DE LA PRÉPOA'DÉBANCE SOCIALE DU TENANCIER OU CHEF DE FAMILLE
Nous venons de dire que tout chef do famille est essentiellement tenancier, et que le tenancier, sous la politique arbitraire du capital, comme sous la politique arbitraire du manœuvre, avait été constamment étouffé entre ces deuxélémentssociaux, qui, aulieu d’être ses auxiliaires, sont devenus, par le fait, ses adversaires et ses oppresseurs.
Si le titre de père de famille n’est pas un
principe effacé de nos mœurs, il est singulièrement entamé par nos lois politiques.
Ce titre, vu les attributions qu’il entraîne, peut être considéré comme un privilège :
nous le concédons.
Mais on nous concédera que ce privilège s’exerce, en thèse ordinaire, au profit commun , et que, par le fait, il est indestructible;
On peut le combattre et le restreindre à certains égards; on ne peut pas l’universaliser.
Même sous l’empire de nos lois, qui confèrent le titre et les droits de citoyen à tout individu mâle âgé de 21 ans, le père de famille présente encore la masse la plus énergique d’intérêts vivants et connus.
En vain sa femme, ses filles et ses mineurs sont-ils exclus delà vie politique; il pèse de tout leur poids et du sien dans la balance de la vie sociale.
La prépondérance de ces intérêts se résume on lui.
Sa vie est collective.
Détenteur du bien de la famille, il en a le maniement exclusif jusqu’à sa mort.
Et son pouvoir vis-à-vis des siens est tel, qu’il est presque impossible de déterminer à temps, dans une foule de cas, où commence l’abus, où cesse l’usage.
L’interdire et le mettre sous la curatelle, ce n’est pas changer les termes de la question, mais en confirmer le principe.
Le crédit ne s’adresse qu’à lui seul, et suppose sa préséance dans toutes les stipulations.
Toutes les obligations incombent à sa charge-
L’étendue de son rôle dans l’intérieur ,do-
mostique simplifie le rôle de la société visà-vis de l’oniversalité de ses membres, dans la proporlioii du nombre des groupes de familles à celui des individus qui les composent.
Les embarras dont on entoure le père de famille ajoutent d’autant aux embarras du pays entier.
Ce qu’il perd en crédit politique à la face du monde est également perdu pour le crédit commun.
Toutes les transactions sont atteintes par là dans leur chef de file.
Son effacement se traduit par notre chaos.
En dehors de l’influence du chef de famille, il n’existe que des individus; et l’équilibre social est mis en échec par tout ce qui tendrait à lui tenir tête.
Toute espèce d’antagonisme sur ce point
— se¬
ca piial ne constitue que le chaos et le trouble.
L’établissement républicain souffre en ce moment des victoires que les mœurs de nos derniers siècles ont successivement remportées contre les privilèges naturels du père de
Le père de famille ne peut tout à la fois peser plus dans la balance des devoirs sociaux et peser moins dans la balance des pouvoirs politiques, être invoqué comme chef de file dans les matières de crédit et réduit à son individualité simple dans le serutin, quel que soit d’ailleupsle nombre des charges qui lui restent, sans qu’un pareil équivoque, réverbéré d’ailleurs dans six millions de ménages , no tourne logiquement au détriment universel.
Chacune de ees deux positions est. le démenti de l’autre.
De la nos révolutions en permanence, et
le peu de racine des établissements qui se sont tour à tour produits depuis 1789.
Nous sommes exclus tout à la fois du progrès et de la stabilité.
Pour son propre et privé compte, quel établissement le père de famille oserait-il tenter.^ Et qui serait assez bardi que de lui en fournir les moyens, si dans un prochain avenir la prépondérance de sa voix dans les transactions domestiques peut être législativement mise en échec ?
On se retire tout ce qu'on lui dérobe.
Il faut que le scrutin emporte la famille , ou que la famille emporte le scrutin.
Il faut aller jusqu’aux théories de Platon , pulvériser la famille, émanciper la femme, donner le mineur à l’Etat, et devant la loi politique ne faire aucune acception des différences individuelles d’âge et de sexe.
Ou bien, il faut restituer sérieusement sa prépondérance au père de famille, en l’investissant d’un droit de suffrage proportionnel au nombre d’obligations domestiques dont il reste chargé par le fait.
La logique nous place dans cette alternative.
Tant qu’il régnera de l’équivoque entre la législation politique et le fait social, le crédit public et privé subira les rigueurs de l’état de siège.
YII