‹ Le socialisme municipal à travers les sièclesChapitre 46 sur 222 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

principale cause du caractère précaire de nos institutions. « Le partage des produits, disait-il, se trouvant considérablement affecté, par les privilèges ou les monopoles... nul n'a plus été assuré d'obtenir une récompense proportionnelle à l'importance réelle de ses services, et chacun s'est trouvé porté, par son intérêt, non plus à accroître son utilité relative, à l'égard du public, en devenant plus éclairé, plus industrieux, plus prévoyant, etc., mais à user des facultés qui pouvaient le faire réussir auprès du gouvernement...

« Ce régime a développé, parmi notre population, de fâcheuses tendances ; il l'a habituée à tout rapporter au gouvernement » (339).

Les critiques qui précèdent sont justes, en tant qu'elles dénoncent les périls qu'on suscite, par la substitution, à Pactivité naturelle et privée, d'une force artificielle et autoritaire. Convient-il d'admettre, aussi, que celte substitution ait produit la notion de « TEtat-Providence » ? N'est-ce pas, au contraire, cette dernière et funeste idée qui a permis d'attenter impunément à la liberté du commerce et de Pindustrie ?En faisant litière de notre loi émancipatrice des métiers, les administrations locales et les tribunaux n 'ont-ils pas entrevu l'état mental qui subsistait, dans le milieu ambiant, et pris, comme

point d'appui, la force de résistance que ce milieu opposait à la marche du progrès?

Enfin, si la précarité de nos institutions, qui est un mal particulier à la France, provient des vices du régime économique, dans ce pays, ne faut-il pas qu'au sein des contrées où les traditions nationales, sans être immuables, évoluent pacifiquement, les monopoles industriels soient inconnus ? L'affirmative paraît de toute évidence. Or, nous avons vu que le système des monopoles, en faveur des communes, ne se rencontre pas, seulement, sur le territoire français. A supposer que notre amour-propre national puisse être flatté de voir fonctionner, au dehors, un système décrit comme engendré par notre malheureux génie, l'accord tacite de peuples très différents, pour les tendances, et fort jaloux de ne rien faire qui semble imité de I étranger, porte à penser qu'il existe, dans la vie des nations, un état d'équilibre instable qui favorise l'attraction vers certaines mesures empiriques, qu'on a d'autant plus de peine à repousser qu'elles se conçoivent, par leur naïve simplicité, dans l'enfance de la civilisation, et se perpétuent, ensuite, avec le prestige d'une longue durée, que le vulgaire regarde comme un indice de perfection.

Si l'admirable analyse de Bastiat, sur « ce qu'on

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