‹ Le socialisme intégral, Volume 1Chapitre 44 sur 123 · VII. Morelly et divers · texte numérisé non relu

VII. Morelly et divers

Meslier, qui devança son temps, au fécond XVIII» siècle, sition est facile. Malgré l'agression obscurantiste que a la magistrature janséniste — rétrograde et férocement ;ive, comme l'attestent entre autres crimes judiciaioue et le bûcher de La Barre, de Calas, de Sirven et le :e atroce de Damiens, abominations suffisant à elles pour déshonorer la classe dirigeante de ce temps et jus- Li-delà, toutes les colères de la Révolution française ; — ; cette noire et sanglante offensive du roi, du prêtre et du rat, l'esprit humain, avait enfin vaincu et la protestation jniste éclatait, elle aussi, dans toutes les sections du philome triomphant. Les utopies égalitaires ou communautaires mombrables, on ne peut plus qu'énumérer : Fontenelle • bublique des Ajaojins ou des philosophes ; Varaisse d'Alais : Publique des Sèvérambes ; Van der Neck- : la République de es ; Pechmeja: le Telèphe; J. et V. d'H...: Projet de cdm-

munauté philosophe ; Gaudence de Lucques " ^Mémoires ; Terrasson: Sethos r anthropophile ; Wielland : le {Miroir cTor; Mably : les Entretiens de Thocion, etc,

Nous pourrions continuer par Mercier, Tiros de Besplas, Cumberland, André Brun, Rétif de la Bretonne, Bernardin de Saint-Pierre, Florian... Mais la liste serait interminable. Notre grand Diderot lui-même a sacrifié sur l'autel de l'Utopie communiste par sa T^publique des Galligènes et son Supplément aux Voyages de Bougainville,

Aussi bien aucun de ces réformateurs n'égala, pour la sûreté de vue et la parfaite connaissance de son sujet, l'humble instituteur Morelly, dont la Basiliade et le Code de la Nature, publiés d'abord sans nom d'auteur, furent attribués à Diderot, ce qui est déjà un éloge significatif.

Dans le Code de la Nature, Morelly se pose ce problème :

Trouver une situation dans laquelle il serait presque impossible que l'homme soit dépravé ou méchant ou du moins minimâ de malis.

Il trouve cette situation idéale dans le retour aux lois de la nature et dans la connaissance des vrais fondements de sociabilité qui sont :

i«> L'unité indivisible des fonds de patrimoine et usage commun de ses productions ;

2® Abondance et variété de ces productions plus étendues que nos besoins, mais que nous ne pouvons recueillir sans travail. D'après ces principes, la meilleure manière de fonder l'intérêt individuel serait de ;

a) Maintenir l'unité indivisible du terr^iin et de la demeure commune ;

b) Etablir l'usage commun des instruments de travail et des produits ;

c) Rendre l'instruction également accessible h tous ;

d) Conserver autour de la commune un terrain suffisant pour nourrir les familles qui l'habitent ;

e) Unir au moins mille personnes, afin que chacun travaillant

MORELXY ET DIVERS

forces et ses facultés, consommant selon ses besoins, ;se sur un nombre suffisant d'individus une moyenne nmation qui ne dépasse pas les ressources communes, suite d'un travail collectif une somme de produits qui te moyenne abondante ;

oncéder au talent d'autres privilèges que celui de diriivaux dans l'intérêt commun, et ne tenir compte que ns et non de la capacité, dans la répartition des

lement, la nation est divisée en provinces, tribus et

l'éducation est commune, toute expérimentale, sans

on de la divinité ; elle est professionnelle, à partir de

lix ans.

î de quinze à dix-huit ans, obligatoire et indissoluble

ans; après dix ans, le divorce est permis.

res allaitent leurs enfants, qui restent dans la famille

âge de cinq ans; après cet âge, ils sont élevés en

public tous les cinq jours et fêtes publiques nomion d'armées agricoles et imiustrielles pour les grands 'utilité publique.

tisation politique du Code de la Rature est fédéraliste, î d'une fédération de familles pour constituer la tribu, ; pour constituer la Province, des provinces pour cons- Nation, d'où logiquement fédération pour constituer

té(i).

I sera chef de famille à son tour, chaque famille élira à le chef de tribu, de même que chaque tribu élira à son \\tf de province, et tous les chefs de province seront (conseillers suprêmes) à tour de rôle, sant, — pressé par l'espace, — la partie critique du \ U^ature, on en a négligé un des côtés les plus saisis-

les réformes d'ordre secondaire (trop nombreuses pour être énumérées ici) , jons celle-ci : Etablissement du système dccimaly qui devait, trente ans plus sidor, an VII), être adopté par le Corps législatif, sur la proposition de igrangc, Brisson, Borda et Prony.

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sants. Par sa façon de stigmatiser la fausse morale courante, les préjugés et les abus régnants, Morelly a certainement inspiré Fourier.

Il a fallu aussi négliger tout le côté philosophique, qui est la partie la plus remarquable de l'œuvre de Morelly, puisqu'elle lui valut le suffrage des hommes les plus éclairés de son temps (i).

Après Morelly et ses coreligionnaires contemporains, auxquels il convient d'ajouter l'anglais Spence (2) après les échappées brillantes de Rousseau (Discours sur l'inégalité des conditions) ; de Brissot de Warwille (Recherches philosophiques sur le droit de

(i) Morelly, toujours devançant Fourier, qui ne le cita jamais, — quand le génie pille, il égorge, a dit Rivarol, — donne à la solidarité un fondement naturel : « La nature^ dit-il, a voulu qu'il en fût ainsi :

1" Elle a fait sentir aux hommes, par la parité des sentiments et des besoins, réalité de condition et de droit, et la nécessité d'un travail commun.

2' Sur la variété momentanée de ces besoins qui font qu'ils ne nous affectent pas tous également ni dans le même instant, elle nous avertit de se relâcher quelquefois pour céder à d'autres et nous induit à le faire sans peine.

3* Quelquefois, elle prévient entre l'opposition, la concurrence des désirs, des goûts, des inclinations par un nombre suffisant d'objets capables de les contenter séparément, ou bien elle varie ces désirs, ces penchants sans les empêcher de tomber en même tefhps sur un objet qui serait unique : trahit sua qtumque voluptas.

4' Par la diversité de forces, d'industrie, de talents mesurés sur les différents âges de notre vie ou la conformation de nos organes, elle indique nos différents emplois.

5* Elle a voulu que la peine, la fatigue de pourvoir à nos besoins toujours un peu plus étendus que nos forces, quand nous sommes seuls, nous fit comprendre la nécessité de recourir à des secours et nous inspirât de l'affection pour tout ce qui nous aide ; de là notre aversion pour l'abandon et la solitude, notre amour pour les agréments et les avantages d'une puissante réunion, d'une société.

6* Enfin, elle a tout fait pour exciter et entretenir parmi les hommes une réciprocité de secours et de gratitude ».

(2) spence, instituteur, comme Morelly, fut, en Angleterre, le précurseur de ce communisme radical que William Godwin et Robert. Owcn représentèrent avec tant d'éclat le lendemain de la Révolution française. Spence se distingua, supérieur en ceci à Morelly, par un républicanisme éclairé et de bon aloi. Le plan communiste qu'il publia en 1885, sous le titre peu modeste de Spensonia tst le développement de ce thème à la fois solidariste, égalitaire et libertaire.

Spensonia est une ^l^cpublique une et indivisible, le peuple se compose de l'universalité des citoyens. La propriété foncière y est inconnue, toutes les terres y appartiennent a l'Etat. Le pouvoir législatif est exercé par un parlement annuel, élu par le suffrage universel. Les femmes jouissent des droits électoraux au même titre que les hommes. Un conseil de vingt-quatre ministres nommés par moitié chaqne année est investi du pouvoir. La République n'a point d'armée permanente. Si la guerre éclate, tout citoyen est soldat.

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