‹ Le socialisme intégral, Volume 1Chapitre 89 sur 123 · VI. Emile de Laveleye, Henry Georges et César de Paepe · texte numérisé non relu

VI. Emile de Laveleye, Henry Georges et César de Paepe

Emile de Laveleye, l'un des plus illustres écrivains de ce siècle, naquit à Bruges en 1822,

Il occupe depuis 1864, et avec un éclat incomparable, la chaire d'économie politique de Liège. Son œuvre est aussi considérable

(0 A propos de cette mention, j'ai reçu de M. Léon Walras, le savant auteur de Bièments d'Économie politique pure^ une lettre d'où j'extrais le passage suivant :

« Puisque vous voulez bien vous occuper de ma thèse de la propriété, Je ne puis •ncmpécher de vous faire observer que ma théorie de la richesse sociale y est entrée conime le piédestal au monument. Il y a plus de trente ans que je considère le principe de U propriété collective du sol comme reposant en grande partie sur le fait de la plus-value de la terre et de la rente dans une société progressive. Mais il y a trente M» seulement qu'il m'est apparu que ce fait devait être susceptible d'une démonstration nuthematique et ne serait une loi scientifique que lorsqu'il aurait été ainsi démontré.»

(2) Wagner insiste principalement sur la nécessite de socialiser la propriété urbaine,

que variée (i), mais surtout illustrée par le livre classique ; ZV la propriété et de ses formes primitives. C'était en 1873 ; la réaction, maîtresse en France, débordait sur l'Europe et battait son plein, étendant sur l'idée progressiste le suaire encore sanglant de la répression versaillaise, de la compression générale, des persécutions systématiques. Dans ce silence, une voix s'éleva, et s'éleva, chose inouïe, des colonnes de la Revue des Deux-Mondes, pour crier avec une irrésistible puissance que la dure forme propriétaire du droit quiritaire ne pouvait plus suflRre à la société moderne, et que, si l'on n'avisait pas, on marchait à grands pas vers une révolution sociale qui emporterait la civilisation ellemême.

<c Nous avons, disait irréfragablement Emile de Laveleye, nous avons aboli les castes et les privilèges , et la société est plus malade que jamais ; aux guerres dynastiques ont succédé les guerres bien plus sanglantes des nationalités et des races ; aux anciennes Jacqueries, les guerres sociales.

« Les démocraties antiques ont péri par l'inégalité, les démocraties modernes périront de même et aboutiront au despotisme et à la décadence, à travers une série d'épouvantables luttes sociales, si l'on suit les anciens errements. . . Ou Tégalité s'établira, ou les institutions libres disparaîtront, ou le droit de propriété sera modifié dans le sens social , ou la société périra.»

et sa préoccupation est justifiée. Nulle propriété n'est plus pillarde des avantages sociaux, n'est plus vexatoire, n'est plus onéreuse que la possession individuelle des logements, qui devraient entrer dans la catégorie des services publics. Nous reviendrons en détail sur cette question dans le volume d'application qui suivra le présent consacre aux théories pures.

(1) On en aura une idée par le simple énoncé de ses ouvrages, presque tous édites à Paris et touchant à toutes les questions qui passionnent notre époque. Voici cette liste : La Langue et la Littérature provençales (1864); les Niebelungen, traduction nouvelle, avec la traduction des chants de VEdda pour introduction ; Etude sur la formation des épopées nationales (1866); L'Economie rurale de h Belgique et de la NéerloMde (1864); Le Marché monétaire depuis 50 ans (1865); La Lombardie et la Suisse (1869); Etudes et Essais (1869) ; La Liberté de l'Enseignement supérieur en Belgique (1870); La Prusse et l'Autriche depuis U dernière guerre (1870); Essai sur les formes de gouvernement dans les sociétés modernes (1871); L'Instruction du Peuple (1872); Des causes de la Guerre et de l'Arbitrage (iS-j}) , De la Propriété et de ses formes primitives (187)) ; Le Socialisme contemporain (1879); Nouvelles Lettres d'Italie (1880); Eléments d'écûuomt politique (1882); De la Propriété collective en différents pays (1884), etc., clc

L'effet de telles paroles, s'élevant d'un tel milieu, à un pareil moment, fut prodigieux. Bientôt réunies en volume, les études que M. de Laveleye avait publiées dans la vieille revue bourgeoise furent dans toutes les mains, et le collectivisme fut dès lors tenu pour une opinion défendable dans les cercles intellectuels.

Non pas que M. de Laveleye soit entièrement collectiviste, il se borne à demander une extension sérieuse des domaines communaux pour éviter l'extrême misère et sauvegarder une certaine somme d'égalité.

Voici, du reste, comme il s'exprime à ce sujet :

« Ainsi que l'ont montré les deux plus grands politiques de l'antiquité et des temps modernes, Aristote et Montesquieu, le plus grand danger qui menace le maintien de la démocratie, c'est la trop grande inégalité des fortunes.

« Machiavel exprime cette vérité d'une façon saisissante : Dans « toute république, dit-il, quand la lutte entre patriciens et « plébéiens, entre l'aristocratie et le peuple, se termine enfin par « la victoire complète de la démocratie, il ne reste plus qu'une « opposition qui ne finit qu'avec la république elle-même : c'est « celle entre les riches et les pauvres, entre ceux qui possèdent « et ceux qui ne possèdent point.» Les Germains, s'il ftiut en croire César, avaient déjà compris que la coutume de partager les terres est favorable au maintien de régalité. Après avoir rapporté que chez les Germains, chaque année, la terre est repartagée entre les parentés, César énumère les raisons qu'ils donnent à l'appui de cette coutume : « Autrement, disent-ils, les richesses « seraient trop inégales, les puissants étendant leurs domaines « aux dépens des faibles; la grande inégalité engendrerait la « discorde ; tandis qu'avec ces usages, la plèbe est contenue par « le sentiment de Téquité, voyant que chacun a la même part « que les puissants. (De "Bell. GalL, VI, 22,

« En permettant d'attribuer à chacun une part de la propriété collective, YAllmend empêche l'inégalité poussée à l'excès d'ouvrir un abîme entre les classes supérieures et les inférieures. La lutte entre riches et pauvres ne peut amener la ruine des institutions démocratiques, par la raison que nul n'est très pauvre,

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nul n'est très riche. Transportez-vous dans TUnterwald, dans la Forêt Noire ou en Norwège, la propriété n'est pas menacée : par qui le serait-elle? Chacun est propriétaire.

<( Aux Etats-Unis comme en Serbie et dans certains autres pays, on s'efforce d'arriver au même résultat en constituant par la loi, pour chaque famille, un héritage insaisissable et indivisible. Homestead ; mais YAllmettd, en maintenant le domaine éminent de la commune, permet h celle-ci de faire, le cas échéant, des travaux d'amélioration, d'après un plan d'ensemble. (Voyez Heimstatten, par Rudolf Meyer) .

« Quand la propriété privée n'est pas concentrée en quelques mains par le droit d'aînesse et par les testaments, comme en Angleterre, il peut arriver que, par un autre excès, elle se divise en parcelles trop petites et que, suivant l'expression consacrée, elle tombe en poussière. Lorsque c'est la commune qui règle les parts, elle peut mettre une limite au morcellement, comme on l'a fait dans maints villages de Bade et du Wurtemberg. On peut aussi favoriser la bonne culture sur YAllmend^ en donnant, chaque année, des prix en un concours à ceux des usagers qui auront le mieux cultivé, et, au contraire, en faisant payer une amende ou en diminuant la part de ceux qui auront négligé leurs terres .

« Je ne vais pas jusqu'à croire que VÂllniendsipporte une solution complète à ce qu'on appelle la solution sociale, car je ne pense pas qu'il y ait une recette pour guérir, d'un coup, l'humanité des maux et des iniquités dont elle souffre, et qui sont le résultat d'un long passé de violence, d'usurpation et de mauvais gouvernement. Les améliorations ne peuvent se faire que lentement, progressivement, et ce serait déjà beaucoup si l'on pouvait voir se généraliser une institution qui mairrtînt un partage plus égal de la propriété et mît obstacle au paupérisme et à l'abandon des campagnes.

<c Mais, objecte-t-on, l'humanité ne remettra pas en vigueur les coutumes archaïques qui caractérisent les débuts de la civilisation . On peut répondre que la démocratie et le gouvernement direct, qui semblent être le dernier terme de l'évolution actuelle, sont un retour a l'organisation politique des sociétés primitives. cMulta quœ cecidere renascentur.y>

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Un peu plus timides que Texposé ci-dessus, les conclusions d'Emile de Laveleye sont les suivantes :

« 10 La diffusion de la propriété (parmi le plus grand nombre possible de familles) devrait être encouragée, en premier lieu, par la division des héritages, ensuite en donnant toute facilité et sécurité à la vente de la propriété foncière.

« 2*^ Nous pourrions emprunter aux Etats-Unis et à la Serbie la loi de VHomesUad, qui garantit aux familles la conservation d'une petite propriété suffisante pour les faire subsister.

« 3° La propriété communale devrait être reconstituée au moyen d'un impôt sur les successions, et les pays qui ont des terres publiques devraient les céder à terme au lieu de les aliéner à perpétuité.

<c 4° La commune économique devrait être reconstituée au moyen de YcÂllmend, comme cela s'est maintenu en Suisse depuis les temps les plus reculés.

<c 5*» La taxe foncière devrait être imposée et revisée de temps en temps, de telle façon que l'accroissement du revenu, qui résulte de l'énergie et du progrès de toute la société, profitât au moins en partie à l'Etat.

« 6^ Une compensation devrait être donnée par la loi au locataire pour toutes les améliorations non épuisées . »

S'il est si réservé dans la solution proposée, Emile de Laveleye n'en a pas moins été le plus efficace auxiliaire des collectivistes en faisant ressortir, avec une puissance et une éloquence insurpassée, le caractère évolutif des formes propriétaires.

Plus pressé de réaliser, Henry Georges se préoccupe beaucoup plus d'utilité sociale que d'histoire ; néanmoins, son œuvre maîtresse, Trogress and poverty^ balance, quoique moins scientifique, l'œuvre maîtresse de Laveleye.

Henry Georges, né à San-Francisco, est, dit-on, d'origine iriandaise , il est, en tout cas l'un des chefs du grand parti socialiste irlandais de l'Amérique du Nord, qui, par le Tarti du Travail {Labor Party)ei les Chevaliers du Travail (Knights of Labor), a groupé plus d'un million de militants décidés.

Les débuts du réformateur, fils de prolétaires, furent laborieux et pénibles; il était mousse à l'âge de quinze ans, puis devint

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ouvrier typographe. Ce ne fut pas pour longtemps: à force de travail, il était devenu économiste original et érudit, un écrivain mouvementé et entraînant.

11 se fit donc journaliste et traita surtout les questions agraires. C'était en 1869. 11 publia une brochure intitulée: Our Landatid our Politicy (Hoixt sol et notre politique).

Plusieurs de ses théories économiques, dit Emile de Laveleye, celles, par exemple, sur les lois du salaire, de l'intérêt et de la population, sont dues à une généralisation trop hâtive, et à ce qu'il avait vu en Californie, où primitivement il y avait du terrain fertile et produisant des métaux précieux^ où les moindres établissements devenaient rapidement des villes considérables et où le colon arrivait en même temps que la locomotive. • En 1874, Henry Georges publia une seconde brochure: Tbe land question (la Question du sol) .

Dans cet ouvrage, il s'adresse surtout aux meneurs irlandais, les invitant à se déclarer ouvertement pour la nationalisation du sol, à abandonner le terrain étroit du nationalisme, pour entrer dans une grande armée socialiste et se gagner ainsi les sympathies du prolétariat anglais. Henry Georges s'empressa d'ajouter que la nationalisation de la terre est tout autant à l'ordre du jour en Amérique, où la propriété se monopolise rapidement, qu'elle peut l'être en Angleterre et en Irlande.

11 fut ainsi amené a écrire, en 1879, '^ "^^^ Pro^ress and Poverty, qui mit le sceau à sa célébrité en Amérique et en Europe même.

Henry Georges s affirma tout d'abord nettement collectiviste: « 11 n'y a, dit-il avec sa fougue celtique, il n'y a qu'un moyen d'éloigner le mal : c'est d'éloigner la cause. La pauvreté devient plus intense à mesure que la richesse augmente ; les salaires baissent alors que la puissance productive s'accroît, parce que la terre, qui est la source de toute richesse et de tout travail, est monopolisée. Pour extirper la pauvreté et pour faire que les salaires soient ce que la justice veut qu'ils soient, c'est-à-dire le gain complet du travailleur, nous devons substituer a la propriété individuelle de la terre la propriété commune. Aucun autre moyen n'atteindra la cause du mal, aucun autre ne laisse le

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moindre espoir. Voilà donc le remède à la distribution injuste et inégale de richesse apparente dans notre civilisation moderne, et à tous les maux qui en découlent :

<c II faut que la terre devienne propriété commune, « Nous avons atteint cette conclusion à la suite d'un examen des choses, où chaque échelon franchi était vérifié et consolidé. Dans la chaîne du raisonnement, il ne manque aucun anneau, et aucun n'est faible. La déduction et l'induction nous ont conduit à la même vérité : l'inégale propriété de la terre est inséparable de la reconnaissance de la propriété individuelle de la terre ; il s'ensuit nécessairement que le seul remède à Finjuste distribution de la richesse est de rendre la terre propriété commune, »

Le discours n'est pas à la hauteur de l'exorde, car la réforme que propose Henry Georges vise moins à exproprier les détenteurs actuels du sol, qu'à assurer à l'Etat, c'est-à-dire à la société entière, le bénéfice intégral de la rente foncière. Avec Ricardo et Wallace, Georges considère cette dernière comme le produit du progrès de la civilisation, le résultat accumulé du travail d'innombrables générations.

En abandonner la jouissance exclusive à quelques individus, c'est dépouiller la collectivité. En conséquence, l'économiste socialiste américain propose l'attribution à la Société de la rente foncière, déduction faite de l'apport du travail et du capital, en impôt prélevé par l'Etat, et l'abolition de tous les autres impôts qui grèvent aujourd'hui la population.

La perception de cet impôt unique serait laissée aux propriétaires actuels, qui en toucheraient une partie à titre d'indemnité pour le service rendu. Selon l'auteur de Trogress and Poverty, cette réforme suffirait à elle seule à opérer une véritable transformation économique et sociale. Inéluctables en seraient les résultats : un essor nouveau imprimé à la production, désormais dégrevée de toutes charges, puisque, comme en Chine, le seul et unique impôt frapperait le monopole de la propriété foncière, ce fruit de l'œuvre collective du progrès étant désormais employée aux besoins de tous les membres de la collectivité ; la possibilité, enfin, pour le grand nombre, de devenir acquéreur du sol, dont le prix baisserait beaucoup et deviendrait presque nul pour les

terres non cultivées et non plantées, sauf l'obligation d'acquitter l'impôt foncier.

Solution incomplète, fait justement observer M. De Potter, le collectivisme agraire n'existe réellement que si le sol est également mis à la disposition de tous, et si la rente socialisée de la terre est bien employée au profit de tous.

Pour que la première condition soit remplie, il faut qu'en droit et en fait l'Etat soit le seul propriétaire du sol et que ne pouvant l'aliéner, il se réserve de TalTermer aux collectivités plutôt qu'aux individus.

La seconde condition exige une série de mesures qui seront amplement développées dans l'une des suivantes études du présent travail. En ces pages, nous avons simplement voulu établir :

loQye la propriété individuelle n'estqu'une catégorie historique, puisqu'elle a été précédée d'une longue période de propriété collective (parentale, tribale ou communale) ;

2° Qu'elle a le droit de conquête pour père et la confiscation pour mère ;

y Qu'elle a été l'aiguillon meurtrier et la consécration impie de l'exploitation de l'homme par l'homme, sous toutes ses formes (esclavage, servage, salariat);

4*^ Qu'elle est incapable de se plier aux conditions et aux nécessités de la production moderne, et que, par suite, elle porte en elle-même le principe de sa destruction et de son remplacement par la propriété monopolisée aux mains d'une indigne et malfaisante oligarchie financière qui, si elle triomphait, remettrait l'humanité en servage ;

y Que le mal est si grand et le danger si pressant que tous les bons esprits s'en émeuvent, et cherchent le remède :

6® Qu'enfin, de l'aveu des meilleurs économistes, ce remède est dans la socialisation de la terre, conformément aux données générales du socialisme moderne.

Pour en arriver là, nous avons tenu à ne citer que les écrivains non incorporés dans le socialisme militant ; mais il y aurait trop criante iniquité à ne pas mentionner dans un travail sur la propriété collective le nom du représentant le plus autorisé de cette forme sociale : César De Paepe.

On connaît les principes de Téminent socialiste belge. Voici les moyens qu'il propose :

« |o La terre pourrait appartenir à des collectivités restreintes ou associations agricoles, comme certaines usines appartiennent à des associations d'ouvriers industriels ; ce serait, en un mot, la généralisation des sociétés corporatives de production dans le domaine de l'agriculture, dont les associations du Norfolk, en Angleterre, par exemple d'Assington, nous représentent dès aujourd'hui le type. Ces associations se généralisant, devenant la règle au lieu de l'exception qu'elles sont actuellement, et tendant à se solidariser, pourraient se répartir la rente foncière de façon à niveler pour chacune d'elles les conditions d'exploitation. (Ici, chez ces cultivateurs anglais, le travail collectif précède donc la propriété collective.)

« 2^ Comme les conditions d'une bonne culture exigent que l'exploitation ait AU MOINS une étendue d'une lieue carrée (voir Fourier ainsi que Proudhon dans sa nouvelle Théorie de la propriété), on peut prévoir que le système des associations agricoles aboutirait à la mise en commun des terres de la commune. Chaque commune rurale pourrait ainsi ne constituer qu'une seule association agricole (sans doute plus ou moins industrielle en même temps), et le sol se trouver propriété collective de la communale. La commune russe nous offre aujourd'hui un type de cette forme de la propriété collective, bien que souvent la culture ne s'y fasse pas par association, mais par famille. (Ici donc, dans la commune slave, la propriété collective précède la culture collective.)

« y Le sol pourrait être la propriété collective de l'ensemble des groupes agricoles d'une nation ou d'une confédération de nations, et la haute direction de l'exploitation territoriale centralisée entre les mains d'un conseil nommé par les divers groupes de cultivateurs. Cet état de choses offrirait une grande facilité pour l'exécution des grands travaux de drainage, de défrichements, de reboisements, d'irrigation. C'est vers cet état que tendait évidemment Proudhon, en 1838, quand il proposa de décréter, par une loi, que lorsque, par l'accumulation d'annuités, le propriétaire serait rentré dans la valeur de son immeuble, augmenté d'une prime de 20 0/0 à titre d'indemnité, la propriété fît

retour à la Société centrale d'Agriculture, chargée de centraliser l'exploitation du territoire, et de pourvoir, par la création de compagnies agricoles locales, à l'organisation de l'agriculture. (Voir les Idées révolutionnaires,)

« Sous ce régime, la rente foncière pourrait être réservée au profit des associations agricoles cultivant les terres de très peu de valeur, ou bien elle pourrait être consacrée à payer les frais de gestion du conseil central de l'agriculture et les grands travaux d'ensemble entrepris par lui .

<c 4* Enfin la terre arable pourrait être propriété nationale, comme sont aujourd'hui un grand nombre de forêts ; mais, par la fédération des peuples, dont l'association internationale est le prélude et l'embryon, cette nationalisation de la terre, comme disent les Anglais, serait de fait l'appropriation collective du sol par la grande société travailleuse et civilisée, (nous entendons ce mot dans sa véritable acception, et non dans la signification que lui ont donnée les pbalanstériens), serait ce que Robert du Var appelle h socialisation de la propriété terrienne. Certes, à parler rigoureusement, ce ne serait pas encore la propriété collective du sol à l'humanité, puisque tant de peuples encore, surtout en Asie, en Afrique et en Océanie, sont en dehors du mouvement civilisateur et rénovateur qui emporte l'Europe et le nouveau monde ; mais il ne faut pas être prophète pour oser affirmer que ces'peuples, ou disparaîtront par voie d'extinction devant h concurrence vitale des peuples mieux doués, ou bien entreront euxmêmes dans le courant de la civilisation européo-américaine : dans l'un comme dans l'autre cas, le sol, de propriété collectiviste sociale, devient dès lors propriété humanitaire. »

Nous terminons sur ces lignes, à la conclusion desquelles nous nous rallions entièrement.

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