U VICE DE L’ABSEKCEEN MATIÈRE ÉLECTORALE ET DE SON CORRECTIF
La progression des absences à élections met largement au jour nos institutions naissantes.
l’époque des un vice de
Ces absences, dont le temps semble devoir exagérer le nombre, travaillent plus efficacement que les animosités rivales des partis eux-memes au discrédit éventuel de la République, tant chez nous qu’à l’extérieur.
Los partis qui vivent au jour le jour de tout
ce qui porte écliec à l’intérêt national, ne so plaignent do ces absences qu’à leur point de Tue personnel, sous le coup du moment,lorsque leur vanité saigne et que l’accident de la chance a tourné contre eux.
Nos considérations, Dieu merci, partent d’une politique plus élevée.
Le droit électoral est une servitude civique, comme la redevance du sang, comme la quote-part de l’impôt.
Toute famille française est triplement contribuable, dans la mesure de sa puissance et de l’intérêt commun.
Nous ne reconnaissons que le triple malheur de l’infirmité de l’esprit, de l’infirmité du corps et de l'indigence, qui puisse exempter une famille de ces trois servitudes spéciales.
Où il n’y a rien, la République perd ses droits.
Dans des circonslances exceptionnelles, lorsqu’il serait trop onéreux d’être soldai, on se fait remplacer sous les drapeaux.
Lorsque le jeune conscrit est absent le maire tire au sort pour lui.
. On peut également revendiquer un chargé de pouvoir électoral.
Go sont trois circonstances identiques.
La liberté n’est et ne peut être dans aucun cas le droit de s’abstenir en présence d’un devoir.
La liberté, dans ces divers cas, se traduit par une compensation arbitrale.
En principe, chaque citoyen compte à titre de fraction dans l’entier de la République, et pèse indéfectiblement dans le droit
Que le citoyen use de son suffrage dans le
sens de sa conscience, rien de mieux; mais
il n’a pas le droit de s’éliminer de 1 urne.
Tel était l’esprit de la loi de Solon, dont les érudits ont tant parlé.
Il est de l’essence d'un pays libre de rester en permanence vis-à-vis de iui-même.
L’ordre qu’il a voulu fonder à son profit n’a de solidité positive que dans la proportion des sacrifices que chacun de ses citoyens fait à la liberté.
Lorsque la France parle , ce ne peut être qu’au grand complet.
La France n’est pas le tiers, le quart ou la moitié de la France seulement; c’est toute la France.
L’esprit réactionnaire, dont l’aveuglement persiste encore après trois mémorables leçons, est poussé, par le fait des absences dans les rangs des électeurs, à conclure insolem-
ment qu’un sophisme législatif, ou le tour de force d’un prestidigitateur, suffira pour déposer la République , et reconstituer , aux applaudissements du pays , le gouvernement tant de fois foudroyé de l’aristocratie censitaire.
Et de fait, comment croire à la longévité des établissements politiques dont les deux tiers de la nation s’abstiennent.
Une majorité de scrutin n’est plus alorsj en ce cas, qu’un peu plus du sixième de la France.
Il importe à l’établissement républicain de porter le cachet de trente-six millions d’âmes.
Rouge ou bleue, noire ou blanche (pour parler ici le jargon du jour), nulle espèce de minorité ne saurait prétendre à s’adjuger le gouvernement de notre pays par surprise.
Le despotisme que s’arroge la faiblesse en-
— Tl —
gendre à tour de rôle des'répressions inverses.
L’élection est intégrale ou mensongère.
Les majorités relatives dont on se contente aujourd'hui rentrent, à nos yeux , dans le néant des fictions constitutionnelles, auxquelles, ce nous semble, 1848 a prétendu mettre un terme.
Fictions ou mensonges, c’est tout un pour nous.
Afin de remédier au vice de l’absence, qui leur fait jeter les hauts cris lorsqu’ils y perdent, les adversaires de la République ont proposé tour à tour des moyens ignominieux ou puérils dont nous n’avons pas à nous faire les complices, même en leur préférant le statu quo.
Ainsi, par exemple, nous trouverions absurde la loi qui proposerait de frapper l’absent d’une amende.
L’exercice du premier de tous les droits civiques ne peut avoir pour sanction et stimulant la pénalité pécuniaire.
Son éehelon est d’un ordre plus élevé.
Pas de matérialisme dans la sphère de l’ordre moral.
L’honneur ne saurait être stimulé que dans la région même de l’honneur.
L’impossibilité matérielle pour le fisc de rentrer dans le total de cette amende, si les deux tiers des électeurs persistaient à s’abstenir de leur droit', frappe aussitôt l’esprit le plus lourd et le plus grossier sens commun.
L argument de l’indigence est d’ailleurs un de ceux devant lesquels il importe que la pudeur publique s’arrête avec un sentiment
Toute menace dérisoire placerait l’indigence au dessus de la loi.
— Ih —
Le but ne serait pas atteint.
Nous demandons que la sanction pénale soit au niveau de la question d’honneur.
Cbéoxs on organe aux absents.
Instituons au chef-lieu de chaque arrondissement, pour suppléer à l’absence, un délégué facultatif pris dans tels ou tels cadres organisés déjà, par exemple dans chaque conseil municipal, produit lui-même de l’élection, et présentant, par cela même, toutes les garanties désirables (1) , lequel, huit jours après le recensement des votes de toute la circonscription, serait chargé de défalquer le chiffre de l’absence et de voter pour elle.
De même, qu’au sujet d’un refus illégal en 'matière d’impôt.
De même qu’à l’égard des réfractaires, —
(1) >'ous donnerons prochainement le plan de l’organisation de la commune.
Yoions pour la saisie du suffrage universel de l’absent et pour son exécution provisoire.
Si l’électeur est récalcitrant, c’est une pénalité.
C’est un soulagement, si l’électeur peut objecter des embarras.
Cette institution, bien considérée, serait purement comminatoire j
• Elle suspendrait une épée de Damoclès sur le front des indifférents politiques;
Elle réveillerait l’émulation, et créerait le point d'honneur électoral.
Tel est insouciant, ou so donne pour tel, qui se montre jaloux do ses droits , et se défend bien de les abandonner à d’autres, — si ce n’est en désespoir de cause et lorsqu’il se trouve dans l’impossibilité d’agir autrement.
On peut négliger l’exercice de ses droits, et ne pas vouloir que d’autres s’en servent.
La thèse change avec l’hypothèse.
Quiconque ne se présente pas perd le droit de protester contre l’expresion du suffrage, et ne peut réclamer le droit de faire une banqueroute électorale au pays.
Compromis ou non par l’événement, il perd te droit de se plaindre que la loi l’ait pris en traître, lorsqu’il a mis de la persévé-rance à s'abstenir.
Le suffrage est un impôt d’honneur, une dette sacrée.
Comme dans le procédé de l’assurance, la société positive saisit l’associé négatif.
Les vides électoraux, en s’élargissant de plus en plus, énervent l’autorité du suffrage universel dans le for des consciences, et la
cause delà République y perd un appui moral.
Nous ne possédons jusqu’à présent que la parodie et la dérision de l’institution électorale, en dehors de laquelle il n’y a cependant pas de salut pour la France.
Ce que l’on retranche à l’exercice des droits électoraux, on l'ajoute en probabilités aux chances de la guerre civile.
Ne donnons-nous pas à l’Europe entière, qui finira par hésiter h suivre nos traces chancelantes, le scandale d’un pays qui marche encore à la tête des civilisations et que l’on regarde comme chargé de leur mot d’ordre , mais qui ne sait pas ce qu’il fait, et qui ne sait pas faire ce qu’il veut.
L’incertitude du pays engendre le découragement, et nous retire le bénéfice du soutien généreux des peuples, tentés autrefois de marcher sur les traces de la France.
Nous nous effaçons nous-mêmes de l'ordre du jour européen.
Après tant d’écroulements dont elle est plutôt la victime que la cause, mais qui la mettent en demeure de saisir ses propres rênes, la France, qui ne peut que gagnera cette substitution, resterait certainement engagée dans les voies de la République si nous possédions une législation franchement républicaine.
Le couronnement de la République ne dépend pas, dans notre conscience, des collisions qui se passent dans les rues.
En dépit des entraves, ce couronnement résulterait surtout de la logique des propositions qui compléteraient les lacunes de nos lois organiques.
La République, c’est le droit, pour la France, de s’inféoder à sa volonté réfléchie, et de ne reconnaître, en aucun temps, d’autre sceptre que celui de sa conscience.
Après les trois attaques d’apoplexie des anciens pouvoirs, il faut réellement songer à devenir libres.
Oublions un instant les hommes et les petites rivalités du jour , si mobiles d’ailleurs, pour les invariables intérêts de la France.
Les personnalités sont éphémères, et passent comme des ombres.
Les principes sont éternels et demeurent comme des lumières.
. Nous avons toujours vu les triomphes artificiels des minorités s’effacer du jour au lendemain dans les représailles et devant . l’autorité du nombre.
La réaction, pour son compte, a parodié cet argument pendant les entr’actes de 1789, de 1830 et de 1848.
Si l'argument est spécieux contre nous de sa part i il est formidable contre elle de la , nôtre.
Les contre-révolutions de détails ramènent
des révolutions d’ensemble, et ces comédies politiques ont toujours d’assez tristes dérioûments.
Proclamons l’absolutisme de la sincérité j ce sera du neuf.
C’est avec l’unanimité des élections qu’il nous importe de fermer le gouffre.
Une législation républicaine ne saurait, sous aucun prétexte, accepter la démission plus ou moins considérable d’une partie des citoyens.
Pourquoi constituerions-nous l’absence dans son tort, lorsque nous sommes à même delà constituer dans son droit.
L’ordre ne doit ni péricliter ni s’abandonner sous aucun prétexte.
En mathématiques électorales , le numérateur est égal au dénominateur, et la fraction ne représente pas l’entier.
Pour que le gouvernement ne louvoie plus à l’avenir, il faut que le souffle de la majorité gonfle ses voiles.
Do toute autre façon , l’état et la société sont exposés réciproquement à demeurer dans l’équivoque.
L’assentiment moral n’a de verve qu’avec la certitude de la prépondérance numérique.
A la faveur du mode actuel, un pouvoir placé en face de l’intérêt dé sa propre conservation est toujours tenté d’altérer le chiffre des suffrages, et d’en éclipser la valeur morale dans les consciences, rien qu’en choisissant de propos délibéré, pour la convocation des électeurs, tantôt l’époque des récoltes, tantôt celle de longues pluies ou des froids rigoureux, tantôt l’à-propos d’une épidémie.
Les élections franchement faites sont la tombe des factions.
Tenons donc la main à ce que , contumace ou non, tout suffrage reçoive son accomplissement , par provision s’il le faut, et comme on dirait en effigie, sauf au suffragant contumace, et lorsque sa conscience en appellerait contre lui-même, à purger le fait de sa libre absence aux assises des élections ultérieures.
L’institution complémentaire du délégué facultatif, que nous appelons de tous nos vœux, dût-elle ne nommer d’abord que des réactionnaires, nous n’en serions pas intimidé.
Son implantation sur notre sol n’en serait pas moins démocratique en essence.
Il n’est pas possible que l’instrument de l’équité tourne toujours au désavantage de l’équité.
Nous voulons des institutions sérieuses de crédit; nous devons en vouloir les moyens.
En thèse, la solidité du crédit national est proportionnelle à la prépondérance politique du ctef de famille.
Les femmes et les mineurs, par cela seul qu’ils existent sur une terre de franchise, ont, chacun d’eux pour son propre compte, une action sociale dans les affaires du pays.
Le chef de famille est de toute nécessité le titulaire de cet ensemble d’actions sociales.
En dernière analyse, il est le tenancier du patrimoine commun de son groupe.
Lesenfantsmajeurs ne jouissent de la part maternelle ou paternelle qu’à des conditions restrictives de survie ou d’accommodement, selon le régime sous lequel ont contracté les père et mère.
Il importe en bonne police que les droits politiques du chef de famille soient au niveau de ses devoirs, afin qu'il ne soit pas tenté d’abdiquer ses obligations et de les considérer comme un titre onéreux.
Le présent et l’avenir des enfants y perdraient de plus d’une manière.
Lorsque, chez un peuple, l’équilibre se rompt entre les droits elles devoirs, et que, grâce à la maladresse du législateur, les pouvoirs n’en sont pas l’expression sincère, la natu-
ralité même de ce peuple est, dans dans un délai rapide, mise en question.
Les institutions de crédit n’ont leur point de départ que dans le rôle officiel de celui dont la personne résume civilement l'unité de la famille.
Partout oU l’organisation du suffrage politique procédera en contresens de ce rôle et le tiendra législativement en échec , les moindres paniques suffiront pour suspendre la circulation de l’argent et le travail des ateliers.
Dans un territoire dont la législation est uniforme , l’altération des rapports sociaux est proportionnelle à l’altération des lois primordiales du foyer domestique.
Le crédit public a sa personnification officielle dans l’ordre social, et sans le respect de cette personnification, l’ordre se trouve, soit simultanément, soit tour èt tour, assiégé par deux extrêmes , l’usure ou l’insurrection.
Leur simultanéité, c’est l’anarchie.
L’usure est un fléau cruel pour les nations, et qui s’aggrave dans la mesure du morcellement des familles.
Ce fléau s’affaiblit et se transforme en auxiliaire généreux dans la mesure de la vigueur de leur association.
Sous le règne exclusif des capitalistes une nation se décompose par degrés.
Avec le triomphe exclusif des multitudes, lorsque le principe de la famille ne tempère pas leur action, une nation est en proie h des attaques d’apoplexie.
La France a passé de l’individualisme du cens au cens de l'individualisme.
L’oeuvre de sa délivrance ne procédera que de l’extension intégrale du principe républicain.
La dénomination du suffrage universel ne
sera parmi nous qu’un mensonge qui portera ses fruits tant que le législateur en soustraira vingt-cinq millions d’intérêts, et tant qu'il tolérera que des minorités accidentelles aient le droit de prévaloir au scrutin contre l’absence des majorités normales.
La vérité démocratique exige que le suffrage de chaque citoyen français âgé de 21 ans soit proportionnel au nombre de ses obligations domestiques.
Des délégués facultatifs, institués par la loi, doivent .aussi, trois jours après la récapitulation officielle des votes libres, compléter la manifestation du suffrage universel, en se portant fort pour les électeurs qui se seraient abstenus de propos délibéré.
La législation sortie du sein des assemblées délibérantes porterait ainsi l’estampille de trente-ciuq millions d’âmes.
Lalongévité de l’établissement républicain trouverait dans ce principe son affermisse-
ment radical, au bénéfice d’une foule de peuples , qui réformeraient leurs institutions à l’instar de la France.
La submersion de la famille submerge le crédit.
Dans les conditions actuelles , les vicissitudes de la guerre civile, évidentes ou masquées, sont fatalement inévitables.
Nous flottons entre deux tyrannies également préjudiciables aux forces extrêmes qui se disputent en ce moment la prépondérance.
L’intervention de la famille est de droit et dans l’intérêt du salut commun.
La fraternité souffre dans tous les grou-
L’égalité réclame hautement pour les intérêts éliminés par le législateur.
La liberté déprave son action an milieu de g 6 conflit anarchique.
La république a voulu la prépondérance des plus grands nombres, et la représentation complète de tout ce qui respire au soleil de la France.
Le retour de la France k, la logique de ces principes étendra rapidement en Europe le bénéfice des véritables institutions républicaines, qui ne sont pas et ne peuvent pas être incompatibles avec le crédit.’
C’est dans cette voie que'nous concilierons le progrès, qui réclame la mobilité, avec le crédit, qui réclame la stabilité.