CHAPITRE VI
L'éTolutioD de la propriété et le socialisioe
La propriété primitive et ses survivances. — II. Les débats de la propriété quiritaire. — III. Origine de la propriété individuelle. — IV. Conséquences de la propriété individuelle. — V. Les remèdes proposés. De la propriété sociale. — VI. Emile de Laveleye, Henri Georges et César De Paepe. — VII. Définition hbtorique du collectivisme.
Avant que l'application à l'histoire de la méthode évolutionniste n'eût, sur le fond vivant de l'universel devenir, éclairé d'un jour si nouveau le passé, le présent et l'avenir des institutions humaines, il était convenu que réclamer une modification des lois régissant la forme actuellement dominante de la propriété, c estait se déclarer capable, voire même coupable de tous les crimes.
Vainement, en l'inscrivant dans l'immortelle ^Déclaration des droits de rbomme^ la Révolution française avait consacré le grand principe de Spinosa, de Grotius, de Puflfendorf, de Locke, de Montesquieu, de Mirabeau, de tout le XVIII« siècle, que le droit propriétaire dérivait du droit social et pouvait être modifié par lui ; les compilateurs du Code civil, plats valets, avant tout, de
TusuriK^eur corse, renièrent la Révolution qui les avait produits et ramenèrent le droit de propriété au droit romain d'ws et d*abus .
Après cela, quiconque osa demtfider que les conditions de la possession fussent modifiées dans le sens de la justice et de la solidarité, fut tenu pour criminel et pour vouloir la destruction de l'ordre social, la systématisation du vol et le retour aux mœurs anthropophagiques.
On en est revenu.
Il s'est trouvé des économistes (i), des philosophes et des savants (2) pour dire avec les socialistes que la forme actuelle d'appropriation n'est rien moins qu'immortelle, qu'elle paraît même être sur son déclin et devoir être bientôt remplacée par une forme propriétaire plus rationnelle, plus sociale, plus juste, c'est-a-dire plus en harmonie avec la technique et les conditions de la production moderne ; plus conforme au sens d'équité auquel est arrivé la minorité militante de la société contemporaine.
En dessinant k grands traits les principaux contours de l'évolution propriétaire et en faisant suivre ce travail de quelques lignes conclusionnelles, découlant logiquement d'une sommaire mais consciencieuse élaboration, nous espérons avoir l'assentiment de tous les amis de la justice. C'est à eux que nous nous adressons avec confiance, sans faire de distinction de partis et de sectes.