CHAPITRE II
reux de calmer les inquiétudes, au sujet des blés, ne trouvèrent rien de mieux que de proposer l'arrachage de vignes; Louis XIV refusa d'accomplir celte cruauté, mais consentit à interdire, le cas échéant, de nouvelles plantations (396).
Tandis que Boisguillebert écrivait un Mémoire, afin d'expliquer « pourquoi les vignes sont devenues si fort à charge aux peuples » et pour déclarer que les propriétaires les arrachaientsponlanément(397), un Intendant assurait, au contraire, qu'on préférait la vigne au blé, comme produisant les deux tiers du revenu en plus (398) ; un autre Intendant trouvait que le nombre des vignobles avait « terriblement augmenté * (399).
Sous la Régence, les États de Bourgogne renouvelèrent leurs instances du siècle précédent, « la récolte de 1720 ayant été telle que les frais de vendange dépassaient le prix du vin » (400).
De leur côté, les administrateurs de certains ressorts provinciaux représentèrent que la multiplicité des vignes nuisait à la récolte des grains et à la formation de pâturages; qu'elle causait « la cherté des bois » (eu égard à la consommation faite pour les échalas) : qu'enfin (et c'était là le vrai motif) « elle compromettait la réputation et la valeur des crus renommés » (401).
Faisant droit à ces remontrances, le pouvoir central décida qu'il ne serait plus fait de nouvelles plantations et que les cultures suspendues, pendant deux années, ne seraient pas reprises (402).
Contrairement à la croyance répandue par Legrand d'Aussy (403), cette mesure fut exécutée, avec rigueur, dans l'ouest et le midi de la France (404).
Des considérations fiscales se mêlaient, parfois, à la défense édictée; en Bretagne, par exemple, où, ' dans la seconde moitié du règne de Louis XIV, on s'était aperçu, avec effroi, du renchérissement éprouvé par le prix des grains, le commerce avantageux des eaux-de-vie nuisait à celui de l'Anjou, province taillable et sujette aux aides (405).
Quoi qu'il en soit, les exemples de sévérité paraissent avoir été inefficaces, et Ton résolut de laisser, désormais, sans suite, là prohibition portée à l'égard des vignes (406).
Mais, ce revirement ne reçut aucune publicité, de sorte qu'à l'époque de la Révolution, c'était une idée encore subsistante que la défense tenait toujours, quoique inobservée, et la société populaire de Montpellier, sur la proposition de Chaplal, l'un de ses membres, demanda gravement qu'on remît du blé, au lieu de vigne, pour ne pas rendre « la France tributaire de l'étranger » (407). Le comité