HISTORIQUE DU COLLECTIVISME
2" Le collectivisme industriel, — Le premier théoricien du collectivisme est sans contredit Constantin Pecqueur. Cet estimable penseur présenta, en 1836, à Y académie des sciences morales et politiques, un ouvrage en deux volumes, ayant pour titre : les Intérêts du commerce, de ï industrie, de t agriculture et de la civilisation en général (Paris 1836). Dans cet ouvrage, Pecqueur proposait de socialiser (le néologisme est de lui) les institutions de crédit, les chemins de fer, les mines, et de se servir des ressources que procurerait cette mesure pour compléter graduellement la socialisation de toutes les forces productives.
Sur la proposition d'Adolphe Blanqui, VcÂcadémie des sciences morales et politiques (elle n'était pas encore morte à tout progrès) prima le livre de Pecqueur dont elle n'avait probablement pas saisi toute la portée socialiste.
François Vidal conclut comme Pecqueur, vers cette même époque, dans ses brochures, portant pour titres : Les Caisses d'épargne, la Création d'ateliers de travail. De même avait conclu Auguste Blanqui, en 1835, dans son programme du Libérateur (1).
Cette conception devint prédominante dans le prolétariat français dès que Louis Blanc l'eut faite sienne, en 1846, et l'eut exposée dans son Organisation du travail avec une précision incomparable et une éloquence qui n'a pas été dépassée.
Elle devint dès lors limpide : l'Etat, maître du crédit, des chemins de fer, des mines, des canaux, en retirerait d'immenses ressources que, par son ministère du travail et du progrès, il emploierait à commanditer les sociétés industrielles et sociales des travailleurs, et à « substituer graduellement le travail associé au travail salarié ». La transformation devait d'ailleurs être assez
(i) Par Pecqueur et Vidal, le collectivisme se rattache aux pères du socialisme français. Pecqueur, ancien saint-simonien, avait appris de ses maîtres qu'en bonne justice sociale la collectivité seule est propriétaire et que les individus ne peuvent être que des possesseurs temporaire^ ou constitutionnels. Vidal, qui resta toujours quelque peu phalanstérien, avait trouvé le collectivisme réformiste, en développant simplement le Carantisme de Fourier. Il est à remarquer que d'autres phalanstériens comme Barat (la Propriété sociale de la terre), de Brcvans (la Collectivité), comme surtout Victor Considérant, le plus célèbre propagateur de la doctrine, ont aussi fini par aboutir à un collectivisme modéré.
LE SOCIALISME INTEGRAL ^Oj
profonde pour que Ton arrivât, en un temps plus ou moins long, au travail-fonction, c'est-à-dire à une organisation communautaire de la production.
3° Collectivisme colinsien, — A partir de 1850, Colins préconisa l'appropriation collective du sol et d'une partie des capitaux. 11 voulait que Ton procédât par voie de rachat (le rachat étant rendu possible par un fort impôt sur l'héritage). Dans ce système^ l'Etat ne s'attribuait que le domaine éminent du sol et des gros capitaux qui devaient être exploités par des familles ou des associations assujetties à une redevance sociale et à un cahier des charges. Pour ce qui est de la terre, Colins allait jusqu'à l'octroi de baux emphytéotiques. Cette forme de propriété n'était pas sans analogie avec Vç/lger publicus concédé des Romains et les Domaines engagés de notre ancienne monarchie.
4^ Le collectivisme internationalisle fut surtout en honneur dans les troisième, quatrième, sixième Congrès de l'Internationale (1868- 1869- 1870) et eut pour principal propagateur César De Paepe. Mélange des conceptions précédentes, le Collectivisme internationaliste part de ce principe : La société a le droit d' abolir la propriété individuelle du sol et du grand outillasie industriel ; il y a nécessité à ce que cette abolition ait lieu. Quant aux moyens on admettait en première ligne l'impôt sur l'héritage, l'impôt unique direct et progressif et la reprise par la société avec indemnité à débattre (quelques-uns disaient reprise pure et simple) des institutions de crédit, des chemins de fer, des mines, canaux' et monopoles quelconques.
Cette réorganisation sociale devait être tentée dans toutes les nations civilisées, fédérées à cet objet. Dans ce système, la production et les services publics de toute nature étaient confiés à des compagnies ouvrières soumises à une redevance sociale et à un cahier des charges, sauvegardant les intérêts généraux.
5*' Le Collectivisme révolutionnaire se forma par simple accentuation du Collectivisme internatiofialiste. Il est basé, quant aux moyens, sur l'expropriation révolutionnaire et sans indemnité de la classe bourgeoise par le prolétariat soulevé et maître des pouvoirs publics. Pour les théoriciens de cette école, le collectivisme n'est que la somme de communisme immédiatement réalisable