CHAPITRE PREMIER
clair que la fonction ainsi assumée, de propre mouvement ou sous l'impulsion populaire, s'exerce avec la candide croyance que les efforts accomplis sauvegardent les intérêts des consommateurs, aussi bien que ceux des producteurs et intermédiaires.
Quoique de pareilles vues, quand elles viennent à l'esprit, embrassent tous les objets susceptibles d'échanges, il semble que les prétentions qu'elles déterminèrent, dans le passé, aient été en grandissant avec le réveil des idées romaines, carie principedu
maximum, établi dans tout l'empire, remonte à Dioctétien (108).
Aussi ne faut-il pas s'étonner de ce qu'à l'époque des Carolingiens on trouve trace de taxations, pour les céréales et le pain (109) ; aux xu e et xin e siècles, des actes de l'autorité royale fixèrent, en certaines localités, le bénéfice des boulangers, en France et en Angleterre (1 10).
La même disposition fut prise, pour les bouchers (111).
Le soin de tarifer s'étendit à toutes les denrées ; il passa aux officiers municipaux, en France (112), en Italie (113), en Espagne (114), en Angleterre (115), dans les Pays-Bas (116) et en Àllemagne (117).
Ce ne fut point là un attribut simplement éven-
tuel : les inventaires publiés de nos archives communales en sont la preuve (118).
Pour expliquer l'assujettissement des marchandises à des cours officiels, certains auteurs, oublieux, sans doute, des précédents légués par la Rome païenne, estiment qu'il prit sa source dans des scrupules théologiques (H 9).
Il est bien vrai que le plus célèbre docteur du xm e siècle disserta sur le caractère et l'étendue des bénéfices commerciaux (120). Mais, outre que des lois carolingiennes avaient statué, sur cette matière (121), plus de 400 ans avant la naissance de saint Thomas, on ne voit pas pourquoi il aurait fallu qu'un précepte théologique, enseigné pour guider la conscience, fût nécessairement sanctionné, par voie de contrainte directe, matérielle et arbitraire, plutôt que tout autre devoir relatif à la vie privée.
Cette manière d'envisager les choses est ingénieuse ; mais, elle ne semble de nature qu'à mettre en relief le besoin, qu'éprouvait l'autorité publique, d'appuyer, par des considérations morales, un empiétement manifeste sur le droit des particuliers de débattre leurs intérêts. S'il n'y avait eu que la question d' « usure » enjeu, elle aurait été impuis-