‹ Le socialisme intégral, Volume 1Chapitre 116 sur 123 · RÉPONSE A LA REVUE PHÏLOSOPHIQ.UE · texte numérisé non relu

RÉPONSE A LA REVUE PHÏLOSOPHIQ.UE

dans leur cœur d'un idéal élevé et fraternel. Voilà les sentiments. — Voyez maintenant les actes : il a fallu être dur, sec, impitoyable envers le faible, extrême dans son droit, il a fallu comploter la ruine des concurrents afin de mieux se prémunir soimême contre un semblable malheur. Homo bomini lupus.

Cette nécessité dominatrice du combat pour la vie produit la démoralisation croissante, dont nous voyons l'affligeant spectacle. Supprimez le combat, réduîsez-le à une salutaire et pacifique émulation — et, le règne des « escrocs et des aigrefins » aura vécu.

11 est bien possible cependant qu'il en subsiste encore un certain nombre, sous le régime collectiviste, de ces gens ingénieux à vivre sans rien faire aux dépens de la communauté. Mais ce seront alors de pauvres petits parasites, humbles, honteux, dissimulés dans quelque fonction inutile; on ne verra plus comme de nos jours, les escrocs et les aigrefins de la haute finance maîtres de leur époque, souverains réels sous le mensonge des constitutions, des lois et sous le bavardage vain des Chambres représentatives. L'Etat futur pourra être envahi par ces vols de sauterelles administratives qui rongent si bien nos budgets et par ces médiocres fonctionnaires auxquels un ministre spirituel ne demandait que deux qualités : l'exactitude et la paresse, mais qu'est-ce que cela en regard des énormes prélèvements du capital? N'est-il pas juste aussi de compter ^ur la possibilité et la facilité du contrôle des intéressés. Ce contrôle est illusoire de nos jours : car je suis persuadé que tous les électeurs réclament la suppression des fonctions inutiles, et cependant parmi nos gouvernants la faiblesse des uns, la complicité des autres, la trahison de presque tous condamnent la volonté populaire à l'avortement. Supposez un gouvernement presque direct, fondé sur la volonté populaire exprimée à toute occasion et promptement obéie et croyez-vous que le mal resterait incurable ?

Concluons donc : si le régime collectiviste doit exiger plus d'honnêteté que tout autre, il aura aussi pour effet de créer cette honnêteté et de donner au peuple le moyen de se mieux défendre contre les menées astucieuses des roués.

111. — Dans la fin de son travail, l'écrivain de la T^pme Philosophique reproche à Malon de semer la haine, la défiance,

et d'attaquer injustement la bourgeoisie. Et il lui dit : « Où a-t-on plus fait pour l'ouvrier que dans la grande industrie ? N'est-ce pas un cliché que d'appeler le Creusot un bagne capitaliste (i)?

S'il est vrai que Malon sème la haine contre ceux qui ont toujours fait une œuvre de haine, je l'en félicite. Trouveriezvous plus juste qu'il prêchât aux brebis l'amour du loup, aux exploités la reconnaissance pour leurs exploiteurs ? Le devoir de ceux qui aspirent vers la justice est d'éclairer les gens du peuple sur leur intérêt et celui de leurs enfants, sur le triste avenir qui les attend et surtout de les exhorter vivement à l'union, au groupement et à la défense mutuelle. Ne serait-ce pas une indignité que d'engager doucereusement à une soumission de bête de somme ceux à qui il est dû une vie d'homme ? Le peuple, comme un grand enfant, n'a que trop de faiblesse pour ses maîtres ; et quand certains économistes chantent aux bourgeois la quasisainteté de leurs privilèges, nous n'aurions pas le droit de dire aux malheureux que l'on dépouille : « Relevez donc la tête et défendez, vous aussi, vos légitimes intérêts ! » Qii'on ne se méprenne pas sur notre pensée, nous nourrissons dans nos poitrines

. . . Ces haines vigoureuses - Que doit donner le vice aux âmes vertueuses,

afin d'arriver à la destruction des iniquités qui nous révoltent et par suite au triomphe de la solidarité, de l'amour et de la paix. Comme vous le voyez c'est un haut idéalisme qui nous guide, c'est une force morale qui nous soutient.

Vous trouvez injustes ces haines et nos attaques contre la bourgeoisie. Et cependant qui a gouverné, sous des noms différents, depuis le commencement de ce siècle, si ce n'est la classe bourgeoise? Ceux qui ont joui si longtemps du pouvoir politique et de la richesse pouvaient tout. Qy'ont-ils fait? Rien. Ils ont laissé la question sociale s'aggraver et s'envenimer sans cesse. Ils ont opposé un entêtement étroit à toute tentative

(1) Sur ce point particulier nous voulons bien admettre qu'on ait fait quelque chose au Creuzot pour Touvrier depuis la fameuse grève de 1870. Aurait-on fait bien davantage, que rien ne pourrait Justifier l'oppression politique qui, dans ce pays, courbç tontes les têtes sous la dictature du maître.

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