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CHAPITRE XIV

COBftME QUOI LA LOI d' AIRAIN

n'est pas d'airain

Une chose est acquise : quand il y a surabondance de bras, les salaires baissent, mais s ensuit-il que chaque augmentation du nombre des bras aura nécessairement pour effet une réduction du taux des salaires?

Non, cette conséquence n'est pas forcée. Les bras sont ici Toffre, mais il y a encore la demande, ou comme on dit aussi : Téquation a deux termes. Par conséquent, si l'accroissement du nombre des ouvriers coïncide avec l'extension plus rapide encore de l'industrie, loin de diminuer, les salaires s'élèvent.

De cette coïncidence, nos pères en ont été, et nous en sommes encore les témoins émerveillés. A peu près en même temps que se prépare et éclate la grande révolution de 1789, qui exerça une si grande influence sur la France et même sur la plupart des pays civilisés, s'accomplit l'application de la vapeur à la production industrielle et provoque une révolution économique non moins profonde. Peu à peu Thumanité s'assujettit de puissantes forces naturelles, la physique, la chimie, la mécanique, toutes les sciences travaillent à Tenvi au progrès.

Les découvertes et les inventions se suivent sans se ressembler, mais en se complétant.

Jusqu'aux placers (les champs aurifères et les mines d'or) qui viennent à point* Voire même le canal de Suez et les heureuses explorations dans l'Afrique centrale. Les machines, si décriées il y a une cinquantaine d'années, ont rendu d'incalculables services, elles ont permis à la population européenne de doubler, tout en voyant les salaires hausser, presque sans interruption.

LA LOI d'airain N*E8T PAS D'AIRAIN. 105

Ainsi , les bras ont augmenté et les salaires ont haussé en même temps; la loi, telle qu*on la formule, n*est donc pas d'airain, parce qu'elle peut trouver son contrepoids dans une autre loi. Les choses sociales ne sont pas aussi simples que certaines personnes le croient; les influences qui s'y font sentir, tantôt se combinent dans le même sens, et tantôt se croisent et se neutralisent.

La loi prétendue d'airain est exposée à une autre objection encore, plus forte même que la précédente, du moins à certains égards. On a dit que les salaires élevés poussent les ouvriers au mariage et à la multiplication, mais c'est là une simple supposition en l'air. Il y a plutôt présomption du contraire, il n'est pas improbable que les ouvriers dans l'aisance désirent rendre leur bien-être plus solide et plus durable, en faisant des économies et en formant un capital.

C'est une observation fréquemment faite que les familles aisées ont moins souvent

de nombreux enfants que des familles plus riches, mais surtout beaucoup moins souvent que les familles pauvres. On a cherché à expliquer le fait de plusieurs manières, soit par la volonté des époux, soit par l'effet d'une alimentation plus substantielle, soit autrement encore; mais quelle que soit la cause du phénomène, le fait est là.

Un de ses effets est de ralentir les progrès de la population. On avait d'abord pensé que la diminution du nombre des naissances était causée par la difficulté croissante de se faire une carrière, toutes les carrières étant encombrées. Mais cette difficulté, dans la mesure où elle existe, agit plutôt sur le nombre des mariages que sur le* nombre des naissances; la diminution du nombre des naissances est plutôt influencée par le désir de ne pas voir se restreindre le bien-être de la famille par la trop grande multiplication de ceux qui peuvent en revendiquer leur part. A ce point de vue aussi, on peut donc contester la réalité de ce qu'on a appelé la loi d'airain.

LA LOI d'airain X'EST PAS D* AIRAIN. îOl

Ainsi TéléTation des salaires ne cause pas nécessairement Taccroissement du nom* brc des bras, et PefTet de la multiplication du nombre des ouvriers peut être efficacement contre-balancé par celui de Textension de rindustrie et par Tensemble des causes de la prospérité d*un pays.... Il en est des sophismes et des fausses doctrines comme des spectres et des revenants qui elTraient les naïfs. En y regardant de près, tout cela s'évanouit, disparait.

La hausse des salaires étant un fait si patent qu'il est impossible de le nier, on a cherché à affaiblir Teffet moral de ce progrès en insistant sur la cherté croissante de la vie. La vie a renchéri, cela est vrai, mais elle est aussi devenue plus confortable, c'est une compensation. Voici un ouvrier qui autrefois gagnait 4 francs par jour et qui aujourd'hui travaille pour un salaire de 6 francs; mais si, à la première époque, il dépensait 4 francs et actuellement 6 francs, les adversaires en concluent en triomphant qu'il n'est pas plus avancé. C'est trop dire.

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