberté de conscience d'autrui par des vues intéressées, ou qui le trompent dans leur intérêt.

« III. — Agis d'après des maximes telles que toi-même, si tu étais législateur universel, tu puisses les ériger en lois pour des êtres raisonnables. Ce que tu veux que les autres fassent ou ne fassent pas à ton égard, toi-même fais-le ou ne le fais pas par rapport à eux. Il y aurait contradiction dans ta propre raison, si tu voulais que quelque chose te fût permis, quand ta raison trouverait d'ailleurs qu'il ne peut l'être aux autres.»

Le devoir kantiste a deux grandes divisions :

Les devoirs envers soi, dont voici l'énumération:

« i° Chercher à conserver et à relever la dignité humaine : 2° conserver notre vie; 30 conserver nos facultés intellectuelles et travailler à les développer; 40 conserver notre santé ; 50 conserver notre bonheur.»

Les devoirs envers autrui ont pour formule:

« i° Respecter les autres êtres comme des êtres raisonnables ; 20 conserver et augmenter leur dignité d'hommes; 30 conserver la vie, la santé et toutes les forces corporelles des autres hommes; respecter et conserver leurs biens ; 40 être véridique ; S0 respecter nos engagements.

Les devoirs se divisent encore en devoirs parfaits (obligatoires) et devoirs imparfaits (facultatifs).

Règle générale : ne pas faire le mal est obligatoire, faire le bien est facultatif.

Noble et simple dans ses inspirations, élevée et pure dans ses buts, l'éthique kantienne a été moins heureuse dans la recherche de son critérium moral qu'elle a cru trouver, non pas dans les sentiments affectifs et dans les intérêts sociaux de l'être humain, mais dans cette chose indécise et mouvante qui a nom la conscience humaine (1).

(1) Bien des gens s'étonneraient s'ils pouvaient voir de quels éléments cette conscience, dont ils se font une si pompeuse idée, se compose exactement : environ 1/5 de crainte

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