CHAPITRE III
une perspective moins vaste s'offre, d'ailleurs, à leurs espérances ; puis, des difficultés inévitables s'élèvent, pour obtenir l'admission des projets : les agents techniques, les membres des corps délibérants craignent d'être suspectés, s'ils se montrent favorables ; les enquêtes, essais, rapports ébruitent les procédés et peuvent susciter des contrefaçons, ou, tout au moins, des imitations.
Quels que soient leurs efforts, les communes ne sauraient donc avoir la même latitude que les particuliers, pour diriger une exploitation industrielle ; en outre, dans la création des ressources, pour premier établissement, comme dans l'emploi des bénéfices, toujours elles sont portées à confondre l'équilibre de l'ensemble du budget avec le bilan de chaque entreprise.
Sans doute, les compagnies exigent un émolument, qui élève le prix du service rendu ; mais, rien n'empêche les consommateurs de se rendre actionnaires et une ville ne commettrait aucun abus, en stipulant : 1° que le capital social des entreprises concédées se fractionnera en un nombre de parts assez modiques pour être accessibles aux petites épargnes ; 2° que ce capital s'accroîtra, au prorata du nombre des consommateurs; 3° qu'un droit de préférence, pour la souscription, appartiendra aux
abonnés (s'il s'agit d'eau ou de gaz), d'après l'importance respective des quantités estimatives qu'on entend consommer.
Il se constituerait, ainsi, des espèces de sociétés coopératives, et les contribuables ne seraient plus exposés à subir les risques d'industries; ils n'anraient plus, par contre, la perspective trompeuse de voir leurs charges allégées par des bénéfices commerciaux ; mais, la perte de cet avantage éventuel ne serait qu'un acte d'équité, puisque, nous l'avons dit, les excédents de recettes réalisés, sur des exploitations en régie, ont le caractère d'un tribut qui pèse exclusivement sur les consommateurs, en vue de doter des services généraux dont les besoins doivent être alimentés parles revenus de tous les habitants qu'ils intéressent.
4° Atteinte à la productivité du travail.
L'esprit qui préside au socialisme municipal réfléchit, nécessairement, sur la condition de tous les collaborateurs industriels qu'emploient les villes : ceux qui composent ce personnel sont transformés en agents électoraux, et les scrupules qu'ils peuvent éprouver rendent précaires leurs moyens de subsistance; or, l'activité qui s'exerce en tutelle perd de sa force ; bientôt, on cherche moins à exceller, par la qualité et le poids du labeur, qu'à se