CHAPITRE X
COMMENT ON PRÉTEND DÉMONTRER QUE LE PATRON EXPLOITE l'oDVRIER *
Il ne suffit pas d'exposer une nouvelle théorie pour voir accourir les adhérents, et surtout pour gagner de chauds partisans politiques ; la théorie s'adresse généralement à la raison, et bien des gens ont Tes-
1. Il est fort regrettable que les utopistes ou les socialistes s'appliquent tant à exciter les ouvriers contre les patrons ; s'ils cherchaient seulement les moyens d'améliorer la position de ceux qui souffrent, tout le monde se joindrait à eux. Chacun aiderait de son mieux et tous les gens raisonnables seraient satisfaits. Mais cela ne ferait pas l'affaire des agitateurs qui ne peuvent faire réussir leurs projets qu'en semant le mécontentement.
Les exagérations nuisent à la meilleure cause. Quand on demande des choses impossibles, on ne peut pas les obtenir, par la seule raison que.... c'est impossible.
LE PATRON EXPLOITE-T-IL L'OUVRIER î 73
prit paresseux — je ne dis pas qu'ils sont déraisonnables. — Pour plaire au grand nombre, à la multitude des gens instruits comme à la multitude des gens ignorants, c'est à leurs passions qu'il faut s'adresser. On écoute à peine vos raisonnements, mais vos phrases sentimentales font éclater des applaudissements. Parcourez les discours que les journaux reproduisent, et notez les endroits où l'auditoire marque sa satisfaction, vous constaterez presque toujours que ' l'orateur vient de lui attribuer une vertu ou de le flatter d'une manière quelconque.
« Vous ne permettrez jamais une pareille injustice » {bravo I bravo .'), ou : « Vous verserez pour la liberté, pour la patrie, pour..., jusqu'à la dernière goutte de votre sang. »
{Applaudissements frénétiques.) Et au moment où l'on applaudit on est de bonne foi, on est tout à fait sincère,... mais, hélas! ces beaux sentiments ne durent que ce que dure un feu de paille I
Une autre catégorie de phrases a également le don de provoquer de bruyantes
adhésions^ ce sont celles par lesquelles on donne tort à un adversaire réel ou présumé, sans lui ménager des injures. Or beaucoup d'ouvriers tiennent leure patrons pour des adversaires.. i. Il serait assez intéressant d'examiner à fond quand ils peuvent avoir raison, et quand ils ont décidément tort, mais l'espace ne le permet pas ici. Il est certain que les patrons sont de la même pâte que les ouvriers; ils descendent comme eux d'Adam et d'Eve. Il y a donc de bons et de mauvais patrons conmie il y a de bons et de mauvais ouvriers. Il est certain aussi que les ouvriers désirent avoir des salaires élevés, le plus élevés possible — ce qui n'étonnera personne, car tout le monde tire à soi, — tandis que les patrons ne peuvent pas toujours céder, tant à cause des consommateurs, qui ne veulent pas payer cher, qu'à cause des concurrents en état de vendre à bon marché....
Et s'il est évident, qu'en gros, les intérêts des ouvriers ne diffèrent pas de ceux de leurs patrons,... ai-je besoin de prouver
— , .. ^ iiimiianii èAê