CHAPITRE II
voit et ce qu'on ne voit pas », était popularisée, peut-être les vieux errements, les anciens préjugés, qui ont pour effet de confisquer l'activité individuelle, au profit de personnes morales, tomberaientils sans effort. Mais, à peine, aujourd'hui, l'éducation économique s'est elle répandue, dans quelques catégories sociales ; encore y a-t-il pluralité de doctrines : les idées d'Hegel et de ses disciples, sur l'omnipotence de l'Etat, se reflètent dans renseignement, prétendu scientifique, d'une école qui a du succès, en Allemagne, en Angleterre, en Belgique et en Italie.
Sur ce point, la France n'a point joué le rôle d'initiatrice. Au moyen âge, le fait est indéniable, tous les peuples européens avaient les mêmes vues, subissaient les mêmes erreurs, en matière d'échange et de travail ; c'est seulement peu à peu qu'on se débarrassa de quelques liens qui empêchaient, de la manière la plus apparente, l'essor des transactions. Depuis la Renaissance jusqu'au xvm e siècle, l'étude, de plus en plus passionnée, l'imitation, de plus en plus sensible, de l'antiquité, firent revivre ou fortifièrent maintes prétentions de nature à enlever aux rapports individuels, en matière de trafic, l'indispensable latitude qu'ils réclament.
Lorsque la science économique fut fondée, cha-
que pays en appliqua les principes, autant qu'il les croyait compatibles avec ses intérêts : la France n'a été au dernier rang, ni pour Tordre chronologique de consécration, ni pour la mesure d'appropriation de ces principes, dans les limites qu'on vient de rappeler.
Mais, les maîtres de Y « économique » ne pouvaient, sous peine d'échouer dans leurs efforts, s'attaquer, simultanément, à tous les abus ; ils s'en prirent, d'abord, à ceux qui regardaient le commerce général, les finances nationales, estimant qu'après avoir implanté des règles nouvelles et fécondes, en ces matières, tout ce qui faisait contraste, avec elles, serait voué à disparaître. C'était compter sans l'esprit de routine, qu'on n'extirpera jamais, du sein de l'humanité, mais,, surtout, sans les difficultés complexes que devait entraîner l'abolition des privilèges et monopoles conférés aux communes, puisqu'il fallait remplacer les ressources enlevées par d'autres susceptibles ou de semer le mécontentement, ou d'appauvrir la dotation des villes et d'amener, ainsi, l'abandon de services réputés utiles. L'essai de réforme n'eut guère lieu qu'en France, dans les pires conditions : il fut de courte durée. On en revint à la plupart des anciens errements, tout en maintenant les nouveaux impôts.