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III. L'État moderne

Lorsque nous retrouvons l'État après dix longs siècles de zélotisme chrétien et d'anarchie féodale, il n'est guère moins oppressif que l'ancien. Une précieuse amélioration toutefois, la

portait la perte de toutes sortes de choses, des personnes, des terres, des villes, des temples et des sépultures mêmes.

« Ils pouvaient même donner à un traité une interprétation arbitraire ; ainsi, lorslorsqu'ils voulurent abaisser les Rhodiens, ils dirent qu'ils ne leur avaient pas donné autrefois la Lycie comme présent, mais comme amie et alliée.

Lorsqu'un de leurs généraux faisait la paix pour sauver son armée prête à périr, le Sénat, qui ne la ratifiait point, profitait de cette paix et continuait la guerre. Ainsi, quand Jugurtha eut enfermé une armée romaine et qu'il l'eut laissé aller sous la foi d'un traité, on se servit contre lui des troupes mêmes qu'il avait sauvées ; et lorsque les Numantins eurent réduit vingt mille Romains, près de mourir de faim, à demander la paix, cette paix, qui avait sauve tant de citoyens, fut rompue à Rome, et l'on éluda la loi publique en envoyant le consul qui l'avait signée.

« Quelquefois ils traitaient de la paix avec un prince sous des conditions raisonnables, et lorsqu'il les avait exécutées, ils en ajoutaient de telles qu'il était forcé de recommencer la guerre. Ainsi, quand ils se furent fait livrer par Jugurtha ses éléphants, ses chevaux, ses trésors, ses transfuges, ils lui demandèrent de livrer sa personne, chose qui, étant pour un prince le dernier des malheurs, ne peut jamais faire une condition de paix. » (Montesquieu : Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence.)

(i) Salvien : Contre l'avarice. De son côté, dans le tome 1" de son Histoire de

conception d'une filialité religieuse, commune à tous les êtres humains, conception qui avait au moins amené la fermeture des cirques.

L'esclavage aussi s'était réduit et peut-être adouci, un peu sous la pression de la nouvelle idée religieuse, beaucoup sous la pression de conditions économiques qui, en ramenant les activités vers l'agriculture, transformèrent graduellement les anciens esclaves en serfs de la glèbe ; encore asservis, encore broyés, mais traités en êtres inférieurs et non plus en simple chose, comme au temps de la domination romaine.

Les conquérants germaniques ayant transformé en judicature asservie l'ancienne aristocratie romanisée, le monde dolent et obscur du travail artisan, se groupa peu à peu dans les cités, donnant naissance à une bourgeoisie active, intelligente qui commença à regarder en face et les féodaux et leurs légistes domestiqués.

Ce fut une nouvelle guerre des classes, plus noble qu'au temps de Rome, car alors la lutte entre patriciens et chevaliers d'une part, plébéiens d'autre part, n'avait qu'un objectif, le partage du butin fait sur les peuples asservis, sur les nations détruites, tandis que la nouvelle classe moyenne combattait pour la conquête de sa liberté de classe et pour la légitime possession du produit de son travail et de son commerce.

Bien entendu, de plénière liberté humaine il ne pouvait être question encore; — l'intolérance chrétienne déformait les âmes et le monarchisme absolu, mortifère survivance de l'impérialisme romano-byzantin, stérilisait ou broyait les volontés; — mais restait toujours le fait des travailleurs et des marchands luttant pour leurs intérêts contre le féodalisme parasitaire, contre le despotisme compresseur et affirmant leur force par la fondation des grandes communes, ces premières motrices des libertés modernes et par les républiques italiennes, ces brillantes réalisations de la Bourgeoisie naissante.

L'affranchissement de l'Helvétie, la révolution anglaise, l'éman-

France, notre Michelet a écrit avec une poignante précision : « Si l'on veut se donner le spectacle d'une agonie du peuple, il faut parcourir l'effroyable code par lequel l'Empire essaie de retenir le citoyen dans la cité qui l'écrase ».

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