II. Avantages des élaborations parallèles
Nombreux seraient les exemples que nous pourrions citer, nous nous en tiendrons à un seul pris dans le cercle de l'évolution socialiste, sujet de ce livre.
Il semblera étrange que la multiplicité babélique des innombrables écoles socialistes — ordinairement rivales — de la première moitié du X1X« siècle, ait eu pour résultat, non pas, comme on pourrait le croire, la déconsidération de l'idée, mais sa rapide et éclatante progression (i).
Cela s'explique pourtant .
L'exposition directe échoue souvent, ne pouvant percer la carapace d'indifférence qui protège les préjugés du plus grand nombre et la panurgerie intellectuelle contre toute novaiion idéelle ; la polémique plus incisive, frappant plus fort et plus longtemps, sur un point donné, est autrement pénétrante : elle finit toujours par forcer l'attention.
Il en fut ainsi alors. C'est aux polémiques d'écoles, souvent injustes et violentes, aux rivalités prosélytiques, aux entreexcommunications généralement injustifiables qu'elles suscitèrent, que le socialisme naissant dût sa brillante et inoubliable affirmation d'avant 1848. Certes, une seule école, un seul parti socialiste n'aurait jamais pu aboutir a l'explosion de socialisme, que la Révolution de Février projeta de la France sur le Monde civilisé .
(i) Autre exemple plus ancien et plus illustre. Sans la rivalité de Paul qui voulut éclipser la petite église judaïque de Jérusalem, le christianisme n'aurait peut-être pas conquis le monde, et il l'aurait conquis moins rapidement, sans le vivace et renaissant bourgeonnement des hérésies et des schismes. Pour fortifier l'exemple, ajoutons que le christianisme serait mort de la Renaissance artistique et révolutionnaire des pays latins, »i la Réforme protestante, venue d'Allemagne, n'avait surgi à temps pour le revivifier et le sauver ; d'une part, en lui donnant un peu d'air ; d'autre part, en le retrempant dans la fournaise des guerres de religion.