CHAPITRE XIII
LA LOI d'airain
« La loi d'airain » est un mot de Lassalle, un agitateur allemand bien connu. C'était un vrai tribun, puissant par sa parole vibrante et l'art avec lequel il savait présenter ses sophismes. Il s'agissait pour lui d'exciter et d'exploiter le mécontentement des ouvriers, afin de les grouper autour de lui et d'en faire les instruments de son influence. C'est pour cette raison qu'il s'efforçait de les constituer en parti politique, et son moyen consistait à dire : non seulement vous êtes malheureux, mais vous le resterez toujours, c'est une loi d'airain!
On trompe très aisément des gens qui ne demandent pas mieux que d'être trompés.
La loi d'airain? Mais existe-t-il une loi naturelle qui ne soit pas d'airain, c'est-àdire solide, ou qui ne s'accomplisse toujours quand les conditions nécessaires se réunissent? Mais : « la loi d'airain! » cela fait de l'effet sur les esprits simples. Le langage vulgaire use fréquemment de ce moyen de renforcer le sens; au lieu de dire : un peu, il emploie l'expression : un petit peu, au besoin même : un tout petit peu! — Une loi à^ airain, voilà!
Un second moyen de renforcer l'effet que Lassalle voulait produire, c'était de prendre des airs savants et de citer le célèbre économiste anglais Ricardo, il aurait cité l'illustre Turgot, s'il avait su qu'il a fait une observation analogue. Or Ricardo a seulement constaté, comme vous et moi et tout le monde, les ouvriers compris — surtout les ouvriers, — que, dans chaque industrie, les salaires baissent quand les bras sont surabondants et s'élèvent quand